jeudi 12 décembre 2019

Affichette « C’est correct d’être blanc » cause expulsion d'un étudiant

Faculté de droit de l’Université d’Oklahoma City
Un étudiant à la faculté de droit de l’Université d’Oklahoma City a été expulsé après avoir distribué des affichettes sur le campus où l’on pouvait lire « Y a pas de mal à être blanc » ou « C’est correct d’être blanc ».

L’étudiant avait déjà été suspendu en octobre lorsque ces dépliants étaient apparus. Il a violé les termes de cette suspension en retournant sur le campus, a déclaré la police universitaire au journal local The Oklahoman. Un porte-parole de la faculté de droit a refusé mardi d’identifier l’étudiant expulsé, citant les lois fédérales sur la vie privée, mais l’université a publié une déclaration sur l’incident.

« L’université a mené une enquête auprès du département de la police d’Oklahoma City et a découvert que la personne responsable était un étudiant qui avait déjà suspendu pour avoir enfreint la politique scolaire », indique le communiqué. « L’étudiant impliqué a été expulsé pour avoir violé les termes de sa suspension. »

Selon la police du campus, rien ne permet de croire que l’étudiant expulsé présentait une menace physique pour l’université ou les étudiants.


« La raison pour laquelle vous examinez ce genre de choses est que vous voulez vous assurer que l’individu n’est pas une menace pour les autres étudiants », a déclaré le directeur de la police de l’Université d’Oklahoma City, Bill Citty, à The Oklahoman. « Il faut se pencher sur ce genre de problèmes potentiels ces jours-ci. Les gens s’inquiètent, les étudiants s’inquiètent, le personnel s’inquiète, les parents s’inquiètent. Vous devez vous en assurer. »

Les affichettes sont l’un des nombreux incidents liés à la race dans les facultés de droit ces dernières années. En octobre, le mot « Trump » et une croix gammée ont été peints à la bombe sur une entrée latérale de la fameuse faculté de droit de l’Université Yale. Ni l’école ni la police n’ont annoncé d’arrestation en lien avec ces graffitis anti-Trump. En 2015, des vandales ont placé du ruban adhésif noir sur les yeux des portraits de professeurs de droit noirs suspendus dans les couloirs de la faculté de droit de l’université Harvard. Les autorités n’ont jamais identifié les coupables.

Les dépliants sont apparus à l’extérieur et aux portes de facultés de droit d’Oklahoma City le 31 octobre. La police a rapidement commencé à rechercher « le coupable ». L’élève a été identifié par les administrateurs de la faculté de droit après avoir examiné les images de sécurité enregistrées ce soir-là. Une fois le dangereux coupable identifié, la police du campus a demandé à la police d’Oklahoma City de trouver et d’interroger l’étudiant, a rapporté The Oklahoman.

Afficher ces messages ne constituait pas un crime, ont constaté les enquêteurs. Cependant, le retour sur le campus pendant une suspension était un motif d’expulsion de l’étudiant. L’élève n’a pas été accusé d’intrusion.

À la suite de l’affichage des « Y a pas de mal à être blanc », le doyen de la faculté de droit Jim Roth a envoyé un message aux étudiants pour condamner ce message.

« Quoi qu’ait pu être les intentions de ce message, le message me rappelle une pensée à laquelle je sais notre communauté adhère : c’est correct d’être TOUT LE MONDE », indique la déclaration de Roth. « L’exclusion et la haine ne seront pas tolérées ici. Vous êtes accepté à la faculté de droit, peu importe comment vous priez, à quoi vous ressemblez ou qui vous aimez. Et vous le serez toujours. »

Cette acceptation n ne semble pas inclure les Blancs qui ne veulent plus être culpabilisés pour leur blanchitude...

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mercredi 11 décembre 2019

« À l’inverse des affaires de pédophilie dans l’Église catholique, les violences sexuelles en milieu sportif restent peu médiatisées »

Après huit mois d’enquête dans le milieu sportif, Disclose dévoile 77 affaires marquées par des dysfonctionnements graves. Révélations sur une faillite du monde du sport qui a fait au moins 276 victimes, la plupart âgées de moins de 15 ans au moment des faits.

Des rêves de podium brisés. De jeunes athlètes murés dans le silence. Des enfants traumatisés, n’osant plus courir, nager ou combattre. Des centaines de victimes démunies face à l’omerta, au déni et à l’ignorance de la grande famille du sport. Pendant huit mois, Disclose a enquêté sur les violences sexuelles en milieu sportif.

Cette plongée inédite dans le monde fermé des clubs amateurs et professionnels démontre la faillite de tout un système, des associations sportives aux fédérations, jusqu’aux services de l’État. De 1970 à nos jours, notre enquête révèle que 77 affaires ont été marquées par des dysfonctionnements majeurs. Football, gymnastique, équitation, athlétisme, mais aussi tir à l’arc, patins ou échecs… 28 disciplines sportives sont concernées.

[…] Parmi les failles mises au jour : l’absence de contrôle des éducateurs bénévoles, le maintien en poste d’encadrants sous le coup d’une procédure judiciaire ou déjà condamnés, le défaut de suivi sociojudiciaire et l’inaction de dirigeants ayant choisi d’étouffer le scandale plutôt que défendre l’intégrité de leurs licenciés. Au mépris des lois françaises.

La récidive. L’enquête révèle un premier chiffre alarmant, mettant directement en cause le suivi judiciaire des délinquants sexuels. D’après nos données, près d’une affaire d’infractions sexuelles sur deux est un cas de récidive. Par récidive, nous entendons une répétition de faits à caractère sexuel, dans sa définition courante et non juridique. […]

Le maintien en poste. Deuxième donnée inquiétante : dans 77 % des cas recensés, l’agresseur a soit poursuivi son activité malgré une procédure judiciaire en cours, soit retrouvé un poste dans le milieu sportif après une condamnation pour une infraction à caractère sexuel. Une situation qui augmente le péril de la récidive et fait courir des risques aux jeunes sportifs. Pourtant, un article de loi stipule précisément qu’une personne condamnée pour un crime ou un délit à caractère sexuel ne peut entraîner des athlètes ou encadrer une activité sportive. Il s’agit de l’article 212-9 du code du sport, un ensemble de lois et décrets applicables au domaine du sport. […]

Le soutien donné à l’agresseur. Dans 18 affaires, le club, la fédération, la collectivité locale ou l’institution scolaire ont pris fait et cause pour l’agresseur. Une défense souvent accompagnée d’un mépris pour la parole des victimes, voire de tentatives d’intimidation. Des condamnations pour des faits de violences sexuelles ou des décisions de justice ont parfois été remises en cause, certains soutiens allant même jusqu’à invoquer l’erreur judiciaire.

