dimanche 20 septembre 2020

Trente-deux linguistes énumèrent les défauts de l’écriture inclusive

« Outre ses défauts fonctionnels, l’écriture inclusive pose des problèmes à ceux qui ont des difficultés d’apprentissage et, en réalité, à tous les francophones soudain privés de règles et livrés à un arbitraire moral. » Bien que favorables à la féminisation de la langue, plusieurs linguistes estiment l’écriture inclusive profondément problématique.

Présentée par ses promoteurs comme un progrès social, l’écriture inclusive n’a paradoxalement guère été abordée sur le plan scientifique, la linguistique se tenant en retrait des débats médiatiques. Derrière le souci d’une représentation équitable des femmes et des hommes dans le discours, l’inclusivisme désire cependant imposer des pratiques relevant d’un militantisme ostentatoire sans autre effet social que de produire des clivages inédits. Rappelons une évidence : la langue est à tout le monde.

Des femmes tué·e·s...

LES DÉFAUTS DE L’ÉCRITURE INCLUSIVE

Les inclusivistes partent du postulat suivant : la langue aurait été « masculinisée » par des grammairiens durant des siècles et il faudrait donc remédier à l’« invisibilisation » de la femme dans la langue. C’est une conception inédite de l’histoire des langues supposant une langue originelle « pure » que la gent masculine aurait pervertie, comme si les langues étaient sciemment élaborées par les locuteurs. Quant à l" invisibilisation », c’est au mieux une métaphore, mais certainement pas un fait objectif ni un concept scientifique.

La langue n’a pu être ni masculinisée, ni féminisée sur décision d’un groupe de grammairiens, car la langue n’est pas une création de grammairiens — ni de grammairiennes. Ce ne sont pas les recommandations institutionnelles qui créent la langue, mais l’usage des locuteurs. L’exemple, unique et tant cité, de la règle d’accord « le masculin l’emporte sur le féminin » ne prétend posséder aucune pertinence sociale. C’est du reste une formulation fort rare, si ce n’est mythique, puisqu’on ne la trouve dans aucun manuel contemporain, ni même chez Bescherelle en 1835. Les mots féminin et masculin n’ont évidemment pas le même sens appliqués au sexe ou à la grammaire : trouver un quelconque privilège social dans l’accord des adjectifs est une simple vue de l’esprit. Si la féminisation est bien une évolution légitime et naturelle de la langue, elle n’est pas un principe directeur des langues. En effet, la langue française permet toujours de désigner le sexe des personnes et ce n’est pas uniquement une affaire de lexique, mais aussi de déterminants et de pronoms (« Elle est médecin »). Par ailleurs, un nom de genre grammatical masculin peut désigner un être de sexe biologique féminin (« Ma fille est un vrai génie des maths ») et inversement (« C’est Jules, la vraie victime de l’accident »). On peut même dire « un aigle femelle » ou « une grenouille mâle »…

UNE ÉCRITURE EXCLUANTE

La langue n’est pas une liste de mots dénués de contexte et d’intentions, renvoyant à des essences. Il n’y a aucune langue qui soit fondée sur une correspondance sexuelle stricte. Autrement, le sens des mots serait déterminé par la nature de ce qu’ils désignent, ce qui est faux. Si c’était le cas, toutes les langues du monde auraient le même système lexical pour désigner les humains. Or, la langue n’a pas pour principe de fonctionnement de désigner le sexe des êtres : dire à une enfant « Tu es un vrai tyran » ne réfère pas à son sexe, mais à son comportement, indépendant du genre du mot.

Les formes masculines du français prolongent à la fois le masculin (librum) et le neutre (templum) du latin et font donc fonction de genre « neutre », c’est-à-dire par défaut, ce qui explique qu’il intervienne dans l’accord par résolution (la fille et le garçon sont partis), comme indéfini (ils ont encore augmenté les impôts), impersonnel (il pleut), ou neutre (c’est beau). Il n’y a là aucune domination symbolique ou socialement interprétable. Quand on commande un lapin aux pruneaux, on ne dit pas un·e lapin·e aux pruneaux…

La langue a ses fonctionnements propres qui ne dépendent pas de revendications identitaires individuelles. La langue ne détermine pas la pensée — sinon tous les francophones auraient les mêmes pensées, croyances et représentations. Si la langue exerçait un pouvoir « sexiste », on se demande comment Simone de Beauvoir a pu être féministe en écrivant en français « patriarcal ». L’évidence montre que l’on peut exprimer toutes les pensées et les idéologies les plus antithétiques dans la même langue.

Ces formes fabriquées ne relèvent d’aucune logique étymologique et posent des problèmes considérables de découpages et d’accords

En français, l’orthographe est d’une grande complexité, avec ses digraphes (eu, ain, an), ses homophones (eau, au, o), ses lettres muettes, etc. Mais des normes permettent l’apprentissage en combinant phonétique et morphologie. Or, les pratiques inclusives ne tiennent pas compte de la construction des mots : tou·t·e·s travailleu·r·se·s créent des racines qui n’existent pas (tou-, travailleu-). Ces formes fabriquées ne relèvent d’aucune logique étymologique et posent des problèmes considérables de découpages et d’accords.

En effet, les réformes orthographiques ont normalement des objectifs d’harmonisation et de simplification. L’écriture inclusive va à l’encontre de cette logique pratique et communicationnelle en opacifiant l’écriture. En réservant la maîtrise de cette écriture à une caste de spécialistes, la complexification de l’orthographe a des effets d’exclusion sociale. Tous ceux qui apprennent différemment, l’écriture inclusive les exclut : qu’ils souffrent de cécité, dysphasie, dyslexie, dyspraxie, dysgraphie, ou d’autres troubles, ils seront d’autant plus fragilisés par une graphie aux normes aléatoires.

Tous les systèmes d’écriture connus ont pour vocation d’être oralisés. Or, il est impossible de lire l’écriture inclusive : cher·e·s ne se prononce pas. Le décalage graphie/phonie ne repose plus sur des conventions d’écriture, mais sur des règles morales que les programmes de synthèse vocale ne peuvent traiter et qui rendent les textes inaccessibles aux malvoyants.

L’écriture inclusive pose des problèmes à tous ceux qui ont des difficultés d’apprentissage

On constate chez ceux qui la pratiquent des emplois chaotiques qui ne permettent pas de produire une norme cohérente. Outre la prolifération de formes anarchiques (« Chere· s collègu· e· s », « Cher·e·s collègue·s », etc.), l’écriture inclusive est rarement systématique : après de premières lignes « inclusives », la suite est souvent en français commun… Si des universitaires militants ne sont pas capables d’appliquer leurs propres préceptes, qui peut le faire ? L’écriture inclusive, à rebours de la logique grammaticale, remet aussi radicalement en question l’usage du pluriel, qui est véritablement inclusif puisqu’il regroupe. Si au lieu de « Les candidats sont convoqués à 9 h » on écrit « Les candidats et les candidates sont convoqué·e·s à 9 h », cela signifie qu’il existe potentiellement une différence de traitement selon le sexe. En introduisant la spécification du sexe, on consacre une dissociation, ce qui est le contraire de l’inclusion. En prétendant annuler l’opposition de genre, on ne fait que la systématiser : l’écriture nouvelle aurait nécessairement un effet renforcé d’opposition des filles et des garçons, créant une exclusion réciproque et aggravant les difficultés d’apprentissage dans les petites classes.

Outre ses défauts fonctionnels, l’écriture inclusive pose des problèmes à tous ceux qui ont des difficultés d’apprentissage et, en réalité, à tous les francophones soudain privés de règles et livrés à un arbitraire moral. La circulaire ministérielle de novembre 2017 était pourtant claire et, tout en valorisant fort justement la féminisation quand elle était justifiée, demandait « ne pas faire usage de l’écriture dite inclusive » : des administrations universitaires et municipales la bafouent dans un coup de force administratif permanent. L’usage est certes roi, mais que signifie un usage militant qui déconstruit les savoirs, complexifie les pratiques, s’affranchit des faits scientifiques, s’impose par la propagande et exclut les locuteurs en difficulté au nom de l’idéologie ?

