mercredi 24 juillet 2019

24 juillet 1967, le Gal de Gaulle remonte la Chemin du Roy et prononce « Vive le Québec libre ! »

Il y a 50 ans aujourd’hui, lundi le 24 juillet 1967 décrété jour férié, le Président de la République française, le général Charles de Gaulle parcourrait le « Chemin du Roy » de Québec à Montréal en compagnie du Premier Ministre Daniel Johnson, père, et d’un long cortège. À 19 h 42, le président français apparaît au balcon de l’hôtel de ville de Montréal devant 15.000 Québécois. C'est là qu'il prononcera son célèbre « Vive le Québec libre ! »

Le général de Gaulle à Trois-Rivières le 24 juillet 1967

Extraits de l’article de Christian Rioux à cette occasion dans le Devoir :

C’était il y a 50 ans à peine. Le 23 juillet 1967, le général de Gaulle débarquait à l’Anse-au-Foulon pour une visite de trois jours qui allait changer la face du Québec. Entre Paris et Montréal, Le Devoir retrace la genèse de ce moment aujourd’hui inscrit dans tous les livres d’histoire. Premier article d’une série de trois.

Ce matin-là, Jean-Paul Bled était à Saint-Malo. On n’imagine pas un lieu plus symbolique pour apprendre que, la veille, le général de Gaulle a provoqué tout un branle-bas de combat diplomatique en lançant « Vive le Québec libre ! » du haut du balcon de l’hôtel de ville de Montréal, le 24 juillet 1967. « En plus, c’était le jour de mon mariage ! dit l’historien. Le moment resta gravé à jamais dans ma mémoire. »

Mais au fond, dit-il, ce geste n’avait rien de si étonnant. Il était dans le prolongement direct de ce qu’avait été le général de Gaulle depuis qu’il avait pris la direction de Londres et lancé l’appel du 18 juin 1940, devenant ainsi le symbole vivant de la Résistance française.

[...]

L’homme qui débarque au Québec en 1967 pour payer la dette de Louis XV n’est pas seulement le libérateur de la France. Il n’est pas seulement le président revenu au pouvoir en 1958 pour sortir le pays de la guerre d’Algérie. À cette date, il est devenu un véritable symbole de la lutte anticoloniale.




[...]


À partir de 1958, les événements vont se précipiter. Avant même la fin de la guerre d’Algérie, la France se dote de l’arme nucléaire, ce qui assure son indépendance militaire des États-Unis. En 1964, elle reconnaît la Chine populaire. La même année, de Gaulle enfreint la doctrine Monroe qui veut que, du nord au sud, l’Amérique demeure une chasse gardée des États-Unis. Le général fait un voyage triomphal en Amérique latine, où il est reçu et acclamé en « Libertador ». Un an seulement avant de fouler le sol québécois, la France se retire du commandement intégré de l’OTAN sans pour autant condamner l’alliance atlantique. Mais ce que de Gaulle rejette, c’est la domination militaire américaine. La même année, il prononce son célèbre discours de Phnom Penh contre la guerre du Vietnam. Un mois avant d’arriver à Québec, il condamne l’attaque israélienne en Palestine. Toujours au nom de l’autodétermination des peuples.





[...]


Car, chez les De Gaulle, on n’a pas oublié cette époque. Fils d’un professeur d’histoire, de Gaulle baigne depuis toujours dans l’histoire de son pays. « C’est quelqu’un qui assume toute l’histoire de France, celle de la monarchie comme celle de la Révolution », dit le professeur d’histoire Gaël Nofri, aujourd’hui conseiller municipal de la Ville de Nice. La preuve : en 1913, lorsqu’à 23 ans il prononce une conférence sur le patriotisme devant le 33e régiment d’infanterie, il l’illustre par les exemples de Jeanne d’Arc, Du Guesclin et… Montcalm ! La fin du XIXe siècle a d’ailleurs été marquée par la publication de nombreux ouvrages sur le malheureux combattant des plaines d’Abraham.

On sait par le témoignage de son fils, Philippe, que de Gaulle avait lu Maria Chapdelaine, le roman fétiche de Louis Hémon paru en 1921 qui raconte l’histoire malheureuse de ce peuple poussé à l’exil après avoir été abandonné par la France. Nofri est convaincu que la vision qu’a de Gaulle du Canada est marquée par l’œuvre de l’historien Jacques Bainville. Ce catholique monarchiste, mais qui n’était guère nationaliste, déplore que, « malgré une glorieuse résistance », la France n’ait plus manifesté d’intérêt pour le Canada après la Conquête. Avant de partir, le général confie d’ailleurs à son ministre Alain Peyrefitte que son voyage « est la dernière occasion de réparer la lâcheté de la France ».

« C’est cette dette que veut payer de Gaulle, dit Nofri. Pour lui, c’est la France qui a fondé le Canada. C’est pourquoi d’ailleurs il ne saurait être question d’aller fêter le centenaire de la Confédération. Dans sa vision, les Québécois sont une branche de l’arbre français. C’est pourquoi il parle toujours des Français du Canada. Il n’y a là aucune volonté hégémonique. Seulement une vision de la France comme une civilisation qui s’inscrit dans le temps long de l’Histoire. Comme quelque chose qui a existé, qui existe et qui a vocation à exister. »

Un combat culturel

De Gaulle ne cache pas que son combat contre l’hégémonie américaine est aussi un combat culturel contre l’hégémonie anglo-saxonne. C’est le message qu’il a livré à Phnom Penh et à Mexico, dit Nofri. « Au Québec, il cible évidemment les Anglo-Saxons. Pour lui, c’est un combat de civilisation. Il perçoit déjà le danger de cette hégémonie anglo-américaine et la menace qu’elle fait peser sur la culture et la langue. Et donc sur les libertés ! »

Car la liberté pour De Gaulle, précise l’historien, n’est pas celle des existentialistes ou de l’épanouissement personnel. « C’est la liberté des Classiques. Celle qui est donnée à chacun pour remplir son devoir. Celui de donner sens à ce qu’il a été, à ce qu’il est et ce qu’il devrait être. C’est un combat pour la civilisation. »

Pour Gaël Nofri, le message que livre de Gaulle à Montréal, à Mexico et à Phnom Penh demeure éminemment moderne et actuel. « Certes, le monde a beaucoup changé depuis, dit-il. Mais ce qu’il dit de la nation et des rapports entre les nations est d’une extrême modernité à l’époque de la lutte contre la mondialisation. »




Recension du roman La Traversée du Colbert par Mario Girard :

Quatre mots. C’est tout ce qu’il a fallu pour créer l’une des plus grandes commotions de l’histoire moderne du Québec. Ces quatre mots ont secoué, ont nourri le rêve, ont ravivé l’espoir. Mais ils ont aussi divisé, déçu et mis à mal le sacrosaint jeu diplomatique.

Quand, le 24 juillet 1967, à 19 h 42, le président français Charles de Gaulle apparaît sur le balcon de l’hôtel de ville de Montréal, la foule présente d’environ 15 000 personnes est en liesse. Toute la journée, de Québec jusqu’à la métropole, le général a reçu un accueil digne de la Libération (ce sont ses mots) tout au long de son parcours sur le chemin du Roy.

Quand, quelques minutes plus tard, il couronne son discours par le mythique et retentissant « Vive le Québec libre », la même foule ne se contrôle plus. Elle exulte de joie, de fierté. Elle attendait ses paroles, elle les espérait. Elle les a eues.

Autour du général, c’est la consternation. On croit halluciner. Du côté français, déjà on pense à la manière de limiter les dégâts. Dans le clan des fédéralistes, on encaisse durement le coup. Chez les nationalistes, l’émotion étreint tout.

Depuis maintenant 50 ans, on ne cesse d’analyser la nature et la portée de ces quatre mots. Ont-ils été improvisés, comme certains continuent de le croire ? Pour mon collègue André Duchesne, auteur de l’essai La traversée du Colbert, il ne fait aucun doute que de Gaulle savait exactement ce qu’il faisait et que tout dans ce discours avait été prémédité.

Le vieux général n’avait-il pas dit à son entourage, juste avant son départ, que, s’il venait au Québec, il allait faire des « vagues » ?

Et n’avait-il pas confié à son chef d’état-major, Jean Philippon, lors de sa traversée, qu’une fois rendu au Québec, il ferait un grand coup d’éclat ?