La négligence de signaux forts. Enfin, dans une dernière catégorie, nous avons recensé neuf affaires où des alertes, pas toujours de nature à être caractérisées sur le plan pénal, ont été prises à la légère avant que l’éducateur ne commette des agressions. Par exemple, un entraîneur passant la nuit seul dans une chambre avec un athlète. Ou un autre ayant pour habitude de prendre sa douche, nu, au milieu de ses élèves. Dans ces cas-là, les professionnels de la protection de l’enfance — brigade des mineurs et associations contre les violences sexuelles — recommandent d’alerter les autorités.

La justice. Dans 53 % des cas, les défaillances viennent de la justice. Avec des situations qui interpellent : comment se fait-il qu’une personne condamnée pour une infraction sexuelle sur mineur ne fasse pas systématiquement l’objet d’une interdiction d’exercer auprès d’enfants ? Pourquoi le suivi sociojudiciaire ne dure-t-il parfois que quelques années ? Quels critères conduisent à ce qu’une condamnation pour des délits ou crimes sexuels disparaisse des différents extraits du casier judiciaire ?

Les clubs et les fédérations. Viennent ensuite les clubs, à l’origine de dysfonctionnements dans 35 % des cas. Notre enquête révèle que les informations ne remontent pas toujours jusqu’aux fédérations, la préfecture ou la justice, souvent par volonté de protéger le club d’un scandale. […]

L’entourage des victimes. Il arrive aussi que les familles des victimes elles-mêmes éprouvent une réticence à parler. La reconnaissance et l’attachement à l’égard de l’entraîneur peuvent être des freins à la dénonciation. « Dans l’Église, on parle d’une emprise morale, mais c’est pareil dans le sport », souligne Marie Mercier, rapporteuse de la mission d’information sur les infractions sexuelles sur mineurs mise en place par le Sénat en 2019.

Les autorités. À l’inverse des affaires de pédophilie dans l’Église catholique, les violences sexuelles en milieu sportif restent peu médiatisées en France.

Le Télégramme

Faux autochtones et aborigènes, mais vrais opportunistes

Au Canada, selon plusieurs chefs autochtones, de plus en plus de personnes se font frauduleusement passer pour des membres de leurs communautés, ce qui les inquiète et les choque.

Ce fait ne semble pas limité au Canada, on a ainsi vu la candidate démocrate Elizabeth Warren qu’elle était d’origine amérindienne. Des tests ADN qu’elle a elle-même présentés suggèrent plutôt qu’elle pourrait avoir 1/1024 de sang indien (si tant est que les tests sont fiables à un si petit pourcentage), moins que la moyenne des Américains. L’université Harvard avait inscrit Warren comme Amérindienne dans ses formulaires fédéraux relatifs aux politiques de discrimination positive de 1995 à 2004. Dans une interview, Elizabeth Warren a déclaré qu’elle avait l’intention de présenter des excuses pour s’être étiquetée comme amérindienne à l’Université de Pennsylvanie et à l’Université de Harvard. Elle a donné la même réponse lorsqu’on lui a demandé si cela incluait le fait qu’elle avait déclaré être membre d’une minorité dans le répertoire de l’Association of American Law Schools.

Bruce Pascoe (photographié)
dénoncé dans la presse australienne
En Australie, l’auteur à succès Bruce Pascoe prétend aussi être en partie aborigène. Il est surtout connu pour son ouvrage Dark emu : Black seeds: agriculture or accident ? « qui réexamine les récits coloniaux des peuples autochtones en Australie et cite des preuves des débuts de l’agriculture, de l’ingénierie et de la construction de bâtiments ». L’ennui c’est que les sources qu’il cite dans son ouvrage — quand elles existent vraiment — affirment plutôt l’inverse. En outre son ascendance aborigène, sur lequel il insiste beaucoup, est sérieusement mise en doute. Voir Dark Emu Exposed qui confronte les affirmations de son livre avec les sources que Pascoe cite. Sur sa généalogie voir Is Bruce Pascoe an Aboriginal man ?. « Pascoe n’a pas d'ascendance aborigène et ses prétentions sont absurdes », a déclaré Michael Mansell via le Tasmanian Aboriginal Land Council, concernant la revendication de Pascoe quant à son héritage aborigène. « Nous n’acceptons pas du tout que M. Pascoe possède des ancêtres Boonwurrung », a déclaré Jason Briggs au nom du Conseil Boonwurrung. Il est allé plus loin pour dire que Pascoe « devrait parler de sa véritable ascendance et cesser de tromper et de bénéficier de l’intégrité culturelle de notre communauté ».

Le diffuseur public australien (ABC) a tourné un film basé le livre primé de Pascoe, Dark Emu. Il sera bientôt diffusé. Selon celui-ci, contrairement aux sources européennes, les Aborigènes n’étaient pas des chasseurs-cueilleurs primitifs, mais des agriculteurs perfectionnés avec une « industrie agricole » — des champs labourés, de grands villages et d’immenses greniers aériens. Tout cela réduit à néant par des hommes méchants aussi blancs que, euh, le visage de Bruce Pascoe. C’est le genre de sanglot de l’homme blanc que les progressistes « éveillés » adorent ces jours-ci. Pascoe a donc reçu le prix du Premier ministre de la Nouvelle-Galles-du-Sud pour le livre de l’année et un autre du meilleur écrivain aborigène. Le Conseil australien lui a décerné un prix pour l’ensemble de ses réalisations. Il a même été nommé professeur à la faculté indigène de l’Université de technologie de Sydney.