Tribune rédigée par les linguistes Yana Grinshpun (Sorbonne Nouvelle), Franck Neveu (Sorbonne Université), François Rastier (CNRS), Jean Szlamowicz (Université de Bourgogne).

Signée par les linguistes :

Jacqueline Authier-Revuz (Sorbonne nouvelle)
Mathieu Avanzi (Sorbonne Université)
Samir Bajric (Université de Bourgogne)
Elisabeth Bautier (Paris 8 — Saint-Denis)
Sonia Branca-Rosoff (Sorbonne Nouvelle)
Louis-Jean Calvet (Université d’Aix-Marseille)
André Chervel (INRP/Institut Français de l’Éducation)
Christophe Cusimano (Université de Brno)
Henri-José Deulofeu (Université d’Aix-Marseille)
Anne Dister (Université Saint-Louis, Bruxelles)
Pierre Frath (Université de Reims)
Jean-Pierre Gabilan (Université de Savoie)
Jean-Michel Géa (Université de Corte Pascal Paoli)
Jean Giot (Université de Namur)
Astrid Guillaume (Sorbonne Université)
Pierre Le Goffic (Sorbonne Nouvelle)
Georges Kleiber (Université de Strasbourg)
Mustapha Krazem (Université de Lorraine)
Danielle Manesse (Sorbonne Nouvelle)
Luisa Mora Millan (Université de Cadix)
Michèle Noailly (Université de Brest)
Thierry Pagnier (Paris 8 — Saint-Denis)
Xavier-Laurent Salvador (Paris 13 — Villetaneuse)
Georges-Elia Sarfati (Université d’Auvergne)
Agnès Steuckardt (Université Paul Valéry, Montpellier)
Georges-Daniel Véronique (Université d’Aix-Marseille)
Chantal Wionet (Université d’Avignon)
Anne Zribi-Hertz (Paris 8 — Saint-Denis)

 

Source


Covid19 — Pourcentage de cas positifs au Québec du 8 mars au 18 septembre 2020

Plusieurs de nos lecteurs se sont étonnés que les médias ne publient que les chiffres bruts des tests positifs et non pas les pourcentages (le nombre de cas positifs divisé par le nombre de tests réalisés). Nous avons produit le graphique ci-dessous pour leur répondre.

D’abord, le graphique que l’on voit un peu partout, le nombre absolu de cas positifs (double-cliquer sur l’image pour l’agrandir)



Puis, le pourcentage de cas positifs (le nombre de cas positifs rapporté au nombre de tests effectués) :


Cette courbe a l’air moins menaçante (bien qu’il y ait une petite remontée récemment).

Quant à la valeur de ces tests dont on ne connaît pas le nombre de cycles d’amplification pendant la PCR auquel il faut ajouter un taux d’erreur dans les tests positifs d’environ 3 %, voici ce qu’en dit le professeur de médecine Toussaint :


Toujours le Pr Toussaint sur la 2e vague et les corrections officielles de données en France :


vendredi 18 septembre 2020

La haine de la culture à l'école des « compétences »

Extraits de la recension par Éric Zemmour du livre La Haine de la culture par Konrad Paul Liessman. On trouvera également de longs extraits du début de l’ouvrage à la fin de ce billet.

Bildung : un mot que seuls les germanistes connaissent ; et les lecteurs des grands romanciers allemands, les Theodor Fontane et Thomas Mann. Bildung, c’est à la fois l’éducation, la culture et la formation, comme nous l’expliquent, dès la première page du livre, nos traducteurs. Bildung était bien sûr dans le titre original de cet ouvrage : bildung abandonnée, bildung rejetée, bildung méprisée, bildung martyrisée mais bildung debout, bildung

Si je me permets ainsi de jouer, c’est que notre auteur ne se prive pas lui-même de manier l’ironie avec une efficacité grinçante. Et si je joue sur un registre franco-allemand, c’est que les thèmes de son ouvrage évoquent des auteurs français bien connus : le Finkielkraut de La Défaite de la pensée ou le Régis Debray de L’Éloge des frontières. Konrad Paul Liessmann a écrit une formidable charge contre les progressistes ; en France, il aurait été catalogué dans les « nouveaux réacs ». Mais Liessmann est un philosophe autrichien qui peut s’ébrouer librement, loin des sectaires et des sicaires du boulevard Saint-Germain. Il est libre Konrad ! Libre d’appeler à de nouvelles Lumières contre l’Islam sans craindre les reproches d’islamophobie [...]

Libre de nous démontrer que l’école d’aujourd’hui, qui a abandonné la culture pour les compétences, est devenue une école « barbare ». Qu’on n’éduque plus les enfants, mais qu’on cherche « l’acquisition de compétences telles que la capacité à travailler en équipe, la disposition à communiquer, le goût de l’innovation et la virtuosité numérique ». Que « la culture n’est pas un savoir-faire. » Que le « savoir inutile voilà ce qui distingue l’homme cultivé ». Que la littérature a connu le sort du latin et du grec ancien dans les années 1960, devenue obsolète, car symbole de la culture bourgeoise. Et que « faire en sorte de barrer systématiquement l’accès à la littérature aux jeunes gens, par la mise en œuvre d’une politique éducative obsédée par les compétences et ne jurant que par la technique, cela ne saurait être interprété que comme un acte barbare ».

Qu’il y a un lien (évident, mais que personne ne veut voir) entre la dévalorisation des connaissances et l’entrée dans l’ère de la post-vérité. Et de finir sur cette ironie réjouissante : « On peut y voir un processus démocratique : ce que jadis seuls 10 000 privilégiés avaient le droit de lire, aujourd’hui plus personne n’a le droit de le lire. Inégalité pour tous. »

Liessmann nous montre le paradoxe de notre époque qui vide l’éducation de sa substance culturelle et qui, en même temps, pare l’éducation de toutes les vertus et de tous les objectifs. « De nos jours, parler de l’éducation, c’est croire aux miracles (…) (L’école est devenue) une sorte de religion dans une société sécularisée. » Mais justement, ceci explique cela. C’est parce qu’on a détruit la culture littéraire, ce qu’on appelait la « culture » et que l’extrême gauche appelait « la culture bourgeoise », qu’on a pu ainsi transformer les salles de classe en un lieu de propagande mise au service du développement durable, de la théorie du genre, etc. Et parce qu’on a renoncé au « processus de conquête de soi-même par la culture » qu’on peut donner le bac à tout le monde.

Liessmann dénonce avec lucidité des profs privés de « tout contact avec leur discipline », « au nom d’une pseudo scientifisation de la pédagogie fort douteuse en raison de l’étendue de leur contamination idéologique ».

Il ne respecte rien ni personne pour notre plus grande joie. « À l’époque du numérique, où des tablettes sont utilisées durant les cours, les écoles ne font pas des enfants et des adolescents qui leur sont confiés des citoyens émancipés capables de résister aux tentations totalitaires des multinationales du net, mais, au contraire, des agents de ces firmes ». On transmettra le message à Valérie Pécresse qui, au nom de la région Île-de-France, a distribué des ordinateurs à tous les enfants des écoles !

Même notre société de l’intelligence est brocardée par notre iconoclaste : « Seuls les pays affichant un faible pourcentage de diplômés de l’enseignement supérieur — la Suisse, l’Autriche, l’Allemagne — affectent un faible taux de chômage de ces personnes (…) Ailleurs, (se développe un) précariat académique [des diplômés universitaires] grandissant (qui signifie sans doute “que la lutte pour les talents” appartienne déjà au passé). »

On l’a dit, Liessmann est autrichien. Sa critique acerbe de la société et de l’école concerne le système éducatif du monde germanique. Chez nos voisins, l’école est fédéralisée, régionalisée, même les programmes peuvent être différents d’une région à l’autre. Des fondations parfois privées gèrent le système. Pas de Rue de Grenelle, pas de ministère centralisé, pas « de plus gros employeur du monde depuis la disparition de l’Armée rouge ». Pas de sclérose bureaucratique, pas de Jules Ferry disant « tous les enfants de France font la même dictée à la même heure ». Pas de pédagogistes et de gauchistes qui se sont introduits dans le cœur du système pour mieux le piloter et le désintégrer. Pas de profs fonctionnaires « fainéants » qu’on ne peut pas virer et qui ne pensent qu’aux vacances !