« Oui, je suis maintenant persuadé qu’il avait cela en tête avant son départ, dit André Duchesne. Et je crois que malgré la tempête que cela a causée, il n’a jamais regretté son geste. Son entourage, par contre, a dû faire des prouesses pour rattraper tout cela. »

Une traversée dans l’histoire

André Duchesne a décidé de faire graviter le récit de son livre, auquel il a travaillé pendant plus de trois ans, autour du navire Le Colbert, ce croiseur antiaérien de 11 300 tonnes qui amena de Gaulle et son épouse, Yvonne, en « Nouvelle-France ». « Cette traversée de l’Atlantique est aussi une traversée dans l’histoire, dit l’auteur. Et cette traversée représente la montée en puissance de toute une organisation. »

Le Colbert est en effet le symbole de ce périple. Le choix d’une arrivée par bateau, plutôt que par avion, témoigne de la ténacité du général de Gaulle à ne pas vouloir se plier aux volontés d’Ottawa. De Paris, le président français avait compris l’incroyable bras de fer que se livraient Québec et Ottawa afin de s’emparer du contrôle de sa visite dans le cadre d’Expo 67.

Si de Gaulle était venu par avion, il aurait dû d’abord atterrir à Ottawa, ce dont il n’avait pas du tout envie. La proposition du bateau l’a donc séduit. De plus, elle lui permettait de faire un arrêt, le premier d’un président de la République, dans l’archipel français de Saint-Pierre-et-Miquelon.

« Je savais qu’il y avait une terrible guerre entre les deux capitales, mais pas à ce point », ajoute André Duchesne. C’est en prenant connaissance des résumés des réunions que Lester B. Pearson a eues à deux reprises avec son cabinet dans les heures qui ont suivi la fracassante déclaration du général de Gaulle que l’auteur a saisi l’ampleur de ce gâchis diplomatique.

Mais revenons à l’arrivée du président français à Québec. Ottawa s’arrangea pour déléguer le gouverneur général Roland Michener afin d’accueillir le général de Gaulle. Ce dernier fut de glace avec cet hôte symbolisant la conquête des Anglais et a été au contraire très chaleureux avec le Premier ministre québécois Daniel Johnson, avec qui il a passé le plus clair de son voyage. Il fera notamment avec lui la fameuse balade sur le chemin du Roy, car de Gaulle avait fait part à ses conseillers de son envie de « voir des gens ».

Un véritable roman à sensation

L’essai d’André Duchesne, qui se lit comme un véritable suspense, fourmille de détails et d’anecdotes savoureuses. Cela nous permet de voir à quel point un grand stress régnait sur l’organisation de cette visite. On y apprend que la première voiture qui fut soumise aux organisateurs était une Cadillac bleu poudre dotée d’un intérieur blanc.

Devant ce véhicule jugé « quétaine » pour un chef d’État, on opta pour une Lincoln noire que Jean O’Keefe, un logisticien dans l’entourage de Daniel Johnson, surnommé Monsieur Urgence, dénicha à Oakville. Cela fait écrire à André Duchesne : « Donc, le président de la France, en voyage au Québec, se déplacera dans une voiture américaine dénichée en Ontario. C’est ça, le Canada. »

Pour tous les organisateurs, cette visite revêtait une importance grandiose. « Au fil de mes recherches, j’ai compris l’importance du rôle de la Société Saint-Jean-Baptiste dans cette opération », explique André Duchesne.

C’est en effet cette organisation qui s’est assurée que, partout sur le passage de Charles de Gaulle, de Donnacona à Montréal, en passant par Trois-Rivières, des Québécois puissent exprimer leur admiration au général et à la France en agitant des drapeaux québécois et français.

Le fameux micro

Quant à savoir si le fameux discours du président français sur le balcon de l’hôtel de ville de Montréal avait été prévu ou pas, un flou continue de persister. Un micro avait été installé, en tous les cas. Dans l’après-midi, Jean Drapeau, voyant aux derniers détails, avait demandé qu’on le retire, précisant que de Gaulle allait parler aux dignitaires sur la terrasse arrière de l’hôtel de ville, mais pas à la foule.

Le responsable se contenta de le débrancher tout simplement. Si bien que, lorsque le général monta sur le balcon et vit le micro, il demanda de s’en servir. Un technicien de Radio-Canada, également organisateur politique du député libéral Jean-Paul Lefebvre, qui était sur place, s’empressa de s’acquitter de cette tâche.

« Il n’y avait pas seulement un micro, il y avait des enceintes acoustiques, explique André Duchesne. Que faisaient-elles là ? Il est très difficile de faire le tri dans les notes provenant de la Ville de Montréal, du gouvernement du Québec et de celui de la France. Certaines font allusion à une allocution et d’autres pas. »

Quoi qu’il en soit, de Gaulle avait un but précis en venant ici. Nous n’avons qu’à écouter le discours qu’il a fait à Québec, au Château Frontenac, lors de son arrivée, et celui qu’il a prononcé lors du déjeuner à l’hôtel de ville de Montréal, le jour de son départ. Il voit dans le Québec un peuple qui doit devenir « maître de lui » et aller « au fond des choses ». Et il passe ce message clairement.

Comme on le sait, la visite de Charles de Gaulle s’est terminée plus tôt que prévu, car Ottawa a pris la décision de ne pas l’accueillir comme cela devait se faire. Le président est donc reparti le 26 juillet à bord d’un avion.

Sur le tarmac, pendant qu’une fanfare jouait Vive la Canadienne, un conseiller du Quai d’Orsay glissa à l’oreille du président : « Mon général, vous avez payé la dette de Louis XV. »

Quant au Colbert, il s’engagea dans le Saint-Laurent le 30 juillet pour regagner la mer et retourner à Brest avec son équipage. Après avoir été transformé en musée maritime à Bordeaux pendant une quinzaine d’années à partir du milieu des années 90, il a été remorqué au cimetière des navires de Landévennec.

Le Colbert vit actuellement ses derniers jours. Il repose à Bassens en attendant d’être découpé en morceaux (si j’étais le Musée de la civilisation ou celui de Pointe-à-Callière, je m’empresserais de faire une demande à la France afin d’obtenir un fragment de ce bateau).

Le Colbert n’a pas eu la même chance que ce discours, celle de passer à la postérité. Mais il a eu le privilège de transporter le rêve qui était également du voyage.


La traversée du Colbert
par André Duchesne,
paru chez Boréal,
en juin 2017,
320 pages
ISBN Papier 9782764624807
ISBN PDF 9782764634806

Extrait en ligne

mardi 23 juillet 2019

24 juillet 1534 — Jacques Cartier prend possession du Canada au nom du roi de France

Texte de René Maran, paru en 1968 :

Le pilote malouin brûlait de « voyager, découvrir et conquérir à Neuve-France, ainsi que trouver, par le Nord, le passage au Cathay » (la Chine), le roi de France voyant dans ce périple une façon d’entraver l’avancée de Charles Quint et, partant, de l’affaiblir financièrement

L’enfance et l’adolescence de Jacques Cartier, né en 1491 à Saint-Malo, nourries de hauts faits maritimes, l’avaient poussé à faire de bonne heure ses classes de marin, en bourlinguant le long des côtes de l’Europe et de l’Afrique. Peut-être même participa-t-il à des guerres de courses, à des abordages.

Toujours est-il qu’il est « pilote et maître de navire » en 1521. Sa notoriété, déjà grande, sa fortune solide lui assure un bel avenir. L’une et l’autre lui ont permis de se marier, l’année précédente, avec Catherine des Granches ou des Granges, l’une des plus fortunées héritières de sa ville natale, fille de Jacques, connétable de Saint-Malo et sieur de la Ville-ès-Gars, et de dame Françoise, née du Mast.

Portrait de Jacques Cartier devant une carte de la côte canadienne. Dessin (colorisé) de Pierre Gandon (1899-1990)

Le mariage, célébré en grande pompe, a été béni par Messire Lancelot Ruffier, vicaire de Saint-Malo. Jacques Cartier accède par cette union au rang de notable en vue. II a pour beau-frère Macé Jalobert, maître d’équipage, et peut désormais compter en toute occasion sur l’appui financier et moral des Maingart, puissante famille alliée à celle des Granches. Il marche, lors de la fête patronale de la confrérie malouine de Saint-Jean, aux côtés du prévôt, derrière les « sonneux et tambourins », en tête de ses confrères venus en grand nombre, « nonobstant quelque indisposition de temps et mortalité ».

Jacques Cartier ne jouit pourtant, à cette époque, que d’une renommée locale. Où et comment l’a-t-il acquise ? Les archives malouines gardent encore sur ce point le silence. On peut néanmoins avancer qu’il connaissait déjà plus ou moins les côtes brésiliennes. Les Malouins du XVIe siècle s’engageaient volontiers comme marins sur les navires espagnols ou portugais allant chercher en Amérique Équinoxiale ce bois de teinture dit « bois de Brésil ».