Les preuves que les Aborigènes étaient en fait des agriculteurs rassemblées par Pascoe sont pour le moins douteuses. Pascoe a ainsi affirmé que l’explorateur Thomas Mitchell a écrit qu’il avait « une fois parcouru neuf milles de céréales arrimés » — des gerbes de grains coupées et entassées pour les faire sécher. En fait, Mitchell, dans son Journal of an Expedition Into the Interior of Tropical Australia de 1848, écrivait qu’il avait « compté neuf milles le long de la rivière pendant lesquels nous avons traversé une plaine herbeuse qui atteignait la sangle de nos selles », et que « des tas secs de cette herbe, qu’on avait arrachée expressément dans le but d’en récolter les graines, gisaient sur notre chemin sur plusieurs kilomètres ». Pour le journaliste Andrew Bolt dans le Herald Sun, Pascoe cite mal ses sources. La prairie faisait neuf milles. Les « épis arrimés » n’étaient que des tas d’herbe qui jonchaient le parcours, comme on peut s’y attendre de la part des chasseurs-cueilleurs. Andrew Bolt lui a posé des questions à ce sujet, mais n’a obtenu aucune réponse sur ces interprétations « osées » des sources historiques. Pas plus que lorsque Andrew Bolt l’a confronté aux archives officielles sur ses aïeuls en Australie, tous Anglo-saxons sur plus de trois générations.


Entretemps, au Québec...

En entrevue, Raphaël Picard, ex-chef de la communauté montagnaise de Pessamit, au Québec, dénonce les Indian Lovers déconnectés de la réalité du terrain. Les faux Autochtones sont-ils en train de se multiplier au pays de l’érable ?

Le 5 novembre dernier, les Canadiens ont appris que la toute première élue autochtone de la Ville de Montréal était loin de l’être réellement... En août 2018, la mairesse de cette ville, Valérie Plante, avait confié à Marie-Josée Parent le prestigieux dossier de la réconciliation avec les Premières Nations. Mme Parent a toutefois été forcée de se retirer du dossier après que deux historiens aient révélé qu’aucun ancêtre amérindien ne figurait dans son arbre généalogique. Dans leurs recherches, ces derniers ont remonté jusqu’au XVIIe siècle pour en venir à cette conclusion catégorique. « J’ai été élevée dans cette culture, avec ces valeurs et cette vision du monde. [...] Nos identités à moi et ma sœur vont au-delà d’un arbre généalogique », s’est défendue la principale intéressée dans une entrevue accordée à Radio Canada.

Faux Autochtones au Canada : pour un grand chef, « ça frise l’escroquerie ou la fraude ». Raphaël Picard est l’un de ces leaders amérindiens pour qui le récent phénomène des faux Autochtones représente une menace pour la survie même des Premières Nations. M. Picard a été chef (2002-2012) de la communauté montagnaise de Pessamit, sur la Côte-Nord du Québec. Paru en septembre dernier, son dernier ouvrage, Nutshimit, est un roman ethnographique consacré à l’imaginaire de son peuple. « Certaines personnes voudraient implanter une nouvelle manière de définir qui est Autochtone. Pourtant, la Loi fédérale sur les Indiens le définit déjà. Il y a des critères et l’origine ethnique en fait partie [...] Certaines personnes qui travaillent avec les Amérindiens développent un sentiment d’appartenance envers eux. Des gens finissent par s’autodésigner Autochtones, comme Marie-Josée Parent. C’est un problème. Concrètement, nous ne sommes pas des sociétés ouvertes », souligne d’entrée de jeu M. Picard à notre micro. Le 28 novembre dernier, M. Picard a publié une lettre sur le site de Radio Canada critiquant ces « Indian Lovers qui décident et agissent au nom des Premières Nations ». Dans cette lettre, l’ex-chef distingue les Amérindiens vivant sur leurs territoires d’une certaine diaspora autochtone urbaine, qu’il juge déconnectée de la réalité du terrain. Questionné à ce sujet par Spoutnik, M. Picard a tenu à redire son indignation : « Ce qui se passe à Montréal est injuste et anormal. Il y a des gens qui n’ont jamais vécu dans des communautés autochtones et qui prennent des décisions en notre nom, souvent par opportunisme. Ces orientations ont des répercussions importantes sur nos communautés, mais sont prises sans que nous soyons consultés », s’indigne-t-il. Raphaël Picard considère que les enjeux affectant les Autochtones en région sont trop grands pour qu’ils soient confiés à des organismes sans véritable lien avec le terrain. De fait, une majorité de communautés autochtones souffre de nombreux problèmes sociaux que les pouvoirs publics ont beaucoup de mal à enrayer. Pauvreté, manques de ressources en tout genre, alcoolisme, toxicomanie et inceste sont quelques-uns des plus graves problèmes recensés.

 « C’est une question de représentativité. Nous ne pouvons pas accepter que des gens méconnaissant notre réalité gèrent des organismes en notre nom. [...] À Montréal, il y a deux types de personnes. Premièrement, il y a les vrais Autochtones — les Indiens inscrits —, que nous respectons. Mais deuxièmement, il y a ces Indian Lovers, des gens qui disent aimer les Indiens... Ces gens essaient de se mêler à la diaspora autochtone de Montréal pour faire avancer leurs propres intérêts », dénonce le chef montagnais. Intellectuel engagé, Raphaël Picard estime même que le grand projet de réconciliation des Autochtones avec les Canadiens d’origine européenne est un leurre. Depuis son arrivée au pouvoir en 2015, le Premier ministre Justin Trudeau a d’ailleurs beaucoup insisté sur l’importance de revaloriser l’apport des Premières Nations. « L’une des causes de cette déconnexion entre les élites urbaines et la réalité autochtone sur les réserves est le projet de réconciliation. La réconciliation est utilisée à toutes les sauces par des personnes qui veulent obtenir des subventions ou des avantages. Nous ne voyons jamais la couleur de cet argent sur nos territoires. En Nouvelle-Zélande et aux États-Unis, la réconciliation a été un énorme piège. Le Canada n’échappe pas à cette imposture », poursuit-il. Faute d’un rapide changement d’approche, M. Picard estime enfin que le phénomène des faux Autochtones est appelé à s’amplifier dans les prochaines années. Il s’inquiète aussi beaucoup pour l’avenir de son peuple : « La mondialisation a un effet pervers sur nos communautés. D’ailleurs, le multiculturalisme ne fait pas l’unanimité parmi nous, car il sert à noyer les minorités comme la nôtre [...] Que fera-t-on de nos langues ? Si on ne fait pas quelque chose, d’ici quelques années plus personne ne les parlera », a tristement conclu l’ancien chef de Pessamit.