Rien de tout cela et pourtant les mêmes résultats, les mêmes constats, le même mépris de la culture et de la littérature, la même obsession des compétences, le même Graal des classements Pisa, le même modèle finlandais, la même propagande des lobbys gays, antiracistes, écologistes, féministes. En lisant Liessmann, on comprend que la France a subi comme ses voisins le même processus de Bologne (Union européenne), les mêmes instructions de l’OCDE (inspirées des méthodes américaines d’après-guerre), le même mépris de la transmission au bénéfice de l’innovation, la même incapacité à mener un nouveau combat des Lumières contre l’Islam, la même détestation de la culture bourgeoise, patriarcale, hétérosexuelle et blanche. Cela nous rend plus indulgents pour nos faiblesses hexagonales. Et plus lucides sur nos véritables ennemis.

LA HAINE DE LA CULTURE
par Konrad Paul Liessmann,
paru à Paris
le 16 septembre 2020
aux éditions Armand Colin,
173 pages,
ISBN-13 : 978-2200627928



Début du livre

37 % des gènes humains ont une expression différenciée selon que l’on est homme ou femme

Une étude vient de paraître dans la revue Science du 10 septembre, mettant en valeur les différences d’expression génétique entre les sexes, aboutissement de dix années d’efforts, 37 % des gènes humains ont une expression différenciée selon que l’on est un homme ou une femme. Health (NIH).

Quand on pense génétique, on raisonne souvent selon l’absence ou la présence de tel ou tel gène. Or, les différences de phénotype et de nombreux facteurs biologiques (poids, maladies, vieillissement, taux de sucre dans le sang…) dépendent aussi étroitement de la façon dont les gènes sont utilisés par la cellule (épigénétique). Certains gènes restent ainsi souvent en grande partie inactivés. Ces variations d’expression sont appelées « transcriptome ». Un gène contient un code ADN pouvant être lu et transcrit en protéines fonctionnelles. Il génère pour cela un brin d’ARN à partir du code ADN, qui sert de guide pour fabriquer la protéine. Plus le gène est actif, plus il produit d’ARN et donc de protéines. C’est la quantité et la qualité de l’ARN que l’on appelle transcriptome et qui est utilisé pour mesurer l’activité des gènes.

Ainsi, les différences entre les sexes, communément attribuées aux hormones et aux chromosomes sexuels, seraient en grande partie dues à ce fameux transcriptome. 37 % des gènes humains ont une expression différenciée selon que l’on est un homme ou une femme.

Les scientifiques ont découvert 58 liens inédits entre l’expression génétique et des caractéristiques des individus, comme la pression sanguine, le taux de cholestérol ou le risque de cancer du sein. Le gène CYP450, qui influe sur l’assimilation des médicaments humains dans le foie, s’exprime ainsi de manière différenciée selon le sexe dans de nombreux tissus. Cela pourrait expliquer pourquoi certains médicaments sont plus efficaces chez l’homme que la femme (ou vice versa). Chez les femmes, la régulation génétique du CCDC88 est fortement associée à la progression du cancer du sein, et l’activité du gène HKDC1 est corrélée au poids de naissance (en modifiant le métabolisme du glucose dans le foie de la femme enceinte). Chez les hommes, la régulation génétique du DPYSL4 est associée au pourcentage de graisse corporelle et celle du CLDN7 au poids de naissance. Les chercheurs ont également identifié un lien entre l’expression du gène C9orf66 et la calvitie masculine.

Voir aussi

Biologie — L’expression de 6 500 différences génétiques distingue l’homme de la femme 

Étude — La testostérone change la structure du cerveau 

Gigantesque étude : il n'existe pas de gène « gay »

Le cerveau des femmes est mieux préparé que celui des hommes pour faire face aux défauts génétiques

Paradoxe confirmé : l’égalité juridique des sexes renforce les stéréotypes sexuels (chasser le naturel, il revient au galop ?)

Boris Cyrulnik : l’école valorise la docilité des filles et dévalorise la hardiesse des garçons
Cerveau masculin et cerveau féminin

Le paradoxe de l’égalité entre les sexes c. la théorie du genre

Étude norvégienne — Plus un homme participe aux tâches ménagères, plus il y a risque de divorce

Jordan Peterson et l’égalité des sexes : députée et ex-ministre suédoise à du mal à comprendre

Pourquoi l’éducation jouerait un rôle moins important qu’on ne le pense

Étude de 2018 (n=2064) : pas d’effet de menace du stéréotype sur résultats en maths des filles

L’héritage des Carolingiens (école)

Jordan Peterson sur l’écart salarial, l’imposition des pronoms trans et la gauche radicale 

jeudi 17 septembre 2020

Au Québec, un cours d’éducation sexuelle « imprégné par la théorie du genre » ?

Un nouveau cours d’éducation à la sexualité pour les élèves attire l’attention des Québécois. Selon le groupe féministe Pour les droits des femmes du Québec, une partie de celui-ci aurait été conçue par des militants radicaux qui nient la réalité biologique des sexes. Entretien avec Nadia El-Mabrouk, membre du groupe et intellectuelle laïque.

En 2018, le ministère de l’Éducation du Québec a lancé un nouveau programme d’éducation sexuelle qui compte un volet relatif à « l’identité de genre ».

Le groupe féministe Pour les droits des femmes du Québec (PDF) a pu en obtenir une copie en avant-première, découvrant au passage que des militants pour « l’identité de genre » avaient participé à l’élaboration du cours que suivent les élèves, à partir du niveau préscolaire jusqu’à la fin du secondaire. Propagande ou discours scientifique ?

Nadia El-Mabrouk, intellectuelle laïque et membre du groupe féministe, estime en entrevue avec Sputnik que ce nouveau cours est « imprégné par la théorie du genre ».

Sputnik — Vous dénoncez un programme idéologique et non scientifique. Quelles sont les principaux éléments problématiques, selon vous ?

Nadia El-Mabrouk « Je tiens tout d’abord à dire que je suis en faveur d’un cours d’éducation à la sexualité. En tant que maman, et en tant que féministe membre de Pour les droits des femmes du Québec (PDF Québec), je ne peux qu’être favorable à un cours dont les objectifs sont la lutte aux stéréotypes sexuels, la prévention des agressions sexuelles ou encore la sensibilisation aux phénomènes de la puberté. [Nous ne partageons pas cet enthousiasme : c'est ainsi que la lutte aux « stéréotypes sexuels », concept vague, cache souvent la la lutte aux rôles traditionnels des hommes et des femmes. Il n'est pas du ressort de l'État de lutter contre les normes sociales traditionnelles. Voir Programme d'éducation à la sexualité du Québec : lutter contre « les effets nuisibles des versions traditionnelles » des rôles sexuels.]

Une grande partie du contenu du programme est tout à fait pertinente. Mais d’autres parties transmettent un contenu idéologique et non scientifique. C’est le cas du thème “Identité, rôles, stéréotypes sexuels et normes sociales”, avec du contenu prévu pour les élèves à peu près une fois par an, de la maternelle à la cinquième année du secondaire. Ce thème est imprégné du vocabulaire de la théorie du genre, qui sème la confusion plutôt que d’éclairer les jeunes.


Extrait des thèmes du programme d'éducation sexuelle. On est loin des cours d'anatomie. Il s'agit aussi d'instaurer de nouvelles normes et de lutter contre les stéréotypes traditionnels sociaux.