Sans doute Jacques Cartier y fut-il pour son propre compte, à ses risques et périls. Ceux-ci étaient grands. Les Portugais, considérant le Brésil comme leur, massacraient sans merci tous ceux qui osaient leur faire concurrence. Tant de prétention avait d’ailleurs le don de révolter le pilote Crignon, qui s’écriait : « Quoique les Portugais soient le plus petit peuple du monde, le monde ne leur semble pas assez grand pour satisfaire leur cupidité. Il faut qu’ils aient bu de la poussière du cœur d’Alexandre pour montrer une ambition si démesurée. Ils croient tenir dans une seule main ce qu’ils ne pourraient embrasser avec toutes les deux. Il semble que Dieu ne fit que pour eux les mers et la terre, et que les autres nations ne soient pas dignes de naviguer. »

Quoi qu’il en soit, il est patent que Jacques Cartier a ramené du Brésil, en 1527, une jeune indigène, Catherine du Brésil, qui fut baptisée, le 30 juillet 1528, à Saint-Malo, par Messire Lancelot Ruffier, et eut pour marraine Catherine des Granches, femme de Jacques Cartier, tandis que Guyon Jamyn, recteur de Saint-Jacut, et beau-frère de Thomase Cartier, sœur du futur découvreur du Canada, lui servait de parrain. Il est patent aussi qu’il était suffisamment versé dans la connaissance de la langue portugaise pour servir d’interprète aux Portugais pris en mer et gardés dans les prisons de Saint-Malo.

Cartier n’apparaît soudain en pleine lumière qu’en 1533. Le navigateur malouin va sur ses quarante-deux ans. L’inaction lui pèse. II a soif d’aventures, voit loin, pense grand et voudrait, sentant qu’il n’est pas fait pour n’être rien qu’un roulier des mers, qu’on lui confiât une entreprise à sa taille. Mais à qui doit-il s’adresser ? À qui peut-il faire part de ses désirs, de ses projets ? Parbleu, à Philippe de Chabot, seigneur de Brion, comte de Buzançais et Charny, amiral de France !

Il a déjà eu l’occasion de deviser nombre de fois avec ce grand seigneur, notamment le jour où il lui a fait don de quelques-uns des singes et des perroquets qu’il avait rapportés du Brésil, en 1527. Les grands de ce monde ne sont pas insensibles aux présents. Les cadeaux entretiennent leur mémoire. L’appétit de l’or tiendra celle de Philippe de Chabot en éveil. Son zèle — car il est la vénalité même — croîtra en raison des richesses qu’on fera miroiter à ses yeux. Lui seul peut, en tout cas, vu le crédit dont il jouit à la cour de François Ier, faire aboutir la demande qu’il lui adresse. Celle-ci tend à obtenir l’autorisation de poursuivre les recherches que Giovanni Verrazzano n’a pu qu’ébaucher naguère.

La demande formulée par le père adoptif de Catherine du Brésil tombait à merveille. En favorisant ses desseins, le roi de France dispose d’un moyen propre à entraver l’expansion coloniale de Charles Quint, et à lui créer, ce faisant, de pénibles embarras financiers. L’autorisation que sollicite Jacques Cartier sert par conséquent sa politique. D’où il découle qu’il se doit de lui prêter tout son appui pour lui permettre d’aller « aux Terres Neuves découvrir certaines îles et pays où l’on dit qu’il se doit trouver quantité d’or ».

Itinéraire du premier voyage de Jacques Cartier en 1534

Il mande à cet effet à son trésorier, le 12 mars 1534, de verser entre les mains de Jacques Cartier, navigateur et maître pilote, la somme de six mille livres. Le royal commanditaire met, en outre, à sa disposition, deux navires. Chacun de ces navires jauge soixante tonneaux. Leur équipage ne comprend que soixante hommes en tout.

Leur recrutement ne s’opéra pas sans difficulté. Tout fut mis en œuvre pour l’enrayer. Force fut au vice-amiral Charles de Moüy, seigneur de la Meilleraye, d’intervenir avec énergie, au nom du roi, pour faire entendre raison aux matelots que les armateurs malouins débauchaient en sourdine. Il y parvint, en mettant l’embargo sur tous les navires ancrés en rade de Saint-Malo. Celui-ci ne fut levé qu’au départ de l’expédition que le roi de France avait placée sous le commandement de Jacques Cartier.

Au dire de Léon Ville, qui a romancé un agréable Jacques Cartier à l’usage de la jeunesse, des deux vaisseaux que commande le marin breton, l’un s’appelle le Triton, l’autre le Goéland. Selon le même auteur, le voyage d’aller dura quatre-vingt-dix jours. En réalité, parti de Saint-Malo le 20 avril 1534, Jacques Cartier atteint le cap terre-neuvien de Bonavista le 10 mai suivant, mouille à cinq lieues de là, au sud, dans un port auquel il donne le nom de Sainte-Catherine, s’y ravitaille en viandes et en poissons, prend alors la direction du nord, s’engage dans le détroit de la Baie des Châteaux, qui s’appelle aujourd’hui le détroit de Belle-Isle.


Il serre ensuite de près la côte méridionale du Labrador, dans la direction du sud-ouest, « jalonnant çà et là sa route, souligne M. d’Avezac, l’un de ses meilleurs et plus consciencieux biographes, de quelques noms bretons, tels que Havre de Brest, Havre de Saint-Servan, au milieu de beaucoup d’autres, jusqu’à la baie de Chicataka, qui fut appelée Havre de Jacques Cartier.


Jacques Cartier prend possession de la Baie de Gaspé le 24 juillet 1534. 
Illustration de Louis-Charles Bombled (1862-1927) publiée dans Histoire de la Nouvelle-France par E. Guénin (1904)

Comme le golfe allait s’élargissant de plus en plus, il voulut en reconnaître la rive opposée, et vint aborder au cap Double, la pointe Riche de nos jours, pour descendre ensuite jusqu’à un cap qu’on atteignit le 24 juin et qu’on appela pour cette raison cap Saint-Jean, aujourd’hui cap de l’Anguille. De là, tournant à l’ouest, on toucha successivement à diverses îles, dont l’une reçut le nom de Brion, en l’honneur du grand amiral qui avait patronné l’expédition, et l’on arriva au fleuve des Basques : la rivière de Miramichi. Puis on remonta au nord, en explorant la Baie-des-Chaleurs, dont l’entrée est signalée au-delà par le cap de Prato, aujourd’hui Cap Forillon.

De là, toujours serrant la côte qu’il remonte vers le nord, il arrive à Gaspé et prend possession, le 24 juillet 1534, du sol de la Nouvelle France. Voici le texte authentique de cette prise de possession :

« Le XXIVe jour dudit mois, nous fîmes faire une croix, de trente pieds de haut, qui fut faite devant plusieurs d’eux [il s’agit des indigènes de Gaspé], sur la pointe de l’entrée dudit havre ; sous le croisillon de laquelle mîmes un écusson en bosse, à trois fleurs de lys, et dessus, un écriteau en bois, engravé en grosses lettres de forme, où il y avait : VIVE LE ROY DE FRANCE

« Et icelle croix plantâmes sur ladite pointe devant eux, lesquels la regardaient faire et planter. Et après qu’elle fut élevée en l’air, nous nous mîmes tous à genoux, les mains jointes, en adorant icelle devant eux ; et leur fîmes signe, regardant et leur montrant le ciel, que par icelle était notre rédemption. »

La Gaspésie est désormais terre française. Le roi de France a dorénavant droit de regard sur les provinces qui l’entourent. Leur ensemble forme le Canada. En donnant à François Ier ces terres nouvelles, leur découvreur a rempli l’essentiel de sa mission. Voilà ce que signifie, aux yeux de Cartier et de ses gens, le ‘padron’ fleurdelisé dominant la baie de Gaspé.

Source : d’après Voyages de découverte au Canada entre les années 1534 et 1542, suivis d’une biographie de Jacques Cartier par René Maran, paru en 1968

Voir aussi

Le film Hochelaga : terre des âmes fausse la réalité historique

dimanche 21 juillet 2019

L'hypothèse de l'homme jetable

Article de Maria Kouloglou, sociologue, paru dans Quillette. Quillette est un journal australien en ligne qui promeut le libre-échange d’idées sur de nombreux sujets, même les plus polémiques.


Dans son analyse « Les femmes et le génocide au Rwanda », Aloisea Inyumba écrivait : « Le génocide au Rwanda est une tragédie aux répercussions profondes qui aura été particulièrement dure pour les femmes. Elles constituent désormais 70 % de la population, vu que le génocide a tout d’abord exterminé la population masculine. »

En 1998, lors d’une conférence sur les violences domestiques organisée au Salvador, Hillary Clinton déclarait : « Les femmes ont toujours été les premières victimes de la guerre. Les femmes perdent leurs maris, leurs pères, leurs fils aux combats. » Deux citations illustrant une tendance générale : aux yeux de beaucoup, les hommes sont des quantités négligeables. Telle est mon hypothèse de la « jetabilité masculine ».