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Partialité idéologique de la juge en chef de la Cour d'appel du Québec (m-à-j)

Nouvelle plainte contre Mme Duval Hesler — Inventer un droit nouveau

La juge Duval-Hesler avec le conférencier Robert Leckey
à l’Association de juristes Lord Reading, le 24 septembre 2019
On apprend par ailleurs que la juge Duval Hesler fait l’objet d’une nouvelle plainte pour ses actions en marge de la contestation de la loi 21. L’Association Lord Reading a reçu, le 24 septembre dernier, le doyen de la Faculté de droit de l’université McGill, Robert Leckey, pour une conférence dont le titre était Advocacy Notwithstanding the Notwithstanding Clause (Plaider nonobstant la clause dérogatoire). « Ses propos sont un véritable mode d’emploi pour les juristes et autres partisans du gouvernement des juges qui souhaitent invalider la loi 21 malgré la clause dérogatoire et en dépit du fait que cette législation ait été votée démocratiquement par l’Assemblée nationale du Québec », explique Frédéric Bastien, qui a fourni au journal Métro une exemplaire de l’allocation de M. Leckey.

« Pour arriver à ses fins, M. Leckey propose ni plus ni moins d’inventer de toute pièce du droit nouveau », s’inquiète le professeur. Nicole Duval Hesler était alors dans l’assistance. Elle se trouve dans les photos de l’événement affichées sur la page Facebook de l’association. L’ancien député bloquiste Yves Rocheleau a porté plainte au Conseil canadien de la magistrature en lien avec sa présence.

En entrevue à Métro, M. Bastien souligne que la juge a le droit de s’informer concernant les arguments pour et contre la loi 21. Mais sa présence physique à une telle conférence porte atteinte à son apparence de neutralité, selon lui. Rappelons que des dizaines de plaintes ont déjà été déposées contre la magistrate, notamment pour ses commentaires au Procureur général du Québec, Me Éric Cantin, lors de l’audience sur la suspension de la loi 21. « Qui souffre davantage, les allergies visuelles de certains, ou les enseignantes qui perdent la possibilité de s’engager dans la profession qu’elles ont choisi ? » avait-elle demandé.

Soupçons de partialité du juge Nicholas Kasirer de la Cour suprême du Canada

Lors de la nomination de Nicholas Kasirer à la Cour suprême du Canada l’été dernier, l’Association de juristes Lord Reading s’est réjouie sur Twitter en diffusant le message suivant le 11 juillet 2019 : « The Society is thrilled at the nomination of our member, past speaker and good friend the Honourable Nicholas Kasirer to the Supreme Court of Canada. We know he will serve this country brilliantly! ». (« La Société est ravie de la nomination de notre membre, ancien président et bon ami l’honorable Nicholas Kasirer à la Cour suprême du Canada. Nous savons qu’il servira ce pays avec brio ! ») L’association Lord Reading avait déjà, à ce stade, présenté un mémoire contre la loi 21 en commission parlementaire. Depuis, elle s’est jointe à la contestation de ladite loi devant les tribunaux.

Pour l’historien Frédéric Bastien, la Cour suprême doit aussi clarifier le rôle que jouerait le juge Kasirer si, selon toute vraisemblance, la contestation de la loi 21 se rend en Cour suprême, ce qui pourrait arriver rapidement sur la question de la suspension de la loi et ce qui pourrait arriver plus tard sur la question du fond. Les liens entre le juge Kasirer et Lord Reading le mettent dans une position délicate pour entendre cette cause. Le juge Kasirer devait présenter la juge Duval-Hesler dans une conférence qu’elle devait donner le 10 décembre 2019 à Lord Reading et qui a été reportée. Cette organisation est au front contre la loi 21.



Billet originel du 6 décembre

Adoptée en juin 2019, la nouvelle Loi québécoise sur la laïcité de l’État (loi 21) doit maintenant passer le test des tribunaux. Mais voilà que la juge chargée d’examiner la loi est accusée de partialité.

Spoutnik a fait le point avec le plaignant, l’historien Frédéric Bastien, et Guillaume Rousseau, l’un des architectes de cette loi controversée.


C’est un rebondissement majeur dans le duel épique que se livrent partisans canadiens de la laïcité et du multiculturalisme au Québec. Conseiller du Premier ministre québécois sur la laïcité : « la question nationaliste revient ».

Le 1er décembre dernier, l’historien réputé Frédéric Bastien a déposé une plainte au Conseil canadien de la magistrature en lien avec la nouvelle Loi québécoise sur la laïcité de l’État. Selon lui, le juge chargé d’entendre la requête d’opposants à la loi ne serait pas impartial dans ce dossier. La juge en chef Nicole Duval Hesler doit prochainement rendre une décision concernant la suspension éventuelle de cette loi qui interdit le port de signes religieux aux juges, policiers, gardiens de prison et enseignants.

« J’ai porté plainte jeudi au Conseil canadien de la magistrature contre la juge en chef de la Cour d’appel du Québec, Mme Nicole Duval Hesler, dans la cause en appel qu’elle entend sur la suspension de la loi 21. La juge en chef a manqué à son devoir de réserve pour plusieurs raisons et elle devrait se récuser », a écrit l’historien et professeur au collège Dawson de Montréal sur sa page Facebook.

La juge Duval Hesler ferait preuve de « militantisme juridique », estime-t-il, ce qui le rendrait inapte à se prononcer sur la loi. « Mme Duval Hesler est une juge militante. C’est quelqu’un qui fait de l’activisme juridique en raison de son adhésion au multiculturalisme et de son rejet de la laïcité. D’ailleurs, presque tous les juges fédéraux au Canada partagent cette même vision, étant tous nommés par le gouvernement fédéral. Le jupon dépasse beaucoup... Elle viole son devoir de réserve », a tranché M. Bastien au micro de Spoutnik.

Professeur de droit à l’Université de Sherbrooke et ex-conseiller du gouvernement Legault sur la laïcité, Guillaume Rousseau estime que des questions soulevées par son collègue sont légitimes. M. Rousseau est l’un des architectes de la loi 21 et en publiera prochainement une version annotée. Selon lui, le fait que le juge en chef ait plusieurs fois exprimé son désaccord avec la laïcité est matière à réflexion. Les principes de déontologie judiciaire déconseillent fortement à un juge d’exprimer publiquement des opinions politiques, rappelle-t-il. ​Pourtant, dans un texte juridique publié en 2011, Mme Duval Hesler écrivait que le multiculturalisme était un phénomène inéluctable qu’il était vain de remettre en cause. Rappelons que le multiculturalisme est perçu comme une idéologie fondamentalement opposée à l’interdiction des signes religieux au Canada.