Partout, on parle de sexe “assigné” ou “attribué” à la naissance. Mais qui donc assignerait un sexe à son bébé ? Le sexe est, bien sûr, “constaté” à la naissance, ou même avant la naissance, sur une base objective, sur la base de ses organes génitaux. Par cette confusion que l’on entretient dans tout le programme, on sous-entend que le sexe qui a été “assigné” peut être “réassigné”, que le sexe relèverait du choix et qu’un enfant pourrait donc choisir de le changer.

Par ailleurs, on sème la confusion entre les notions de “sexe” et de “genre”. Par exemple, dans l’outil Sam, offert en livre et en capsule vidéo, donné plusieurs fois en référence dans le programme, les illustrations enfantines suggèrent que la “véritable” identité de l’enfant est celle qui est “dans son cœur”. Qu’est-ce que le genre ? Sans le dire, les images indiquent qu’il s’agit des stéréotypes féminins et masculins : une fille qui aime s’habiller en travailleur de la construction, porter un maillot de sport ou a les cheveux courts. En fait, cette petite fille, Sam, n’est pas simplement une fille qui aime les jeux de construction. Elle finit, à la fin de l’animation, par être un garçon.


« Listen to your heart » (écoute ton coeur) Sam est un nouvel outil éducatif conçu pour aider les enfants, ainsi que leur entourage, à comprendre ce que peut vivre une enfant transgenre « Appuyé par Québec ».

Sexe “assigné” à la naissance, stéréotypes, outils pédagogiques controversés

C’est un exemple parmi d’autres dans le programme suggérant qu’un enfant qui ne se conformerait pas aux stéréotypes sexuels de son sexe serait de l’autre sexe. Or, c’est exactement le contraire que devrait transmettre un programme qui vise à lutter contre les stéréotypes sexuels. Un jeune devrait être encouragé à aimer ce qu’il veut, avoir sa propre personnalité et ses propres préférences, qu’il soit fille ou garçon.

De plus, même si ailleurs dans le programme, on dit bien qu’il faut éviter de poser des questions suggestives aux enfants, c’est exactement ce que l’on fait dans les parties imprégnées de l’idéologie du genre. Certains exemples qui sont donnés sous forme de témoignages sont susceptibles d’orienter un jeune qui ne se sentirait pas bien dans sa peau, en suggérant qu’il est trans. On l’oriente vers certaines références, et on lui suggère que la réponse à son mal-être est qu’il serait “né dans le mauvais corps”. »

Sputnik — Pour les droits des femmes du Québec a mis la main sur le programme complet du ministère de l’Éducation, qui n’était toujours pas disponible. A-t-on cherché à dissimuler de l’information au public ? Si oui, pour quelle raison ?

Nadia El-Mabrouk « L’information qui est mise à la disposition des parents sur le site du ministère de l’Éducation est très partielle et permet seulement de connaître les grandes lignes des thèmes abordés dans le programme.

Oui, c’est en effet une maman, membre de PDF Québec, qui a réussi à obtenir le canevas pédagogique détaillé du programme. Mais ça ne s’est pas fait sans difficulté ! Ni sa commission scolaire ni la direction de son école ne voulaient lui fournir le document auquel elle a pourtant droit en vertu de la loi sur l’instruction publique. Elle a alors contacté le ministère de l’Éducation et on lui a répondu que si le programme n’est pas mis à la disposition des parents, c’est parce que le sujet est trop délicat et peut être mal interprété. N’est-ce pas curieux qu’un programme destiné à de jeunes enfants ne soit pas approprié pour leurs parents ?

Cette maman a dû passer par la loi de l’accès à l’information pour finalement obtenir le document. Ce manque de transparence de la part du ministère est vraiment troublant. »

Sputnik — Les parents d’élèves québécois semblent-ils conscients des idées véhiculées dans ce cours ?

Nadia El-Mabrouk « Non, je ne crois pas. Ce n’est jamais cet aspect du programme qui est mis en avant quand on présente le cours d’éducation à la sexualité dans les médias. D’ailleurs, j’ai constaté en parcourant le canevas pédagogique que plusieurs documents recommandés aux enseignants sont des ressources conçues par des activistes du lobby trans. Mais par ailleurs, dans les sections “Pour les parents” du canevas pédagogique, ce ne sont pas ces documents qui sont conseillés, mais d’autres qui eux, ne contiennent aucune référence à l’identité de genre.

Un programme destiné aux enfants “inapproprié” pour leurs parents ?

Les parents ne sont pas non plus toujours informés lorsque des organismes comme “Enfants Transgenres Canada” font des interventions dans les écoles. »

Sputnik — En juin dernier, J.K. Rowling a provoqué une vive polémique en laissant entendre sur Twitter que seulement les femmes pouvaient avoir leurs règles. L’auteure de la saga Harry Potter a rapidement été accusée de « transphobie ». Percevez-vous au Québec et plus largement au Canada une régression de la liberté d’expression concernant ces questions ?

Nadia El-Mabrouk « Absolument ! Ce qu’a vécu J.K. Rowling, des femmes qui osent contester la théorie du genre le subissent constamment. Bien des féministes sont victimes d’insultes, de retrait au programme de conférences, de bannissement des médias sociaux pour des propos affirmant par exemple que seules les femmes accouchent, ou que l’espèce humaine est bisexuée.

À l’université d’Alberta, une professeur du département d’anthropologie a été congédiée en juin dernier en raison de ses positions en faveur d’une affirmation des droits des femmes basée sur le sexe. Dire qu’une femme est un être humain de sexe féminin vaut à bien des femmes des accusations de transphobie et de “TERF” [trans-exclusionary radical feminist; féministe radicale transexclusionniste, NDLR]. Ces accusations sont souvent accompagnées d’intimidation, de menaces de mort, de congédiements.

Les opposants à la théorie du genre menacés et ostracisés

Comment espérer avoir un débat de société sain dans ces conditions ? Les droits des personnes trans doivent être respectés et ces personnes doivent être protégées contre les discriminations. Mais cela ne peut pas se faire en niant la notion de sexe biologique et en censurant la parole publique. Il n’y a pas plus malsain qu’une culture basée sur le mensonge et la censure. »

Sputnik — En mars dernier, le gouvernement Trudeau a déposé à Ottawa un projet de loi visant à interdire les thérapies de conversion dont le but est de changer l’orientation sexuelle ou « l’identité de genre » d’une personne. Est-ce une avancée ou un recul ?

Nadia El-Mabrouk « Vous parlez du projet de loi C-8. À première vue, le projet paraît progressiste en voulant interdire des pratiques visant à changer l’orientation sexuelle. À PDF Québec, nous nous opposons, bien évidemment, à ces thérapies qui sont souvent l’œuvre de groupes religieux chrétiens rigoristes. D’ailleurs, de moins en moins de groupes religieux tentent de pratiquer ce genre de “conversion”, d’abord parce qu’il y a un taux d’échec élevé et ensuite parce que ses [sic, recte : ces] groupes acceptent de plus en plus que des fidèles puissent avoir une orientation sexuelle différente, ce qui est très bien. [Mais pas très scripturaire, de toute façon les églises comme l'Église catholique condamne surtout les actes plutôt que l'orientation dans tous domaines... Voir Pasteur en désaccord avec lobby LGBTQ, on menace de brûler son temple.]

Mais le problème, c’est que dans la définition de thérapie de conversion donnée dans le projet de loi inclut également le fait de vouloir modifier une “identité de genre” en “cisgenre”. On vise donc aussi à interdire un autre type de thérapie, s’adressant à une autre clientèle, soit en particulier les enfants souffrant de dysphorie du genre, autrement dit qui ne se sentent pas en conformité avec leur sexe biologique.