Les hommes, ces êtres jetables

Faire des hommes des êtres jetables consiste à moins se préoccuper de leur santé et de leur sécurité que de celles des femmes. Ce qui pourrait sembler surprenant vu tout l’accent mis, dans les sociétés occidentales contemporaines, sur l’oppression des femmes par les hommes. Comment concevoir que des sociétés construites par et pour les hommes aient fait de leur bien-être une question subsidiaire  ? Sauf que cette façon de voir les choses est simpliste et atténue grandement la complexité du monde. Une étude publiée en 2016 dans la revue Social Psychological and Personality Science montre que les gens sont davantage disposés à sacrifier des hommes en temps de crise, mais aussi à les faire davantage souffrir en général. En 2017, une réplication de l’expérience de Milgram menée en Pologne tombait sur des données (non significatives) montrant que les participants avaient moins de scrupules à électrocuter les hommes que les femmes : « Il convient de noter, écrivent les auteurs, que, même si le nombre de personnes refusant d’exécuter les ordres de l’expérimentateur était trois fois plus élevé lorsque l’étudiant [la personne électrocutée] était une femme, la petitesse de l’échantillon ne nous permet pas de tirer des conclusions solides. »

Une étude publiée en 2000 révélait que, dans les cas d’homicides routiers, les chauffards étaient plus durement sanctionnés lorsqu’ils avaient tué des femmes. Dans une autre étude menée au Texas en 1991, les criminels étaient eux aussi soumis à de plus longues peines de prison lorsque leurs victimes avaient été des femmes. Quelques données laissent entendre que « les femmes et les enfants d’abord » demeure un principe appliqué par les sauveteurs lors des catastrophes naturelles. Des chercheurs en sciences sociales ont également montré que les médias se focalisent davantage sur les victimes femmes que sur les victimes hommes. Une différence particulièrement saillante lorsqu’il s’agit de femmes blanches.

Qu’on considère ce qui précède à la lumière de ce qui suit : les hommes ont beaucoup plus de risques d’être assassinés que les femmes et, dans certains cas, ils sont aussi plus susceptibles d’être victimes de violences physiques. Dans la plupart des pays, par rapport aux femmes, les hommes ont plus de risques de se suicider, d’être sans domicile fixe, d’être tués par la police et d’occuper des emplois dangereux. En outre, certains pays criminalisent spécifiquement l’homosexualité masculine et les homosexuels mâles sont visiblement plus susceptibles d’être victimes de crimes de haine. Les viols et les agressions sexuelles commis sur des hommes en temps de guerre semblent également plus fréquents que ce qu’imaginent la plupart des gens.

Pour autant, les médias se focalisent de manière écrasante sur la violence que subissent les femmes et il existe de nombreuses associations et organisations internationales spécialisées dans la protection des femmes et des filles. Trouver des ressources similaires pour mettre fin aux violences faites aux hommes relève d’une entreprise autrement plus difficile. Ce qui ne signifie pas que les hommes sont toujours plus accessoires que les femmes. Il existe en effet de nombreuses circonstances où les femmes sont elles aussi considérées comme des quantités négligeables, comme on le voit avec le phénomène des avortements sélectifs en Chine et en Inde. Reste que, si cela complexifie mon hypothèse, cela ne l’invalide pas.




Pourquoi la violence que subissent les hommes est souvent ignorée

Lorsqu’on les pousse à admettre que la violence faite aux hommes est largement normalisée et ignorée par rapport à celle que subissent les femmes, la réaction de beaucoup de gens consiste à essayer de justifier un tel déséquilibre. Par exemple, d’aucuns affirment que la violence à l’égard des femmes est « sexospécifique » et devrait donc être prise davantage au sérieux. Reste qu’une grande partie des violences que subissent les hommes est elle aussi « genrée ». Pendant le génocide rwandais, ce sont surtout les hommes et les adolescents qui ont été pris pour cible et tués en raison de leur sexe. La nature sexospécifique de ces meurtres a toutefois été largement minimisée. Lors du massacre de Srebrenica, les hommes et les adolescents ont représenté la grande majorité des victimes. Les violences sexuelles à l’égard des hommes sont également considérées par de nombreux chercheurs en sciences sociales comme des attaques contre la masculinité visant à démoraliser les victimes en les rendant incapables de remplir leur rôle d’homme. Même en admettant que la violence contre les hommes ne soit pas sexiste, cela ne rend pas plus légitime le passage sous silence de la victimisation des hommes et des garçons, alors qu’elle est plus courante et répandue que celle des femmes.

Un argument similaire est le suivant : parce que les hommes sont couramment victimes d’autres hommes, le phénomène est moins important que la violence infligée aux hommes et aux femmes de manière arbitraire. Pour une raison quelconque, on n’aurait pas affaire ici à de la violence « sexiste », car on part du principe que les hommes ne peuvent pas cibler d’autres hommes du fait de leur sexe. Cette façon de penser est très peu satisfaisante. La compétition masculine est généralement acharnée et certaines données laissent entendre que les femmes s’apprécient davantage que ne le font les hommes entre eux. Lorsqu’un homme viole ou castre un ennemi en temps de guerre, ce n’est pas seulement un acte de violence aveugle, il s’agit d’une attaque directe contre la masculinité.

Une troisième excuse, en général non explicitement posée mais fortement sous-entendue, voudrait que les hommes « méritent » leur sort. Après tout, si les hommes représentent la majorité des agresseurs, qu’on leur rende la monnaie de leur pièce. Dans un article de 2004 portant sur la violence dans la région de Ciudad Juárez, ville frontalière du Mexique, le politologue Adam Jones citait un article de Debbie Nathan du Texas Observer où l’on pouvait lire : « Les cadavres d’hommes abattus, massacrés et carbonisés sont retrouvés beaucoup plus fréquemment que les corps de femmes. Peu de gens semblent surpris, et encore moins outrés, par ce carnage d’hommes. »

S’appuyant sur ces arguments, Jones poursuivait :

« La procédure standard chez les universitaires et les militants féministes stipule que, lorsqu’on s’attaque à un phénomène social complexe comme le meurtre, certaines règles doivent être respectées. Pour le dire sommairement, les chiffres pouvant susciter de l’inquiétude et de la sympathie à l’égard des femmes — en l’occurrence, la forte augmentation des taux d’homicides de femmes à Ciudad Juárez — doivent être soigneusement distingués et présentés isolément. Les données menaçant de contrebalancer ou de contextualiser ce tableau, peut-être au détriment de l’importance accordée aux victimes femmes, doivent être ignorées ou occultées. D’où l’invisibilité des 90 % de victimes de meurtre à Juárez qui sont des hommes. [...] Cette stratégie féministe reflète et tire profit de croyances culturelles au sujet des hommes quasiment universelles. Les hommes sont considérés comme les victimes naturelles de la violence homicidaire, et ce, principalement pour deux raisons. C’est en partie parce que, dans la plupart des cas, les tueurs d’hommes sont d’autres hommes — et que cette violence relève, pense-t-on, d’un éternel masculin. Ensuite, les hommes sont considérés comme des victimes non innocentes. »

Pour le dire autrement : les hommes sont en général perçus, à un degré ou à un autre, comme responsables de leur propre victimisation. Les femmes, à l’inverse, sont en grande partie innocentes et la violence commise contre elles serait, dès lors, un crime plus grave. Mais il ne s’agit là que d’une doctrine de culpabilité et de représailles collectives. Quelles en sont les causes ?


Le critère de la sélection naturelle

La question qui se pose maintenant est la suivante : pourquoi la société semble-t-elle plus attachée au bien-être des femmes qu’à celui des hommes ?

Des chercheurs en sciences sociales pourraient arguer que la société s’attend à ce que les hommes soient plus résilients et autonomes, ce qui fait qu’ils sont souvent considérés comme des victimes moins importantes. Les femmes, en revanche, sont perçues comme relativement faibles et vulnérables, et ont donc un plus grand besoin de protection, de la même manière que les adultes se sentent un devoir de protection envers les enfants. Sauf que bien des féministes s’opposeraient sans doute à cette attitude, vue comme une marque de sexisme bienveillant et d’infantilisation des femmes.