« C’est donc dire que le discours sur les conséquences négatives du multiculturalisme ne peut mener nulle part. L’on ne saurait par diktat mettre fin au multiculturalisme, pas plus que l’on ne saurait ignorer le besoin d’accommoder nos minorités », écrivait notamment Mme Duval Hesler dans ce texte. Par ses commentaires et son attitude lors d’une récente audience, Mme Duval Hesler peut être perçue comme ayant exprimé un préjugé favorable envers les opposants à la loi, observe M. Rousseau. « Au cours de l’audience du 26 novembre 2019, les juges Duval Hesler et Bélanger se sont montrées beaucoup plus dures envers les avocats représentant le Procureur général et donc le gouvernement Legault. Ces mêmes juges se sont montrées beaucoup moins dures envers les avocates des appelantes et elles ont exprimé des opinions politiques défavorables à la loi 21 en pleine Cour », s’indigne le professeur. Selon les informations recueillies par Spoutnik, au cours de cette même audience, la juge Duval Hesler s’est déclaré « féministe », en faisant notamment valoir que la Loi affecterait particulièrement les femmes. La juge en chef a également comparé la loi à des « allergies visuelles » envers les signes religieux, des propos qui refléteraient des opinions politiques impropres à être exprimées à la Cour.


Frédéric Bastien se demande toutefois si cette vision ne serait tout simplement pas celle exprimée dans la Constitution canadienne : « Cette vision défavorable de la laïcité fait toutefois partie de l’ADN même du régime constitutionnel canadien implanté en 1982. La Charte des droits et libertés, qui a été intégrée à la Constitution, sert à imposer au Québec le multiculturalisme et le bilinguisme canadien. Les juges fédéraux sont le fer de lance de ce travail permanent visant à affaiblir l’identité québécoise. Le comportement de la juge en chef est un très bel exemple de cette logique du régime », analyse Frédéric Bastien. Le 10 décembre prochain, Mme Duval Hesler devait prononcer un discours à l’occasion d’une soirée de charité [pour collecter de l’argent] pour le compte de l’association Lord Reading, connue pour son opposition à la laïcité. Un autre élément faisant douter de l’impartialité du juge dans ce dossier épineux.

Personnalité pressentie pour devenir chef du Parti québécois (PQ), principale formation souverainiste au Québec, M. Bastien espère donc que la juge en chef décide de lui-même de se récuser, seule manière de changer la composition du tribunal. Quant à Guillaume Rousseau, anticipant un maintien de la magistrate, il espère que celle-ci respectera le droit du Québec à utiliser la clause dérogatoire, laquelle permet de mettre des lois importantes à l’abri du « gouvernement des juges ». « Si la Loi sur la laïcité de l’État était suspendue par la Cour d’appel, il s’agirait d’un immense recul pour la démocratie parlementaire et l’autonomie du Québec. Par le fait même, il s’agirait d’une victoire du gouvernement des juges », a conclu le professeur.

Cela fait des années que Frédéric Bastien, se penche sur le gouvernement par les juges et sur la Constitution canadienne de 1982. Son livre phare La bataille de Londres raconte comme un roman excitant les magouilles jamais révélées derrière le rapatriement de 1982 que le Québec s’est fait enfoncer dans la gorge. Il est allé fouiller dans les archives du Foreign Office de Londres, ouvrant des dossiers jamais consultés, pour raconter l’inédit. La Constitution de 1982 a redéfini le pouvoir des tribunaux. Il faut mesurer son impact sur l’identité au Québec, sur le multiculturalisme qui nous est imposé.

mardi 10 décembre 2019

Humour — Manuela retourne à l'école

Cette semaine, Manuela découvre son nouveau lieu de travail, une école. En écoutant la maîtresse lui expliquer comment appeler chaque chose de manière politiquement correcte, elle se dit qu’elle a bien de la chance d’être femme de ménage et pas enseignante.


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Ne dites plus... parlez pédagogiste...

Novlangue du jour : « fragilité blanche »

Novlangue : « dialoguer », « appropriation culturelle » et « ouvrir une discussion sur le privilège blanc »

Novlangue : « offrir » à tous les élèves et « avoir droit » à la place de « imposer » et « être obligé »

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Novlangue — « migrant » le mot amalgame

Remplacement du mot « principes » par celui de « valeurs »

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Novlangue : « implanter des mesures d'appui au vivre ensemble »


Soumission à l'anglais des universités françaises

« Si les institutions publiques d’enseignement se donnent comme seule mission d’attirer des “clients” dans un marché international dont la langue d’attraction est l’anglais, pourquoi les Français devraient-ils les soutenir par leurs impôts ? »

L’universitaire québécois Yves Gingras (ci-contre), professeur d’histoire et de sociologie des sciences à l’Université du Québec à Montréal, juge que l’enseignement supérieur français manifeste une fascination ridicule pour l’anglais, qu’il tient pour la langue des vainqueurs.


Québécois, professeur invité en France chaque année depuis dix-huit ans dans différentes institutions d’enseignement supérieur, j’ai observé avec consternation au cours de cette période, une accélération de la soumission tranquille du monde universitaire, intellectuel et éditorial au nouvel impérialisme linguistique de la langue anglaise. Celle-ci s’impose d’autant plus facilement que ceux qui l’adoptent au nom d’une « internationalisation » ou d’une « globalisation » mal comprise croient naïvement que cela leur permettra de conserver leur empire intellectuel pourtant révolu. En fait, cette anglicisation rampante est surtout le signe d’un déclin marqué des intellectuels français qui pensent ralentir ou même renverser leur marginalisation en adoptant la langue dominante à laquelle ils ont si longtemps résisté quand ils se sentaient dominants. À ce titre, ils devraient plutôt se mettre au chinois…


Les maisons d’édition semblent avoir perdu la capacité élémentaire de traduire des titres pourtant loin d’être intraduisibles. Ainsi l’ouvrage Lost in math a été « traduit » par… Lost in math. Comment la beauté égare la physique, alors qu’un peu d’imagination linguistique aurait pu proposer « Beau, mais faux. Quand la physique s’égare dans les maths », qui rend très bien la thèse centrale du livre. Comble de l’absurde, des ouvrages rédigés en français sont présentés avec des titres en anglais, comme s’ils allaient être plus « cool » et plus vendeurs. Quelques titres récents glanés au hasard des librairies : The Game, Earth First!, Carbon Democracy, Bullshit Jobs, Reclaim, etc.