Est-ce que cela signifie que l’on va vouloir interdire toute approche médicale visant à changer le corps, notamment au moyen de bloqueurs de croissance et d’hormonothérapie, et ce, sans aucun appui sur des données probantes, études cliniques ou rapports d’experts et avis d’endocrinologues ? Les statistiques démontrent que de 60 à 85 % des enfants dysphoriques se réconcilient avec leur sexe biologique après l’adolescence, sans intervention invasive médicale.

Est-ce que l’approche prudente préconisant une période d’attente vigilante serait criminalisée par la loi proposée ? Si c’est le cas, il s’agirait d’une ingérence inédite et étonnante de la sphère législative dans le domaine médical. Si c’est le cas, cette loi représente un grand danger pour nos enfants. »

Source

Extraits du programme de 6e année (primaire)

Sixième année: Identité, rôles, stéréotypes sexuels et normes sociales

Objectifs éducatifs :

Expliquer comment la discrimination basée sur l’identité et l’expression de genre ainsi que l’orientation sexuelle peuvent affecter les personnes.

Discuter du rôle que chacun peut jouer dans le respect de la diversité sexuelle et de la différence.

Les apprentissages des enfants inclus:

  • La façon dont la discrimination basée sur l’identité et l’expression du genre ainsi que l’orientation sexuelle peuvent affecter le développement d’un individu.
  • La définition du sexisme et son influence sur l’estime de soi, l’image de soi et les choix personnels.
  • La définition de l’homophobie et son influence sur les individus.
  • La définition de la transphobie et son influence sur les individus.
  • Le rôle que chacun peut jouer dans le respect de la diversité sexuelle et de la différence.

De plus, les enfants discuteront des sujets suivants :

  • La Charte des droits et libertés de la personne du Québec et le respect des différences individuelles.
  • Les façons de respecter quelqu’un ou de ne pas respecter quelqu’un.
  • L’empathie à l’égard des autres.
  • Le concept d’égalité comme valeur sociale.
  • La dénonciation de la discrimination ou des inégalités pour la personne qui les subit.
  • Demander de l’aide à son entourage si je suis témoin ou victime de discrimination ou d’une inégalité.

Intervention : Continuer à promouvoir des rapports égalitaires et harmonieux tout en réduisant les attitudes et les comportements de discrimination basée sur le genre. Les activités devraient inclure le développement des habiletés à dénoncer cette discrimination sous toutes ses formes, dont le sexisme, l’homophobie et la transphobie.

  • Demander aux élèves ce qu’est la discrimination, quelles images leur viennent en tête, et s’ils subissent de la discrimination à l’école.
  • Visionner la vidéo « C’est quoi la discrimination? » de la série « Un jour, une question » et discuter du film en classe.
  • Demander aux élèves de compléter l’exercice « Circle of self ».
  • Définir ce qu’est le sexisme, l’homophobie, l’hétérosexisme et la transphobie.
  • À l’aide des outils fournis, compléter l’activité en explorant les types d’emplois et encourager les élèves à poursuivre leurs préférences au lieu de se limiter selon les attentes de la société à savoir qui doit faire quoi.
  • À l’aide de vidéos fournies, discuter des stéréotypes et de quelles façons ils peuvent limiter les choix personnels.
  • À l’aide du scénario « In the grade 5 class of Mr. Julien », explorer l’usage de la phrase « C’est trop gai ».
  • À l’aide de la courte vidéo « Stand Up », discuter avec les élèves de la discrimination et les façons dont ils peuvent faire preuve de respect envers la diversité sexuelle.

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Covid-19 — impact sur l’espérance de vie en France relativement bas (-0,2 an pour hommes, -0,1 an pour femmes)

Un article de Michel Guillot et de Myriam Khlat, chercheurs à l’Institut national des études démographiques (INED), paru dans The Conversation.

Le 26 juin 2020, le nombre de décès cumulés attribués à l’épidémie de Covid-19 en France s’élevait à 29 778, et le nombre de décès quotidiens continuait de diminuer avec 26 nouveaux décès enregistrés en 24 heures à l’hôpital. Cette baisse régulière du nombre de décès quotidiens indique que la France s’approche de son bilan final de décès Covid-19 en 2020. En l’absence d’une deuxième vague, celui-ci devrait se stabiliser autour de 30 000 décès.

Quelles seront les conséquences de cette épidémie inédite sur l’espérance de vie en 2020 ? Au-delà du décompte des décès Covid-19, primordial pour suivre la progression de l’épidémie, l’impact en ce qui concerne l’espérance de vie permet de replacer ces décès dans le contexte plus global de la démographie française. Le nombre total de décès attribués à la Covid-19 se précisant, il est possible de procéder à de premières estimations.

Une baisse d’espérance de vie relativement modeste En comparant les décès quotidiens de 2020 à ceux de 2019 sur la même période, on observe que l’épidémie de Covid-19 a généré une forte surmortalité concentrée sur les mois de mars et avril.

Début avril, au moment du pic de l’épidémie, on dénombrait en effet jusqu’à 1 000 décès quotidiens en excès par rapport à 2019, soit une augmentation de plus de 60 %. Depuis début mai, en revanche, le nombre de décès quotidiens est revenu à un niveau comparable à celui de 2019. Cela indique que même si l’épidémie continue à faire des victimes, elle s’est affaiblie au point de ne plus générer un excédent visible de décès par rapport à 2019.


Ces observations nous permettent de commencer à appréhender l’impact de l’épidémie de Covid-19 sur l’espérance de vie en France en 2020. Il est possible, par exemple, de faire l’hypothèse que les décès quotidiens sur le reste de l’année 2020 resteront comparables aux décès de 2019, comme cela est déjà le cas depuis plusieurs semaines.

Cette hypothèse est assez grossière, mais elle permet néanmoins de procéder à de premières estimations. En effet, hors évènements sanitaires majeurs, le nombre de décès journaliers varie peu d’une année à l’autre.

Nos résultats indiquent que la baisse de l’espérance de vie en France en 2020 devrait être relativement modeste. Pour les hommes, il s’agirait d’une baisse de 0,2 an, soit une espérance de vie de 79,5 ans en 2020 contre 79,7 ans en 2019. En ce qui concerne les femmes, l’espérance de vie devrait baisser de 0,1 an, soit 85,5 ans en 2020 contre 85,6 ans en 2019. Quant à l’espérance de vie à 65 ans, avec 0,3 an de baisse pour les hommes et 0,2 an pour les femmes, les pertes devraient être un peu plus marquées, mais finalement assez similaires à celles de l’espérance de vie à la naissance. La perte plus importante d’espérance de vie chez les hommes reflète leur plus grande vulnérabilité face à cette maladie.

Que représentent ces baisses d’espérance de vie ? Même si l’espérance de vie a connu ces dernières décennies une hausse annuelle de 0,2 an en moyenne, de telles baisses sont loin d’être inhabituelles. Pour les hommes, une baisse similaire a eu lieu en 2015. Pour les femmes, des baisses au moins aussi importantes ont eu lieu en 2008, 2012 et 2015. Ces baisses épisodiques s’expliquent principalement par les variations d’intensité et de calendrier de la grippe saisonnière d’une année sur l’autre.


 Un autre point de comparaison est l’épisode de canicule de 2003. Cette année-là, l’espérance de vie avait baissé de 0,1 an chez les femmes, mais avait au contraire augmenté de 0,1 an chez les hommes. Les baisses attendues en 2020 ne sont donc pas exceptionnelles.

Pourquoi une baisse aussi modeste ?

Il est indéniable que les mesures de confinement ont permis de diminuer fortement le nombre de décès dus à la Covid-19. Une étude a estimé que ces mesures exceptionnelles ont permis de réduire de 83 % le nombre de décès Covid-19. En l’absence de confinement, la baisse attendue de l’espérance de vie aurait certainement été beaucoup plus forte.