D’autres font l’hypothèse que les humains — surtout les hommes — préfèrent protéger les femmes pour des raisons liées à la sélection naturelle. Au moins une étude menée par des psychologues évolutionnaires observe que les hommes sont plus disposés au choix anti-utilitariste — laisser mourir trois individus de leur sexe pour en sauver un du sexe opposé — et de le faire d’autant plus lorsque les femmes, de potentielles partenaires sexuelles, sont en minorité. Cela laisse entendre que la disposition des hommes à sacrifier d’autres hommes pour sauver des femmes pourrait être liée à des questions reproductives. Le scientifique David Brin soutient que les femmes ressemblent physiquement plus aux enfants (néoténie) que les hommes et que l’évolution les a donc façonnées pour qu’elles inspirent des velléités protectrices aux hommes. Une explication laissant de côté les résultats d’autres études montrant que les femmes sont aussi plus disposées que les hommes à sacrifier des hommes. On peut dès lors avancer une autre explication : que l’évolution a poussé les hommes et les femmes à protéger les femmes parce qu’un homme peut féconder plusieurs femmes, alors qu’une femme ne peut généralement avoir qu’un seul enfant à la fois. Il serait dès lors plus logique pour les sociétés de protéger les femmes pour qu’elles soient en mesure de se reproduire.

Difficile de dire quelle théorie est la plus exacte ou si elles ont toutes des éléments de vérité. Étrangement, les recherches sur le sujet se font rares. Ce qui soutient mon hypothèse : on ignore le sujet, car les hommes sont des victimes de moindre importance et qu’ils sont par défaut considérés comme des êtres jetables. Et la rareté des sources sur la question ne fait que renforcer le phénomène.

Un monde sans hommes jetables est-il possible ?


Au vu des données disponibles, on ne peut pas dire avec certitude si la « jetabilité masculine » est en partie le fruit de l’évolution ou si elle est entièrement le produit de la socialisation. Même en partant du principe que le phénomène est, à un certain niveau, instinctif, cela ne veut pas dire que la société ne peut rien faire pour le minimiser. La véritable question à se poser est : voulons-nous l’éliminer ? Voulons-nous envoyer davantage de femmes à la guerre ? Voulons-nous davantage de femmes dans des professions dangereuses ? Voulons-nous nous soucier des victimes masculines et féminines de manière égale ? Je pense qu’une telle égalité est un objectif louable, mais qu’elle suscitera bien des résistances sociales. Les hommes, eux-mêmes, rechignent souvent à se considérer comme des victimes, les traditionalistes (de tous sexes) pourraient résister à un tel bouleversement des normes de genre et beaucoup de féministes n’aimeraient sans doute pas voir les victimes hommes recevoir trop d’attention.

Quelles conséquences pour le féminisme ?

Mon hypothèse de la « jetabilité masculine » remet en question certains présupposés féministes, mais elle n’est pas forcément un argument hostile au féminisme. Par le passé, des féministes se sont effectivement opposées à la lutte contre la victimisation des hommes, en premier lieu par crainte qu’un accent mis sur ces victimes ne marginalise davantage les femmes victimes de la violence masculine.


Mais il serait injuste d’en tirer des généralités sur la théorie féministe. Bon nombre de grandes figures féministes, à l’instar de bell hooks (Gloria Jean Watkins), ont aussi souligné combien le « patriarcat » pouvait être délétère pour les hommes. Les féministes admettent aussi globalement que les hommes victimes de violences sexuelles sont marginalisés parce qu’ils s’opposent aux normes de genre dominantes. Reste que l’attitude des féministes face aux problèmes masculins est loin d’être parfaite et certaines critiques formulées par des militants de la cause masculine ne sont pas non plus sans fondement ni intérêt. Je pense cependant qu’il est à la fois possible et nécessaire de trouver un terrain d’entente. Difficile de dire que le féminisme est inutile lorsqu’on voit l’oppression et la victimisation des femmes dans le monde. Mais l’oppression n’est pas un jeu à somme nulle — s’occuper de celle des femmes n’exige pas d’ignorer les souffrances des hommes.

Traduction de Peggy Sastre

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samedi 20 juillet 2019

Unplanned n'est pas le film d'horreur qu'ont dépeint les médias québécois

Au sujet d'Unplanned, Éric Lanthier qui a été voir le film affirme :

J'explique qu'Unplanned n'est pas le film d'horreur qu'on dit qu'il est. Ce film ne comporte rien d'exagéré. Le danger c'est qu'il relance le débat sur l'avortement et particulière la légalité des avortements tardifs qui sont pratiqués entre 24 et 40 semaines. Puisque le débat est maintenant ouvert, j'offre une solution positive pour augmenter le nombre de femme à assister la naissance de leur enfant.


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vendredi 19 juillet 2019

Démographie : Le gouvernement bruxellois lève en partie l'interdiction du port de signes religieux dans l'enseignement

La Région bruxelloise est l’une des trois régions qui composent la Belgique. Elle ne doit pas être confondue avec la Ville de Bruxelles, qui n’est qu’une commune de la région. La région compte 1 205 309 habitants au 1er mai 2018. Elle a ses propres gouvernement et parlement et dispose de pouvoirs internationaux économiques et financiers. Les élections du 26 mai 2019 ont débouché sur la formation d’un nouveau gouvernement régional composé de socialistes, d’écologistes et de libéraux.

La déclaration de politique générale du gouvernement régional bruxellois est analysée de fond en comble depuis mercredi dernier par les journalistes et autres observateurs politiques. L’accord du gouvernement francophone bruxellois (Cocof), lui, est passé plus inaperçu. Il recèle pourtant une mesure non négligeable.

« Le mouvement #metto [#balancetonporc], la montée des populismes et des nationalismes racistes ont mis à l’avant-plan la réalité crue de la discrimination, de la haine et des violences liées à une part de l’identité des personnes (genre, orientation sexuelle, religion, etc.). Les conséquences sur le quotidien des personnes concernées sont désastreuses », stipule ainsi la déclaration de politique générale, qui souligne à de nombreuses reprises sa volonté d’agir contre ces violences.

CDH = centre-gauche social (« humaniste » anciennement social-chrétien), Écolo = écologistes progressistes, MR = libéraux progressistes, PS = socialistes, DéFI = libéraux sociaux, PTB = « parti du travail » extrême gauche. Écolo + PS + PTB = 84,4 % des voix musulmanes.
Prônant un enseignement public de qualité et « émancipateur pour toutes et tous », le Cocof indique que le gouvernement lèvera l’interdiction du port de signes convictionnels par les étudiants dans l’enseignement supérieur et en promotion sociale. Il stipule toutefois que « l’interdiction du port de [ces] signes dans l’enseignement obligatoire sera maintenue ».


Résultats aux élections de Bruxelles (2019)


Une avancée de taille pour Zakia Khattabi (Écolo), qui a porté la mesure lors des négociations : « Cette interdiction m’a toujours été insupportable par son caractère discriminant tant je sais, comme féministe, combien l’accès à la formation puis à l’emploi sont des voies à l’émancipation des femmes. Il m’a toujours été incompréhensible que cette interdiction, et singulièrement celle du port du voile puisque c’est de cela qu’il s’agit, se fasse au nom précisément de leur émancipation... Bref, une première avancée et une victoire personnelle que je savoure tant le contexte actuel (et certains partenaires autour de la table) est peu propice au management inclusif de notre diversité », indique la co-présidente d’Ecolo sur Facebook.

Au nord de Bruxelles les communes à forte population immigrée (Anderlecht, Molenbeek, Saint-Josse, etc.), le parti socialiste y arrive en tête. Au sud, plutôt des communes huppées (Uccle, Boitsfort, les Woluwe, Auderghem, etc.) qui votent plutôt écologistes ou libéraux à droite économiquement, mais conformistes sur le plan des valeurs sociétales.


Dans son message, Zakia Khattabi ne manque pas de piquer au passage le parti d’extrême gauche, le PTB, en parlant de cette mesure comme d’un « élément en particulier dont je suis fière (et qui a visiblement échappé à la lecture des camarades ptbistes) ». Le parti d'extrême gauche qui a récolté 24 % des voix musulmanes, par l’intermédiaire de Françoise Desmet confirme néanmoins qu’il s’agit d’une « bonne chose, c’est un pas en avant. L’interdiction du port de signes religieux discrimine toute une série de femmes dans la société. Cette mesure est donc une porte d’entrée à d’autres débats sur la levée de l’interdiction dans l’administration publique ».

Du côté des libéraux en revanche, le son de cloche est différent : « Même si cette mesure est limitée aux étudiants du supérieur et de promotion sociale, ceci est un précédent qui fragilisera l’école comme lieu de neutralité à l’égard du fait religieux. Cette reculade risque fort d’en entraîner d’autres au niveau scolaire et dans la fonction publique. Nous nous étonnons que Défi (libéral-social francophone), qui veut intégrer la laïcité dans la Constitution, soit complice de cette politique », réagit Gaëtan Van Goidsenhoven.