Bien que je suive cette évolution, que je juge scandaleuse, depuis longtemps, j’avoue avoir décidé d’écrire ce texte aujourd’hui après avoir vécu ce qui me paraît constituer un exemple de bêtise absolue. Invité à faire une conférence dans le cadre d’un programme d’une grande institution d’enseignement supérieur que la charité chrétienne m’interdit de nommer, on m’a suggéré de faire mon exposé en anglais, sous prétexte que deux ou trois personnes sur les vingt-cinq attendues n’étaient pas francophones. Étant bilingue, habitué à faire sans problème des exposés en anglais et écrivant très souvent des articles dans cette langue pour des revues spécialisées dans mon domaine de recherche, j’ai tout de même demandé à la personne qui m’invitait si les quelque vingt-trois personnes non anglophones étaient elles-mêmes vraiment capables de comprendre l’anglais, étant donné qu’elles étaient en toute probabilité françaises. Qu’une institution en soit venue à abdiquer, sans vraiment y réfléchir, l’enseignement dans la langue nationale, sous prétexte que moins d’un dixième des inscrits (ici 2 ou 3 sur 25) ne sont pas francophones, sans se demander si la majorité accepte avec plaisir une telle soumission, m’a laissé perplexe. Ce n’était pas un colloque international, mais bien, il vaut la peine de le répéter, une intervention dans une institution française, intervention à laquelle l’écrasante majorité des personnes inscrites étaient francophones.


La question se pose de savoir comment la nation française peut continuer à penser sa spécificité si ses institutions d’enseignement supérieur abdiquent la langue nationale aussitôt qu’un anglophone apparaît dans le décor. Ne serait-ce pas à cette personne d’avoir la courtoisie d’apprendre ou du moins de comprendre la langue du pays dans lequel elle considère utile et intéressant de venir étudier ? Du reste, ceux-ci maîtrisent parfois le français, mais personne ne s’avise de leur poser la question.


À moins bien sûr que la finalité des institutions publiques d’enseignement en France, d’abord créées pour former les citoyens, ne se soient transformée sans crier gare pour se donner comme seule mission d’attirer des « clients » dans un marché international de l’enseignement supérieur dont la langue d’attraction est l’anglais ? Cela serait légitime à condition d’être clairement dit et assumé. Cependant on se demande alors pourquoi l’ensemble de la population française devrait appuyer financièrement par ses impôts de tels organismes qui abandonnent leur mission originale et devraient dès lors relever du privé.

Mais peut-être y a-t-il aussi un élément non négligeable de pensée magique. Plusieurs dirigeants semblent croire qu’il suffit de s’appeler « Institute of Technology » pour devenir l’égal du célèbre MIT américain ou encore d’écrire sur le fronton d’un édifice « Paris School of Economics » ou « Toulouse School of Economics », pour se considérer l’égal des School of Business américaines. Plus tordu au plan linguistique est bien sûr la récente « Sorbonne université », qui écorche la syntaxe et l’oreille françaises, gardant tout de même une petite gêne en troquant le « y » pour le « é », évitant ainsi d’écrire plus logiquement ce dont ils rêvent vraiment : « Sorbonne university ».


Ainsi, pour reprendre une autre expression utilisée récemment par le président Macron, il peut être parfois utile de lancer un « wake up call ».


France — « Avant de coder, les élèves ont besoin d’apprendre les fondamentaux »

Beaucoup de professeurs des écoles ne s’estiment pas compétents, car ils n’ont pas reçu de formation sur le sujet. Et comme ils ont une éthique professionnelle, ils préfèrent enseigner des choses qu’ils maîtrisent » « Il faut apprendre à coder dès 10 ans. » En 2016, dans une interview accordée au média Acteurs publics, Cédric Villani, la vedette française des mathématiques, désormais député et candidat à la mairie de Paris, militait pour un apprentissage de la programmation informatique dès l’école primaire. Cet enseignement, déjà expérimenté dans plusieurs établissements depuis 2014, fait désormais partie des programmes de primaire et du collège [élèves âgés de 12 à 15 ans] depuis la rentrée 2016.

En primaire, les élèves apprennent à « programmer les déplacements d’un robot ou d’un personnage sur écran » ou à « construire une figure simple ». Mais la mise en place de ce nouvel enseignement n’est pas aussi facile que prévu. Selon une étude effectuée par plusieurs enseignants-chercheurs auprès de 578 professeurs des écoles en 2018, 45 % d’entre eux n’enseignent pas encore la programmation dans leur classe. En réalité, le chiffre serait même beaucoup plus élevé. « Il n’y a pas la moitié des instituteurs qui enseigne aujourd’hui le code à leurs élèves », confie un enseignant ayant travaillé à la mise en place de la réforme. Le ministère, qui affirme ne pas avoir de données officielles, admet à demi-mot que les chiffres évoqués correspondent à peu près à la réalité.
Code source en LOGO et résultat affiché
dans une fenêtre DOS.

Ce n’est pas une idée neuve, il y a plus de 30 ans, la mode était de programmer la tortue LOGO, cela n’a rien donné.


Pour JEAN-RÉMI Girard, président du Syndicat national des lycées et collèges (Snalc), les élèves ont d’abord besoin d’apprendre les fondamentaux. Il s’est livré au Figaro.

LE FIGARO. – L’apprentissage de la programmation à l’école primaire, est-ce une bonne idée ?


Jean-Rémi GIRARD. – Non, nous avons autre chose à faire. Avant de coder, les élèves ont besoin d’apprendre les fondamentaux : l’écriture, la lecture, l’histoire, les mathématiques, les enseignements artistiques. On a passé des années à taper sur le code grammatical, et là, il faudrait enseigner le code informatique. « Le code pour tous » est un slogan stupide. Tout le monde ne va pas s’amuser à coder. Quand on voit les enquêtes sur le niveau de nos élèves, on se dit qu’on a peut-être d’autres priorités avant d’apprendre l’informatique dès le plus jeune âge.