Les pertes attendues d’espérance de vie estimées ici semblent néanmoins modestes au regard des presque 30 000 décès Covid-19 qui se sont malgré tout produits à ce jour, en dépit des mesures de confinement. Plusieurs explications peuvent être avancées. Tout d’abord, il faut noter que les décès aux âges élevés ont un impact moins important sur l’espérance de vie que les décès aux âges jeunes, car les décès aux âges élevés entraînent un nombre inférieur d’années de vie perdues. Or, les décès Covid-19 sont survenus dans leur grande majorité à des âges relativement élevés (82 % au-dessus de 70 ans).

Ensuite, le nombre de décès en excès en janvier-mai 2020 par rapport à 2019 sur la même période est en fin de compte inférieur à ce à quoi l’on pourrait s’attendre au vu du décompte de décès Covid-19. En effet, il y a eu environ 287 000 décès pour toutes causes (Covid-19 ou non) entre janvier et mai 2020, à comparer aux 270 000 décès pour toutes causes enregistrés sur la même période en 2019. L’excédent de décès en 2020 est donc d’environ 17 000 décès, soit 12 000 décès en moins par rapport aux 29 000 décès liés à la Covid-19 enregistrés sur la même période. Cela signifie que par rapport à 2019, il y a eu en janvier-mai 2020 un déficit de 12 000 décès relevant d’autres causes que la Covid-19.

Ce déficit de 12 000 décès hors Covid-19 peut s’expliquer par trois raisons. Premièrement, l’année 2020 a commencé d’une manière particulièrement favorable du point de vue de la mortalité. Il y a eu en effet environ 10 000 décès en moins en janvier-février 2020 par rapport à 2019 sur la même période, ceci en raison d’une épidémie de grippe saisonnière n’ayant pas entraîné de mortalité notable contrairement à celles de quatre des cinq hivers précédents, dont celui de 2018-19. Ces déficits de décès en janvier-février compensent en partie les excès de décès en mars-avril dus à la Covid-19.

Deuxièmement, certaines des victimes de la Covid-19 ont pu être des personnes fragiles qui seraient décédées entre mars et mai 2020 même en l’absence de l’épidémie. L’excès de décès dus à la Covid-19 a donc pu entraîner une baisse de décès relevant d’autres causes et contribuer au déficit observé de décès hors Covid-19. Ces effets, appelés « effets de moisson », avaient expliqué en partie la baisse rapide des décès à la suite de la canicule de 2003, et l’on peut s’attendre à des effets similaires avec l’épidémie de Covid-19.

Enfin, il faut noter les effets « indirects » des mesures de confinement, qui, en modifiant profondément les habitudes de vie des Français, ont pu entraîner une baisse des décès dus à d’autres causes que la Covid-19, par exemple les accidents de la route.

Au total, les 12 000 décès hors Covid-19 évités entre janvier et mai 2020 atténuent l’impact de l’épidémie sur l’espérance de vie. Sans ces décès évités, la baisse attendue de l’espérance de vie en 2020 aurait été d’environ 0,5 an, ce qui aurait représenté une perte beaucoup plus inhabituelle.

Incertitudes concernant le reste de l’année 2020

Nos estimations de la baisse attendue de l’espérance de vie en 2020 reposent sur l’hypothèse que les décès sur le reste de l’année 2020 seront analogues aux décès de 2019 sur la même période. Elles ne prennent pas en compte la possibilité d’une deuxième vague de l’épidémie d’ici fin 2020. Il est cependant improbable qu’une deuxième vague, si elle a lieu, soit aussi meurtrière que la première en raison de la meilleure connaissance du virus et de la meilleure préparation des autorités sanitaires et de la population face à cette épidémie.

Nos estimations ne prennent pas non plus en compte la possibilité d’une augmentation des décès liée à des renoncements ou des reports de soins pendant la période de confinement. Pour les cancers, par exemple, les retards de dépistage ou de prise en charge pourraient entraîner des décès supplémentaires d’ici fin 2020. Mais là aussi, il est peu probable que ce type d’effet soit suffisamment important pour modifier sensiblement nos résultats. [Cet excès de mortalité est estimé à 2 % soit environ 3000 morts du cancer en 2020 dus à une prise en charge retardée. Chiffres de l'Institut Gustave Roussy à Villejuif rendus publics vendredi 18 septembre. Il meurt environ 150.000 personnes du cancer par an en France.]

À l’inverse, nos estimations ne prennent pas en compte la possibilité que les décès quotidiens sur le reste l’année 2020 soient inférieurs à ceux observés en 2019 sur la même période, par exemple en raison de possibles effets de moisson. Cela pourrait atténuer encore davantage la baisse de l’espérance de vie en 2020 et même générer une légère augmentation, comme cela avait été observé pour les hommes en 2003 malgré la canicule.

Il reste donc évidemment une part d’incertitude autour de la baisse de l’espérance de vie en 2020, et il faudra attendre la fin de l’année pour une réponse définitive sur cette question. Malgré ces incertitudes, les données à ce jour indiquent qu’en raison de multiples facteurs, l’épidémie de Covid-19 ne devrait pas générer une baisse particulièrement inhabituelle de l’espérance de vie en France en 2020.

Allemagne — pas de solutions uniques face au coronavirus pour la rentrée

En Allemagne, l’éducation relève de la compétence des Länder. Chaque région décide des mesures à prendre en fonction de la virulence du virus.

La Rhénanie du Nord-Westphalie (Nord-Ouest du pays près de la Belgique), qui présente un des moins bons bilans nationaux, a imposé le port du masque en classe dès le secondaire (vu les difficultés pratiques, cette obligation sera levée à compter de la semaine prochaine).

Rentrée des classes près de Cologne (Ouest du pays)

En Mecklembourg-Poméranie antérieure (Nord-Est sur la Baltique), une des régions les moins affectées, le port du masque n’est obligatoire qu’à partir de la 5e année de primaire et seulement dans les couloirs.

À Berlin, la ville-État a choisi une solution intermédiaire : le port du masque est obligatoire pour tous les élèves, mais seulement lorsqu’ils se déplacent.

Dans la capitale, trois semaines après la rentrée, une certaine routine s’est installée dans les mesures barrières. Devant l’école primaire Kant située dans le quartier de Steglitz, lors de la dépose des enfants le matin, les parents se réjouissent des mesures barrières.

Après avoir finalement mis la main sur le masque de sa fille dans son cartable, Klaus commente : « Les enfants se sont bien adaptés aux mesures, et maintenant, cela fonctionne sans trop de problèmes. »

« Tout se passe à merveille et on voit que les enfants en ont vraiment besoin de retourner à l’école », reprend en écho une maman masquée.

» Pas une solution unique pour toutes les écoles »

Cette école internationale a repris l’enseignement avec les effectifs au complet, soit 450 élèves. Avant de descendre en récréation à la pause de 10 heures, les enfants de la première primaire s’alignent sur les tirets scotchés sur le sol bleu, avant de descendre les escaliers, en bon ordre et masqués. Leur instituteur, Stephan Bartels, en profite pour aérer la classe en grand et espère surtout « ne pas oublier de bien la fermer avant le retour des enfants ».

Parmi les autres mesures spéciales anti-corona prises dans cet établissement refait à neuf en septembre dernier, certains cours, qui se déroulent en demi-groupes, commencent par une petite séance de désinfection. Le lavage des mains est recommandé par des affiches dans les couloirs.

Andreas Wegener, le directeur de cette école privée Kant explique son point de vue : « Je ne crois pas qu’il y ait une solution unique applicable à toutes les écoles, parce que les conditions d’enseignement sont différentes. Les collègues réagissent différemment, les établissements sont différents et de ce fait, il faut voir ce qui est faisable en fonction des lieux. »

Des quarantaines ciblées

À la municipalité de Berlin, l’échevine (conseillère municipale) à l’éducation Sandra Scheeres a tiré un bilan positif de cette rentrée qui « prouve que notre concept est satisfaisant et que les écoles ne sont pas des foyers de contagion ». En trois semaines de classe, le bilan officiel fait état de 58 cas de Covid sur les 825 établissements de la capitale.