Les causes de la « Révolution tranquille » en matière d'éducation, ses conséquences

Gilles Paquet


Dans l'ouvrage collectif La Révolution tranquille en héritage, sur lequel nous reviendrons, Gilles Paquet, économiste à l'Université d’Ottawa, revient sur les causes et les effets de ce que l'on nomme un peu rapidement la « Révolution » tranquille, cette vache sacrée d'une certaine gauche québécoise.



Extraits (les intertitres en gras sont de nous) :


« 

La démographie explique à peu près les deux tiers de tout.


David Foot

[...]


[Q]uelle a été la source des changements [issus de la « Révolution » tranquille] ? à quoi peut-on attribuer les dérapages s’il y en a eu? et quel est le degré d’inachèvement des travaux enclenchés, quel déblocage est nécessaire ?

À ces trois questions, les réponses sont claires : le changement a souvent été déclenché par la démographie; les dérapages sont venus d’un étatisme excessif; et le déblocage ne peut venir que d’une nouvelle gouvernance.

Les grands faits qui caractérisent l'époque de la Révolution tranquille
• l’urbanisation du Québec dans la décennie des années 40 a été phénoménale: il s’est urbanisé autant de gens dans cette décennie que dans tout le siècle qui a précédé ;

• entre 1951 et 1966, il va naître deux millions de Québécois : en 1966, grosso modo, un Québécois sur trois aura moins de quinze ans; beaucoup de jeunes: plus de personnes à l’école qu’au travail, sans pouvoir, mais avec beaucoup de temps libre et de grands espoirs (ce qu’on nommera l’esprit de 1968) ;

• entre 1870 et 1957, le taux de croissance de la valeur ajoutée par année-personne est comparable à celui de l’Ontario ;

• entre 1935 et 1955, le taux de croissance de la production industrielle au Québec dépasse celui de l’Ontario; entre 1946 et 1958, le niveau du revenu personnel par habitant au Québec progressait de plus de 5 % par année et gagnait sur celui de l’Ontario ;

• les années 50 ont été la seule décennie du XXe siècle où les migrations interprovinciales ont donné un solde positif au Québec ;

• au cours des deux décennies antérieures à 1967-1968, les inscriptions à tous les ordres d’enseignement augmentaient très rapidement;

• les changements dramatiques dans le régime des relations de travail (en particulier dans le secteur public) ont eu un impact sur la montée des corporatismes, sur la détérioration du climat social et sur l’explosion salariale dans la période subséquente;

• il y a eu aussi dans tout le monde occidental (et au Québec aussi fortement qu’ailleurs), dans l’après Seconde Guerre mondiale, la montée d’un grand relativisme moral qui n’a pas été sans rappeler le vent idéologique ayant soufflé sur le monde atlantique à la fin du XVIIIe siècle enclenchant alors ce qu’on a nommé la Révolution atlantique (Godechot-Palmer)[1] ;

• il y a enfin l’arrivée sur la scène occidentale de l’idéologie des droits de la personne (dans la foulée de la Déclaration des Nations Unies de 1948) et de la légitimité de demandes illimitées vis-à-vis de l’État — qui vont amener le citoyen à réclamer de l’État dit providence qu’il soit l’instrument de la réalisation de toutes sortes de gratifications, et à se déresponsabiliser relativement de sa propre condition; cela est pleinement rendu par le slogan de Mai 68 : « Soyez réaliste, demandez l’impossible ! »
[…]

De ces faits stylisés, je conclus que les chromos Grande Noirceur et Révolution tranquille sont indûment réducteurs  pour caractériser l’avant et l’après 1960 au Québec si l’on cherche une explication persuasive et non pas seulement une fabulation inspirante.

[...]

La Grande Noirceur et les héritiers de la Révolution tranquille vus dans le cahier-manuel d'éthique et de culture religieuse pour la 1re secondaire des éditions La Pensée (p. 56)



La démographie comme moteur des changements

Le système d’éducation québécois a subi de nombreuses transformations dans les années 60. La grande cause de ces transformations est cependant moins le volontarisme des politiciens et des bureaucrates qu’une grande vague démographique dont les effets ont commencé à se faire sentir dès avant 1960. C’est pour répondre aux besoins criants de cette grande vague démographique qu’on va devoir commencer à construire tout un réseau d’écoles et d’institutions sanitaires déjà sous le régime Duplessis. L’État va être le grand improvisateur de ces transformations forcées, pour parer au plus urgent, parce que le privé et le « sans but lucratif » sont débordés. La grande cause du dérangement sera cependant démographique.

Sans aucun doute, les accompagnateurs politico-bureaucratiques de ce mouvement vont y mettre du leur : on va voter bien des lois scolaires dans les années 60 — allongeant l’âge de fréquentation scolaire obligatoire, ramenant plus de 1 000 commissions scolaires à une soixantaine, et les obligeant à assurer l’enseignement secondaire, etc. Mais cet ajustement avait déjà commencé dès les années 40, et s’était poursuivi avec force dans les années 50, en proportion de l’augmentation de la clientèle réclamant des institutions supplémentaires. Dans les années 60, on répond seulement aux goulots d’étranglement subséquents qui se matérialisent.

En effet, les baby-boomers ne mourant pas en arrivant à l’adolescence, on va inventer, en cascade, les cégeps pour prendre le relais des polyvalentes en 1967, et l’Université du Québec, créée en décembre 1968, pour prendre le relais des cégeps : une cascade d’établissements pour accueillir l’énorme vague d’étudiants que les institutions existantes n’auraient su accueillir, et qu’une population québécoise dont le revenu croît vite n’aurait pas accepté qu’on sacrifie.

Quantité oui, mais qualité laissant à désirer

La « démocratisation de l’éducation » est le slogan qu’on utilisera pour décrire la mise en place de ces nouvelles structures d’accueil dans les années 60. La population était favorable à la réforme des structures (vague démographique oblige, des réformes s’imposaient), mais elle n’a pas été impressionnée par la qualité du produit des nouveaux établissements (polyvalentes, cégeps). La grogne a commencé dès les années 60.

[...]

Au début, en éducation, il fallait évidemment travailler à la hache, et faire face au problème « quantitatif » de la horde démographique. Un appareil d’État a semblé être le seul mécanisme capable de parer au plus urgent.

[…]

L'État monopole et sa bureaucratie s'accrochent après l'urgence

Mais une fois le gros du choc démographique passé, l’appareil d’État n’a pas voulu lâcher prise, même quand il est devenu clair que tous les intervenants (professeurs, parents, étudiants) se considéraient mal servis par le monopole public qui imposait un régime pédagogique inadéquat.

L’impact de ce monopole d’État et de sa bureaucratie a été catastrophique, diront les économistes et sociologues qui ont écrit un livre noir accablant[2]. Mais rien ne saurait mieux exprimer la faillite que les spectaculaires taux de décrochage scolaire et les dénonciations de Jean-Paul Desbiens (dit frère Untel) qui, dans sa préface au livre de Migué et Marceau, a dit son amer désappointement avec verve, mais aussi avec la légitimité de celui qui avait lancé un débat important sur l’éducation au Québec à la fin des années 50[3].

[...]

Parents désorganisés, fugaces et dociles contre syndicats et bureaucrates conservateurs

Desbiens dénonce, dans la préface du livre de Migué et Marceau, l’incurie des parents (qui « ne constituent pas une force organisée, sauf en cas de crises pointues et localisées ») et de l’opinion publique (« fugace, distraite, facilement manipulable en cette matière ») mais surtout « une Sainte-Alliance entre les politiciens, les syndicats d’enseignants et les bureaucrates en faveur du maintien et de l’extension du monopole.

« Les clientèles captives sont moins rétives, moins malcommodes que les clientèles libres » (p. xiv).

[…]

Centralisation, jacobinisme et volonté de programmation citoyenne

La tendance à la centralisation, à la bureaucratisation et au jacobinisme demeure hégémonique, et le débat récent autour du cours d’éthique et de culture religieuse — l’imposition d’une religion d’État, disent certains — révèle clairement un certain césarisme.

Dans une société pluraliste et une démocratie libérale, la vision du monde à saveur républicaine — qui statue que l’État doit incorporer les valeurs de la communauté politique, constituer une sorte de personne en plus grand et en plus important et définir la manière morale pour la communauté de fixer ses droits — est oppressante. Le monopole public de l’éducation est naturellement amené à imposer l’uniformité (au nom d’un égalitarisme abusif), et donc à rendre impossible la variété requise, au nom d’une certaine programmation citoyenne.