Peu d’instituteurs enseignent le code, alors qu’il fait désormais partie du programme officiel. Pourquoi ? Apprendre le code aux élèves n’est pas jugé prioritaire par la plupart des collègues. Beaucoup de professeurs des écoles ne s’estiment pas compétents, car ils n’ont pas reçu de formation sur le sujet. Et comme ils ont une éthique professionnelle, ils préfèrent enseigner des choses qu’ils maîtrisent. Puis, globalement, l’école primaire est très mal dotée et servie en termes de matériel. Il y a quelques années, 15 % des écoles primaires n’avaient pas encore de connexion internet. Ce chiffre n’a pas dû changer beaucoup. Nous n’avons ni les postes suffisants, ni les logiciels, ni les bonnes formations pour que les professeurs des écoles s’emparent de ce sujet. Et, surtout, nous n’avons pas le temps : les programmes sont chargés, avec des matières très importantes. Nous n’avons pas la possibilité de papillonner, on ne veut pas que les élèves se retrouvent avec des lacunes qu’ils auront du mal à rattraper par la suite.

Tous les professeurs des écoles peuvent-ils être formés pour enseigner le code ? Beaucoup n’en ont pas envie, et la plupart n’ont pas le niveau. L’enseignement du code n’est pas du tout évalué au concours de recrutement de professeurs des écoles. Il n’est pas non plus proposé dans la formation continue. Il ne faut donc pas s’étonner que les collègues ne l’enseignent pas ou l’enseignent mal.


Éducation à la sexualité — le ministre Roberge cherche à restreindre encore plus le choix des parents

Le gouvernement québécois songe à encore resserrer les balises permettant de dispenser certains enfants des cours gouvernementaux d’éducation à la sexualité après avoir interrogé une commission scolaire où près de 200 jeunes ont été exemptés.

Dans les dernières semaines, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge (ci-contre), a demandé à son ministère de lui proposer des moyens pour modifier la façon de procéder quand des parents veulent que leurs enfants soient sortis de la classe lorsque certains contenus d’éducation à la sexualité sont abordés, a appris Le Journal de Québec Il s’agit bien sûr & amp ; mdash ; nous sommes au Québec & amp ; mdash ; de s’assurer que le choix des parents sera moins respecté.

M. Roberge a également demandé au ministère de documenter les pratiques des écoles qui ont eu à gérer plusieurs demandes de parents, selon une source bien au fait du dossier.

Depuis l’an dernier, les contenus d’éducation à la sexualité sont de retour dans toutes les écoles du Québec. Actuellement, les parents peuvent demander une dérogation pour des raisons religieuses à condition de prêter serment et de prouver le caractère « sérieux » de leur requête. La décision revient à la direction de l’école.

En novembre, Le Journal de Québec publiait un article indiquant que la grande majorité (192) des élèves dispensés fréquentaient la Commission scolaire Portages-de-l’Outaouais (CSPO). Dans l’ensemble du Québec, moins de 270 jeunes ont été exemptés.

« Ils ont trouvé la faille »

Le ministre a donc demandé des comptes à la CSPO, pour s’assurer qu’aucune étape de la procédure n’a été escamotée. Selon nos informations, M. Roberge a conclu que les balises ont été respectées par les écoles, mais qu’un groupe de parents a trouvé une « faille ». Ils échappent à l’emprise du monopole de l’éducation du Québec. C’est intolérable pour l’ex-instituteur Roberge.

Le Journal de Québec a pu obtenir les explications et les documents de la commission scolaire fournis au ministre à la suite d’une demande d’accès à l’information.

On peut y voir que plusieurs parents ont utilisé un format et des arguments semblables pour remplir leur demande. Ce n’est que normal : lors des refus systématiques d’exemptions au cours d’ECR, les commissions scolaires utilisaient bien des réponses préformatés établies à l’avance !

En entrevue, le président du groupe Parents engagés de l’Outaouais avait d’ailleurs dit au Journal avoir aidé de nombreux parents mécontents de l’approche choisie par Québec pour parler d’homosexualité et de la « réalité » [dixit le Journal de Québec] transgenre.

Mais comment évaluer le « caractère sérieux » de ces demandes ? La CSPO se posait la question en février. Le directeur des ressources éducatives a contacté le ministère pour avoir des précisions, peut-on lire dans les échanges de courriels.

« La direction n’a pas à investiguer sur les motifs de la demande d’exemption, lui a alors répondu un responsable du ministère. [L’école] doit s’assurer (et non juger) du caractère sérieux [...] en fonction de l’atteinte alléguée. »

Certains continuent de prétendre que la Coalition avenir Québec est un parti de droite ou même de centre-droite... Il applique exactement les mêmes règles restrictives et les mêmes programmes scolaires que le PQ et le PLQ.

lundi 9 décembre 2019

Climat — « L'Occident est fatigué et déprimé »

Extinction Rebellion, Greta Thunberg, catastrophisme, nucléaire... Rencontre avec Pascal Bruckner et l’écologiste pragmatique Michael Shellenberger.  Farouches contempteurs de l’écologie radicale, ils se connaissent depuis 2012. Nommé « héros de l’environnement » par le magazine Time en 2008, l’Américain Michael Shellenberger est un écologiste pragmatique qui défend le nucléaire comme meilleur outil pour lutter contre le réchauffement climatique. Bien connu de nos lecteurs, l’essayiste et romancier Pascal Bruckner, qui vient de publier Une brève éternité (Grasset), voit dans l’écologisme politique une tentation totalitaire.


Bruckner (à gauche) et Shellenberger (à droite)

Le Point — Vous êtes tous les deux des critiques de l’écologie radicale. Pourquoi ?

Michael Shellenberger — Je pense qu’il y a un lien entre les changements globaux que sont l’élection de Trump, le Brexit ou la montée du nationalisme et Extinction Rebellion, et Greta Thunberg. L’argument développé par Pascal dans Le Fanatisme de l’apocalypse, c’est que le climat s’est imposé comme un problème à la fin de la guerre froide. J’étais moi-même alarmiste à propos de la guerre froide et du risque de guerre nucléaire et, lorsqu’elle a fini, très abruptement, je me suis dit « où est passé mon millénarisme  ? ».