La stratégie des autorités consiste à opérer des fermetures ciblées d’établissement : ne pas fermer toute l’école, mais seulement la classe touchée par une infection. Seuls les enfants directement exposés à l’individu contaminé sont placés en quarantaine, mais leurs parents peuvent continuer d’aller travailler. Ils ne sont assignés à s’isoler que si un test pratiqué sur leur enfant s’avère positif.

Ce bon résultat tient aussi à l’autodiscipline. Beaucoup d’enseignants, prioritaires pour se faire tester, se mettent volontairement en retrait en cas de doute. Si le nez se met à couler ou si la gorge gratte, beaucoup de parents préfèrent garder les enfants à la maison.

Certains ont des craintes pour l’automne

Les mesures prises ne sont pas jugées suffisantes par tous les professeurs : tous ne se sentent pas assez protégés contre l’exposition au virus. Heinz-Peter Meininger, le président de l’association des professeurs allemands (DL) craint l’arrivée de l’automne « quand l’aération des classes sera moins aisée et quand le froid favorisera la circulation du virus ».

« Chez les élèves plus âgés, poursuit le dirigeant du DL, des études ont montré qu’ils sont plus exposés que des adultes parce qu’ils sont plus actifs et qu’il y a plus d’échanges à cet âge-là etc. Pour cette classe d’âge, il faudrait imposer le port du masque. »

Ces doutes semblent étayés par une étude réalisée par l’université technique (TU) de Berlin. Une vidéo montre comment les aérosols produits par un seul élève contaminé peuvent se répandre dans une classe fenêtre fermée : en 2 minutes seulement, un nuage de ces particules propagatrices du virus a envahi la salle…

Source

New York reporte encore la rentrée en personne dans les écoles publiques

Sous la pression des syndicats d’enseignants et de dirigeants d’établissements, la ville de New York a reporté une nouvelle fois jeudi la rentrée en « présentiel » pour une grande partie des élèves de ses écoles publiques, qui était prévue lundi 21 septembre.

Seuls les écoliers de 8 et 9 ans et moins, et les élèves en difficulté fréquentant des établissements spécialisés pourront finalement commencer à aller physiquement à l’école certains jours dès la semaine prochaine, a annoncé le maire Bill de Blasio.

Les autres devront attendre jusqu’au 29 septembre ou jusqu’au 1er octobre, selon les âges, a-t-il précisé, et continueront à suivre les cours en ligne qui ont repris pour la plupart cette semaine.

Ce report a été décidé à l’issue d’une réunion mercredi avec les responsables scolaires de New York et les puissants syndicats d’enseignants et de responsables d’établissements, a souligné le maire.

Les deux syndicats faisaient valoir que les établissements n’étaient pas prêts et manquaient notamment d’enseignants pour assurer, simultanément, un enseignement comportant certains jours en présentiel pour un peu plus de la moitié des élèves, et un enseignement 100 % en ligne pour les autres ayant choisi cette option.

« De vrais problèmes ont été soulevés » lors de cette réunion, a fait valoir M. De Blasio, en mentionnant notamment le manque d’enseignants. « Même si des progrès ont été réalisés, il faut en faire plus » avant de pouvoir rouvrir les établissements à tous les élèves, a-t-il ajouté en s’engageant notamment à engager encore 2500 enseignants supplémentaires d’ici la fin du mois.

Le 1er septembre, le maire avait déjà annoncé un report de la rentrée en présentiel (en classe, en personne), du 10 au 21 septembre, sous la pression des syndicats qui pointaient des mesures sanitaires insuffisantes.

La ville de New York, avec quelque 1,1 million d’élèves scolarisés dans près de 1800 établissements publics, est la seule, parmi les grandes métropoles américaines, à s’être engagée à assurer un enseignement en partie présentiel à l’automne.

Les autres, comme Los Angeles, Chicago, Houston ou Miami ne prévoient qu’un enseignement en ligne pour l’instant.

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Suède — contaminations en baisse, contrairement à légère hausse ailleurs en Europe 
 
 

 

Suède — contaminations en baisse, contrairement à légère hausse ailleurs en Europe

Alors que l’épidémie de coronavirus semble amorcer sa résurgence dans plusieurs pays à travers le monde, forçant certains à envisager de nouvelles mesures de confinement, la Suède, et son approche singulière face à la crise sanitaire de la COVID-19, continue de se démarquer. Les cas de contamination y sont en baisse sur son territoire depuis le début du mois de septembre, comparativement à une hausse enregistrée chez ses voisins européens.

Une tendance qui pourrait confirmer en partie l’efficacité à long terme de son modèle controversé, favorisant l’éducation et la responsabilisation de la population plutôt que l’adoption de mesures contraignantes comme le confinement, indique l’épidémiologiste en chef du pays, Anders Tegnell.

« Je pense que la stratégie fonctionne, a indiqué au Devoir mercredi depuis Stockholm le grand patron de la gestion de la crise sanitaire en Suède. La baisse des cas est en partie due au fait que les conseils de l’agence de santé publique ont été très bien suivis par la population. Depuis le début, ces recommandations ont toujours été les mêmes. Elles visent une gestion durable de la crise, et l’adhésion y est encore très élevée ».

Stockholmois profitant du soleil en pleine pandémie

Pas de confinement [rappelons que les écoles jusqu'à 15 ans sont restées ouvertes], mais un appel à la distanciation sociale et au télétravail dans la mesure du possible. Pas de masque obligatoire — pas même recommandé —, mais des horaires de transport en commun revus pour éviter les pointes d’affluence et des rassemblements interdits au-dessus de 50 personnes. Les élèves de moins de 16 ans ont repris le chemin de l’école depuis la mi-août. Les garderies, bars, restaurants, salles de sport n’ont jamais fermé. Les personnes âgées de plus de 70 ans sont invitées à s’auto-isoler. Et six mois après le début de la crise, les chiffres n’évoquent pas la catastrophe que certains avaient annoncée.

Pis, dans les 14 derniers jours, le nombre de nouveaux cas de COVID-19 détectés en Suède se maintient à un niveau très bas, à 29 cas pour 100 000 habitants, alors que ces cas amorcent une remontée spectaculaire en Espagne (282), en France (163), au Royaume-Uni (65) ou en Belgique (75), selon les plus récentes données du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies.

Ailleurs dans le monde, en Israël, le gouvernement a même annoncé cette semaine le retour au confinement à partir de vendredi, et ce pour trois semaines, afin de juguler l’amorce d’une deuxième vague. [On peut se demander si ce n’est pas la réelle première vague comme dans les pays de l’hémisphère austral, la maladie ayant fait très peu de morts en mars/avril tant en Israël que dans l’hémisphère sud.] Ce sont 8000 nouveaux cas qui y ont été détectés en deux jours à peine. La Suède en a déclaré 3000 cumulés pour les deux dernières semaines.

Depuis mars, la COVID-19 a fait 57 morts par tranche de 100 000 habitants dans ce pays, contrairement [moins donc] à 68 pour 100 000 au Québec qui a opté pour une approche différente [plus draconienne] face à la pandémie.

 

Faire ses courses en Suède : pas de masques, de barrières en plexiglas, pas de flèches au sol

« Stratégie risquée »

« La stratégie suédoise était extrêmement dangereuse, concède en entrevue Cecilia Söderberg-Nauclér professeure d’immunologie à l’Hôpital universitaire Karolinska de Stockholm, puisque nous n’avions aucune connaissance sur les effets d’un scénario sans confinement qui a finalement causé la mort de 5800 personnes. » C’est 63 de plus qu’au Québec. Ces décès, au sein d’une population de 10 millions d’habitants, ont été principalement enregistrés dans les résidences pour personnes âgées du pays. Le gouvernement a admis depuis avoir été mal préparé pour faire face à la crise dans ces établissements.