[…]

C’est condamner le monde de l’éducation à un arrimage ni très heureux ni cohérent entre un système d’éducation bureaucratique et un environnement bariolé, mais aussi, disent certains, à la médiocrité et à la production systématique du décrochage scolaire et de l’analphabétisme.

Les sociétés qui ont choisi la variété et la concurrence dans l’éducation ont des résultats énormément plus impressionnants[4].

[…]

Sainte-Alliance à saveur étatiste, corporatiste et syndicaliste

Ce n’est pas un problème strictement d’éducation non plus que proprement québécois, puisque d’autres juridictions ont aussi été détournées de leurs trajectoires originales par d’autres formes de Sainte-Alliance à saveur étatiste, corporatiste et syndicaliste. La force d’inertie de ces arrangements est robuste: ils savent résister aux assauts et, ce faisant, préserver des «systèmes scolaires» fort coûteux, inefficients et non viables à long terme même au niveau universitaire[5].

C’est là le côté sombre des monopoles d’État créés au nom d’idéaux tout aussi fumeux que sacrés chez les bien-pensants (bien commun, démocratie, égalitarisme, pallier l’ignorance ou l’incurie des citoyens-parents, etc.) et embaumés comme « acquis sociaux ».



[1] Peter H. Amann, The Eighteenth-Century Revolution: French or Western?, Boston, Heath, 1963.

[2] Jean-Luc Migué et Richard Marceau, Le Monopole public de l’éducation, Sillery, Presses de l’Université du Québec, 1989; Gilles Gagné (dir.), Main basse sur l’éducation, Québec, Nota bene, 1999; Gilles Paquet, Pathologies de gouvernance, Montréal, Liber, 2004, chapitres 12 et 13.

[3] Jean-Paul Desbiens, Les Insolences du frère Untel, Montréal, Éditions de l’homme, 1960; Jean-Paul Desbiens, préface à l’ouvrage de Migué et Marceau, Le Monopole public de l’éducation.

[4]  Gilles Paquet, Pathologies de gouvernance, p. 127.

[5] Gilles Paquet, « Ontario Higher Education as Governance Failures », Optimum Online, vol. 40, no 1 (2010), p. 60-66.


La Révolution tranquille en héritage
Collectif
chez Boréal
à Montréal
paru le 4 octobre 2011,
304 pages
ISBN-13 : 978-2-7646-2115-8

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Le ministre de l'Éducation ignore les recommandations du Protecteur du citoyen et des parents

Le regroupement des associations de parents éducateurs du Québec (le Regroupement), tout en se félicitant de la décision du ministre de l’Éducation, monsieur Jean-François Roberge, de repousser de deux ans la mise en place d’examens que son ministère veut imposer aux enfants qui reçoivent leur enseignement à la maison, est déçu du refus du ministre de revoir les fondements de son projet de règlement, critiqué autant par les parents que par le Protecteur du citoyen. (1)

À nos yeux, ce qu’il présente comme un assouplissement n’est en fait qu’un report de l’entrée en vigueur d’une partie dudit règlement.

En continuant d’insister pour que le projet d’apprentissage des matières obligatoires que suivent nos enfants soit calqué sur ce qui se fait à l’école et en imposant les méthodes d’évaluation propres au milieu scolaire traditionnel, nous croyons fermement que le règlement publié ce matin par le ministre contredit la lettre et l’esprit de la loi 144.

L’apparition soudaine d’un délai ne change en rien notre désaccord avec monsieur Roberge sur le fond.

Les changements que le ministère apporte avec l’adoption de ce nouveau règlement sont pour la plupart inapplicables et réduisent la capacité des parents d’offrir à leurs enfants une éducation à la maison de qualité, conforme à leurs valeurs et qui respecte les capacités de chacun des enfants inscrits dans ce programme.

Le ministre Roberge (à droite) jette un regard vers un parent québécois qui le supplie. La réponse est NON !


Rappelons que la loi 144 a été adoptée après des consultations exhaustives autant auprès des experts en la matière et des principaux intéressés que sont les parents.

Le Regroupement offre sa collaboration pleine et entière au ministre afin de s’assurer que les ressources qui doivent être mises en place par les commissions scolaires durant la prochaine année scolaire le soient, tel que la loi les y oblige, afin de donner à cette expérience éducative toutes les chances possibles de réussite.

Alors, et seulement alors, pourrons-nous juger l’arbre à son fruit.

S’il s’avérait que des changements deviennent nécessaires parce que la progression de l’apprentissage des matières obligatoires n’est pas satisfaisante, nous serons les premiers intéressés à revoir le fonctionnement du programme afin que nos enfants en sortent gagnants.

Entre temps, nous exhortons à nouveau le ministre de l’Éducation à convoquer le plus rapidement possible la Table de concertation nationale, créée par la loi et qui a pour objet de conseiller le ministre en la matière.

Précisons à nouveau que la loi et ses règlements, tels qu’adoptés sous le précédent gouvernement, prévoyaient déjà l’enseignement de matières dites de base, comme la langue maternelle, la langue seconde, les mathématiques, les sciences et l’histoire.

Le nouveau règlement n’y change rien, ni ne règle le problème des écoles religieuses dites illégales qui n’existent plus.

Ont signé ce communiqué :
AQED : L’Association québécoise pour l’enseignement à la maison
AESM : L’Association d’enfants scolarisés à la maison
AEJEM : L’Association éducative juive pour l’enseignement à la maison
ACPEQ : L’Association chrétienne des parents éducateurs du Québec
HSLDA : L’Association juridique canadienne pour l’école à la maison
Le Centre Communidée.

(1)

Le Protecteur du citoyen, 9 mai 2019.

Voir aussi

Roberge modifie à la marge ses restrictions imposées à l’instruction à domicile

AQED : « Éducation à domicile — Le nouveau projet de règlement est très mal avisé »

jeudi 18 juillet 2019

Faiblesse des revenus masculins, une des causes de l'effondrement du mariage ?


En 2012, un adulte sur cinq de 25 ans ou plus aux États-Unis n’avait jamais été marié auparavant, un niveau record, selon un nouveau rapport publié par le Pew Research Center qui a analysé les données de recensement de 2012. En 1960, ce nombre n’était que d’un sur dix.


Selon un sondage d’accompagnement mené par Pew en mai et juin 2014, seuls 53 % de tous les adultes n’ayant jamais été mariés ont dit qu’ils aimeraient se marier par la suite, en baisse de 61 % en 2010, environ 32 % ont déclaré qu’ils n’étaient pas sûrs, contre 27 % en 2010.

Les chiffres les plus frappants du recensement concernent les Afro-Américains. Environ 36 % des Noirs âgés de 25 ans et plus n’avaient jamais été mariés en 2012, comparativement à 25 % en 1990 et 9 % en 1960. Pour les blancs, la proportion de célibataires était de 16 % en 2012, contre 11 % en 1990 et 8 % en 1960.

Pour Thomas Sewell, cet effondrement de la conjugalité n’est pas sans rapport avec l’importance accrue de l’État-providence qui subventionne certains comportements jadis considérés néfastes (la monoparentalité par exemple). Notons que, pour Éric Zemmour, c'est le libéralisme économique et l'individualisme sans entraves (les institutions religieuses et les communautés proches n'ayant plus de poids) qui expliqueraient en grande partie cet état de fait.


Thomas Sowell en 1980 sur la famille noire et les politiques sociales délétères (en anglais) qui pourraient bien être responsables de la désintégration des familles noires.


Thomas Sowell compare en 2013 les classes inférieures en Grande-Bretagne et dans les ghettos aux États-Unis et les effets de l’État-providence des deux côtés de l’Atlantique (en anglais)

S’il est vrai que le déclin des institutions religieuses et l’importance croissante attribuée aux études universitaires jouent également un rôle dans cette chute de la nuptialité, pour le Wall Street Journal, un facteur important trop souvent négligé est tout simplement l’économie. Celle-ci a connu une croissance lente et de plus en plus inégale au cours des dernières décennies.

Les revenus n’ont pas augmenté pour la plupart des Américains depuis les années 1980, après ajustement pour l’inflation, même si les coûts de logement et d’éducation des enfants ont fortement crû. Les jeunes hommes ont été particulièrement touchés : pour les hommes de 25 à 34 ans, le salaire horaire médian a diminué en termes réels de 20 % depuis 1980.

En dépit de leurs difficultés économiques croissantes, de nombreux Américains considèrent la sécurité financière (ou au moins un partenaire avec un emploi) comme une condition préalable au mariage.

Dans son enquête de ce printemps, Pew observe que près de 80 % des femmes jamais mariées disent qu’un emploi stable était un critère très important pour elles dans le choix d’un conjoint ou d'un partenaire. Chez les hommes et les femmes qui n’ont jamais été mariés, mais veulent se marier, près d’un tiers ont répondu ne pas être prêts financièrement pour le mariage.

Le problème, explique Pew, le malaise économique de ces dernières décennies (dissimulé pendant un certain temps par la bulle immobilière) a rétréci le bassin d’hommes salariés éligibles. En même temps, l’éducation des femmes et leur participation au marché du travail ont généralement augmenté.

En d’autres termes, pour les femmes célibataires d’aujourd’hui, un « bon » mari est plus difficile à trouver.

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Des îles du Pacifique résistent au réchauffement climatique

Ce n’est pas neuf (nous en avions parlé il y a plus de 9 ans), mais ce qui est nouveau la publication de cette nouvelle dans un média patrimonial (Le Vif/L’Express).

Les îles du Pacifique de faible altitude pourraient réagir au changement climatique en modifiant leur forme plutôt qu’en disparaissant sous les eaux, selon une nouvelle étude qui semble contredire les inquiétudes en vigueur.

Les États insulaires comme les Tuvalu, Tokelau et Kiribati ne dépassent le niveau de la mer que de quelques mètres. Ils sont considérés comme les plus vulnérables au réchauffement climatique de la planète et les populations craignent d’être chassées par la montée des eaux. Mais selon une étude réalisée par des scientifiques néo-zélandais, britanniques et canadiens, ces îles « réagissent de manière morphodynamique » à l’environnement, car elles sont constituées par les squelettes de minuscules organismes coralliens, plutôt que par de la roche solide.

D’après les chercheurs, ce genre d’île se transforme progressivement à la manière des plages de sable, découverte qui pourrait avoir des répercussions importantes sur la stratégie de lutte contre le changement climatique dans les pays concernés. Murray Ford, co-auteur de l’étude et chercheur à l’Université d’Auckland, assure que ces îles sont plus résilientes qu’on ne le pensait jusqu’ici. « Les répercussions sur les différentes îles vont varier. Tandis que des zones deviennent inhabitables, d’autres vont s’adapter à la montée des eaux », affirme-t-il dans un communiqué. « Il appartiendra aux gouvernements et aux populations de décider de la stratégie à adopter mais nous estimons que cette étude met en lumière le fait que la nature est un modèle d’adaptation et les populations insulaires pourraient devoir s’adapter également ».

L’étude a été publiée cette semaine par la Geological Society of America. Les scientifiques ont créé une maquette à l’échelle 1/50 de l’île Fatato dans l’archipel des Tuvalu et un mécanisme de simulation des vagues afin de tester l’impact de la montée des eaux et des tempêtes causées par le changement climatique. Ils ont découvert que le point le plus haut de l’île gagnait en altitude tandis que la masse terrestre tout entière se déplaçait sur le récif corallien sous-jacent. « Ces informations illustrent la nécessité urgente d’incorporer la dynamique morphologique insulaire dans les projections futures des risques liés aux inondations dans les îles coralliennes », écrivent les auteurs de l’étude.

La même équipe de chercheurs avait publié en 2018 une étude sur Tuvalu selon laquelle l’archipel était en fait en train d’accroître son territoire. Entre 1971 et 2014, la surface terrestre de ses neuf atolls et 101 îles a augmenté de 2,9 %.

En 2017, le gouvernement de gauche en Nouvelle-Zélande était arrivé au pouvoir en évoquant la création d’un visa reconnaissant les réfugiés climatiques. Cette idée a cependant été remisée au placard, les intéressés ayant fait savoir qu’ils préféraient qu’on les aide à conserver leur maison plutôt que partir. Le Forum des îles Pacifique tiendra le mois prochain son sommet annuel aux Tuvalu et le changement climatique devrait figurer une nouvelle fois en tête de son ordre du jour.

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Comment la science se trompe.... Dans The Economist du 26 octobre, un dossier sur l’évolution du système mondial de recherche scientifique : « How science goes wrong ». On y apprend notamment qu’un nombre important et croissant de publications souffrent de biais statistiques ou défauts méthodologiques qui devraient inciter à la prudence sur les conclusions, quand il ne s’agit pas d’erreurs pures et simples.

mercredi 17 juillet 2019

Loi dite anti-fessée : demain, tous les parents seront-ils hors la loi ?

On le voit dans la limitation constante de la liberté scolaire que ce soit dans le dossier de l’instruction à la maison ou dans l’imposition aux écoles privées d’un programme étatique de plus en plus précis et la disparition d’options (plus d’éducation religieuse, uniquement ECR), les parents sont suspects de faire des choix qui déplaisent à l’État ou aux organismes militants. On voit la même tendance se dessiner dans le domaine du genre que les enfants devraient pouvoir choisir au plus jeune âge et même prendre des hormones pour ce faire, même si leurs parents s’y opposent. L’air du temps veut que l’on dépouille les parents de leur autorité. L’État utilise « le bien de l’enfant » comme il l’entend, vu de loin selon des « valeurs progressistes », pour s’immiscer sans cesse dans la vie familiale et ôter aux parents autorité et choix. Il ne s’agit bien évidemment pas ici de promouvoir la cruauté envers les enfants, mais de défendre une vision moins iréniste des relations entre le parent et ses enfants qui peuvent mal se comporter ou prendre de mauvaises décisions dont les premières personnes affectées seront les parents et non de lointains bureaucrates, juges ou militants.

Pour Olivier Babeau, président fondateur de l’Institut Sapiens, la proposition de loi relative à « l’interdiction des violences éducatives ordinaires » participe d’un combat de fond qui vise à la disparition de toute forme d’autorité au profit de celle de l’État.

Rien n’est plus révoltant qu’une violence infligée à un enfant. Il est évident qu’il faut garantir à chaque mineur une sécurité physique et affective. La loi sur « l’interdiction de la fessée » s’inscrit dans le prolongement d’une juste pénalisation des maltraitances. Est-il permis néanmoins de penser qu’elle est inutile et même dangereuse ?

L’interdiction de la fessée n’est qu’un jalon dans un combat bien plus fondamental contre toute forme d’autorité, au profit de celle de l’État. Car tout pourra demain être qualifié de « violence éducative ordinaire ». Comme le rapporte un article du Huffington Post, l’auteur du blogue Enfances épanouies identifie ainsi le fait d’obliger son enfant à se nourrir ou à s’habiller quand il fait froid, de lui faire les gros yeux, lui donner des surnoms… La contradiction est forte : il faudrait traiter l’enfant comme un adulte en miniature, ce qu’il n’est pas. Éduquer, c’est éveiller à la liberté, mais c’est aussi précisément être responsable d’un être qui n’est pas encore capable de liberté. L’idée qu’il soit possible d’éduquer par le seul dialogue raisonnable est très séduisante d’un point de vue philosophique, mais pour un parent elle atteint hélas ses limites lorsque le caprice d’un enfant, par exemple, le met lui-même en danger. Quel parent n’a jamais eu recours, pour le bien de sa progéniture, à des formes de chantage et de contrainte physique ? Demain, tous les parents seront hors la loi.

La loi procède de la vision irénique de l’éducation promue par un Jean-Jacques Rousseau dont on sait qu’il avait lui-même systématiquement abandonné ses enfants — pour le coup, une forme terrible de violence. L’enfant, naturellement bon, n’aurait pas à être guidé, mais seulement préservé de la corruption de la société. Dans son essai la Crise de l’éducation, Hannah Arendt souligne que chaque nouvelle génération est comparable à une horde de barbares qui déferle sur notre civilisation. Une réalité illustrée avec force par le roman Sa Majesté des mouches de William Golding où des enfants livrés à eux-mêmes s’ensauvagent puis s’entre-tuent. Comment ne pas être troublé par la coïncidence de la progression des violences entre les jeunes (dont le harcèlement scolaire, qui a fait récemment une tragique victime de plus), la difficulté grandissante des enseignants à maintenir l’ordre dans leur classe, avec celle d’un pédagogisme considérant l’idée même de discipline comme un crime ? La correspondance est troublante entre la furie progressiste et le recul des règles les plus élémentaires de respect et de savoir-vivre. Ne plus rien imposer aux jeunes, ne plus leur permettre de grandir par les cadres qui sont donnés, voilà la vraie violence que l’on fait aujourd’hui aux enfants que l’on renonce à civiliser.

Il peut enfin paraître paradoxal d’insister toujours plus sur la liberté de l’enfant en réduisant constamment celle des adultes. Mais ce n’est pas vraiment étonnant si l’on y réfléchit bien : notre société devrait être faite pour des adultes et ceux qui ont vocation à le devenir. Au lieu de cela, par choix idéologique, elle nous considère tous comme d’éternels mineurs placés sous l’autorité paternelle d’un État qui interdit, surveille et punit.

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