« Cela aurait pu être pire, ajoute-t-elle en évoquant une possible “immunité préexistante” dans la population suédoise face à la COVID-19 pour expliquer la trajectoire atypique du pays au temps de la pandémie. Nous avons eu beaucoup de chance. Nous allons voir comment les choses vont évoluer dans les prochains mois, mais je suis désormais moins inquiète qu’au printemps dernier. »

Actuellement, 15 % de la population de Stockholm, la plus touchée par le coronavirus, aurait développé des anticorps. Ici, une analyse d’Héma-Québec dévoilée fin août établit ce taux à 3 % pour Montréal, épicentre de la pandémie au Canada.

« La Santé publique de Suède a toujours affirmé que la lutte contre la COVID-19 était un marathon et non pas un sprint, résume Stéphane Paquin, professeur à l’École nationale d’administration publique (ENAP) à Montréal et spécialiste de la Scandinavie. Le confinement y a été moins prononcé qu’ailleurs et les effets du déconfinement y sont désormais plus faibles ». Mais selon lui, il est encore trop tôt pour juger de l’efficacité de cette approche sur les autres, puisqu’il faut attendre de sortir de la crise sanitaire pour pouvoir en dresser le bilan.

« Les prochains mois sont difficiles à prévoir, prévient le microbiologiste Jan Albert, joint en Suède mercredi. Il est un des experts du gouvernement en matière de lutte contre la COVID-19. Le pays va connaître probablement plus de cas cet automne et cet hiver, mais, espérons-le, pas autant qu’au printemps et aussi moins que dans d’autres pays », et ce, en raison du fait, selon lui, que la population accepte les recommandations de l’agence de santé publique, recommandations qui n’ont pas changé depuis ce printemps.

Responsabilisation

Selon un récent sondage mené par l’Agence de la protection civile, 73 % des Suédois font confiance aux autorités sanitaires, et 52 % font confiance au gouvernement du social-démocrate Stefan Löfven qui, en temps de crise, se fait la simple courroie de transmission des directives de la Santé publique et de ses scientifiques.

« Les enquêtes régulières au sein de la population montrent que 9 Suédois sur 10 suivent les recommandations de la Santé publique et ont modifié leur comportement pour respecter la stratégie durable visée par le gouvernement, explique au Devoir Anna Mia Ekström, spécialiste en maladies infectieuses à l’Université Karolinska. Pour le moment, cela va très bien puisqu’il y a eu une nette diminution à la fois du nombre de nouveaux cas, du nombre de cas nécessitant des soins intensifs, et du nombre de décès depuis la mi-avril, malgré une augmentation très rapide des tests de dépistage ».

« Nous anticipons une propagation continue, mais à un faible niveau dans les prochains mois », assure Anders Tegnell qui n’écarte toutefois pas le risque de « foyers d’éclosion localisés ». « Le défi va être de les trouver rapidement pour réduire et contenir la propagation », ajoute-t-il.

Mais contrairement à d’autres pays qui préparent leurs troupes à un retour possible à des mesures de confinement, la Suède, elle, parle désormais « d’atténuer » celles qu’elle a prises depuis mars dernier, si « la contamination devait se maintenir dans son état actuel », dit M. Tegnell.

Source

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Covid-19 — La Suède est-elle un contre-exemple ? 

En Suède, la rentrée des classes a déjà eu lieu et le coronavirus n'y a (presque) rien changé

Situation en Belgique le 15 septembre 2020, le professeur de médecine (maladies infectieuses) Jean-Luc Galla


Situation dans le monde, en Europe et en France avec le Pr Jean-François Toussaint, 16 septembre 2020

France : les écoles libres (dites hors contrat) en expansion (+129 nouvelles écoles)

Selon les chiffres publiés le 9 septembre par l’association Créer son école, 129 nouvelles écoles, collèges et lycées hors contrat (non subventionnées par l’État, à la pédagogie et au recrutement plus libre) ont ouvert leurs portes à la rentrée, contre 124 en 2019, en dépit des contraintes liées à la crise sanitaire et à la loi Gatel d’avril 2018. La dynamique reste forte, surtout pour les écoles aconfessionnelles (80 %) qui proposent des pédagogies alternatives, notamment Montessori (30 %) ou encore la scolarisation d’un public spécifique (handicapé ou à haut potentiel).

La création d’écoles musulmanes augmente (8,5 %), alors que la part d’écoles catholiques tombe de 18 % à 4,7 %, sans doute parce que les écoles existantes suffisent désormais à répondre à la demande, a estimé Anne Coffinier, présidente de Créer son école.




Tendances par niveaux

Les écoles primaires restent de loin les plus fréquemment créées (près de 70 % des entités ouvertes), mais les collèges représentent tout de même près de 18 % des créations, alors qu’ils sont beaucoup plus coûteux à faire fonctionner. Peu de lycées ont été créés, sans doute en raison de la réforme du baccalauréat [les notes de l’année comptent désormais beaucoup et cela avantage les écoles étatiques ou sous-contrats] qui désavantage en l’état les lycées hors contrat.

Afin de favoriser la création de lycées hors contrat, il conviendra de clarifier rapidement avec le gouvernement les conditions d’accès au baccalauréat, ce à quoi Créer son école et Éduc’France s’emploient aux côtés de la FNEP, le syndicat des directeurs d’écoles hors contrat.

Tendance par pédagogies

La pédagogie Montessori reste celle qui est de loin la plus plébiscitée, avec 23,3 % des créations. 

Les chiffres sont bien plus élevés si l’on ajoute les écoles Montessori internationales/bilingues/trilingues, qui sont recensées dans nos statistiques, comme expliqué précédemment, uniquement comme écoles bilingues/trilingues/internationales/à langue régionale. Souvent cette pédagogie s’associe à un bilinguisme (voire un trilinguisme ou une structuration en école internationale), comme c’est le cas pour 11 écoles Montessori cette année. Alors que la pédagogie Montessori est le plus souvent utilisée sans mélange, les autres pédagogies sont généralement associées à d’autres (Freinet, Decroly...). On compte 14,7 % d’écoles qui revendiquent emprunter à plusieurs pédagogies simultanément.

Les écoles bilingues ou multilingues font l’objet d’une demande forte, avec 24,8 % des écoles. On ne compte en revanche cette année qu’une seule ouverture d’école régionale (en Bretagne).

On note une attention croissante aux publics spécifiques (HP, troubles de l’attention, etc.) chez les créateurs d’écoles.

La préoccupation écologique et environnementale est moins affirmée que les dernières années. Les « écoles des forêts », très présentes parmi les porteurs de projets, sont loin de s’être toutes concrétisées

Tendances religieuses 

Le nombre de nouvelles écoles confessionnelles est très faible, puisque près de 80 % des ouvertures sont déclarées aconfessionnelles ou laïques. Les ouvertures d’écoles revendiquant une approche catholique sont rares cette année, avec moins de 4 % des créations, soit à peine plus que les écoles juives ou évangéliques. Il y a 11 créations d’établissements musulmans (9 si l’on compte par groupes scolaires).

Tendances géographiques

Les écoles sont créées à travers toute la France, et particulièrement en région parisienne. Elles sont implantées aussi bien dans de grandes villes que dans des villes moyennes ou de petites villes. Ainsi, on note un rééquilibrage par rapport au passé, qui était caractérisé par une concentration des créations en région parisienne, lyonnaise et dans l’Ouest de la France.

Tendances liées aux tarifs

Les écoles récemment créées demandent le plus fréquemment des tarifs scolaires qui couvrent les coûts réels, qu’elles soient dotées d’un statut associatif ou lucratif. Seules les écoles confessionnelles pratiquent des frais de scolarité bas, abondés par des dons extérieurs. C’est aussi une évolution significative, qui s’explique aisément en temps de crise économique. Pour autant, les écoles sont désireuses d’avoir une politique sociale et cherchent des solutions. C’est une des raisons pour lesquelles la Fondation Kairos pour l’innovation éducative -Institut de France est en train de mettre en place une politique de démocratisation de l’accès aux écoles libres pour les enfants issus des familles les moins favorisées.


Le dossier de presse