J’ai donc recyclé ma crainte de la fin du monde vers une peur de catastrophe environnementale. Quand les activistes climatiques parlent du changement climatique, ils le font de la même manière qu’ils parlaient de la guerre nucléaire avant la chute du mur de Berlin. Aujourd’hui, nous assistons à une désintégration de l’ordre politique planétaire, avec un repli sur les frontières nationales. On le voit avec le retrait des États-Unis du Moyen-Orient. Extinction Rebellion et Greta Thunberg sont des réactions à Trump et au Brexit, le signe d’une panique chez les progressistes, internationalistes et cosmopolites contre ce retour à un nationalisme de droite. Je pense que ça ne fonctionnera pas, parce qu’il y a trop peu de raisons de garder une solidarité internationale libérale aujourd’hui. On risque de revenir à un monde bipolaire, États-Unis contre Chine. Je ne sais pas ce que l’Europe sera dans ce nouveau monde.

Pascal Bruckner — Il y a beaucoup de choses dans ce que vient de dire Michael. La fin de la guerre froide a posé un problème majeur à l’Occident : la disparition de l’ennemi. On a donc cherché un ennemi de substitution. L’altermondialisme a d’abord succédé au communisme, puis ont suivi l’écologie et l’islam radical. Avec l’écologie profonde, l’ennemi est devenu l’homme lui-même. L’homme en ce qu’il est le créateur de son destin et en tant que dominateur de la nature pour imposer sa culture et sa civilisation. Toute l’ambiguïté de l’écologie est qu’on ne sait jamais si elle cherche à sauver la Terre ou à punir les hommes. Il semblerait qu’on ait envie de punir les hommes, et il y a d’ailleurs toute une fraction de l’écologie qui est exterminatrice. C’était déjà le cas avec le commandant Cousteau qui préconisait la disparition de plusieurs centaines de millions d’hommes, c’est vrai aussi avec les collapsologues comme Yves Cochet qui envisage avec un grand sourire l’extinction de l’espèce humaine. Sur ce plan-là, Extinction Rebellion est intéressant parce que ce sont des enfants de la classe moyenne supérieure, plutôt bien élevés et bien éduqués [enfin... plutôt qui ont fréquenté l’école pendant de nombreuses années].

Cela me fait penser à cette phrase : « Si un million d’enfants veulent nettoyer la Terre, qu’ils commencent par nettoyer leur chambre ! » Je ne dis pas ça pour polémiquer, mais je suis allé voir le site d’Extinction Rebellion place du Châtelet à Paris, après leur départ, et c’était immonde ! Il y avait des déchets partout. Je ne comprends pas que de jeunes gens, animés d’intentions généreuses, ne commencent pas par nettoyer leurs propres saletés ou, mieux encore, les sites de déchets qui parsèment la grande couronne parisienne. Ce n’est sans doute pas assez noble pour eux, ils aiment les grandes idées, pas les petits gestes. Extinction Rebellion veut détruire le capitalisme. Il y a du boulot, car d’autres se sont essayés avant eux. On a l’impression que l’écologie n’est que le prétexte pour reprendre des mots d’ordre très anciens. Ces jeunes gens me paraissent très vieux...

À gauche, on regrette la vie agraire ; à droite, c’est plutôt l’âge d’or des sociétés industrielles. Mais personne ne propose une vision du futur.

Jeunes filles en colère « pour le climat » (et contre la consommation de bœuf, le colonialisme, etc.)


—  Si on vous écoute, l’écologie est une idéologie comme le communisme. Mais il y a aujourd’hui une urgence climatique !

M. S. — Si on se préoccupait vraiment du climat, on demanderait la construction de centrales nucléaires qui fournissent une énergie décarbonée, et le monde entier s’inspirerait du mix énergétique français, dans lequel le nucléaire représente plus de 70 % de l’électricité. Mais les écologistes sont antinucléaires  ! Leurs objectifs n’ont donc pas grand-chose à voir avec la réduction des émissions de CO2, ils veulent réduire toute consommation énergétique. Leurs demandes ne concernent même pas tant les énergies renouvelables que la décroissance, et le fait qu’on ne prenne plus la voiture comme l’avion. À Londres, Extinction Rebellion a même bloqué le métro. On considère souvent l’apocalypse comme un Armageddon, mais, dans la pensée grecque et biblique, l’apocalypse est la révélation d’un nouveau monde, d’un nouvel ordre. Pascal, penses-tu que Extinction Rebellion ou Greta Thunberg correspondent à une demande d’utopie ou alors est-ce la destruction de nos sociétés ?

P. B. — C’est une sorte de messianisme négatif, issu du Moyen Âge. Mais, au Moyen Âge, ces grandes utopies avaient une connotation religieuse. Là, c’est une religion païenne qui met Gaïa au centre des revendications d’austérité, de pauvreté volontaire. Le modèle vient des communes paysannes, un peu comme les amish aux États-Unis [les Amish ont des enfants, nombreux, eux. C’est plutôt une résurgence des Cathares ou des Shakers qui sont contre la reproduction]. On retrouve aussi tous les attirails des zadistes, qui cumulent plusieurs époques dans leurs modes vestimentaires. Je suis sûr que Chanel s’en emparera un jour pour faire des défilés. Le monde moderne étant celui de l’argent roi, il faut revenir à la vie villageoise originelle, sans inégalité flagrante, où les rapports humains n’étaient pas corrompus par l’argent. Il faut détruire le monde actuel, qui est un obstacle à cette pureté originelle. Tout se mélange d’ailleurs dans leur discours : j’ai vu une vidéo sur Arte qui parle du mouvement « écosexuel ». C’est une sorte de panthéisme sensuel, mais on ne peut pas dire la même chose de Greta Thunberg ! Elle, c’est le visage hargneux d’une certaine jeunesse accusatrice, qui explique que l’heure des châtiments est arrivée, que nous avons trop joui, et que la fête industrielle est finie, comme disait Hans Jonas. Pour l’instant, un mouvement comme Extinction Rebellion présente un visage non violent. Jusqu’à quand  ? Je ne sais pas, mais ils ont déjà envahi un centre commercial en interdisant aux gens de consommer. Tous nos gestes quotidiens sont frappés d’interdits, sont montrés du doigt, notre simple mode de vie est un péché et je ne suis pas sûr que les Français vont adhérer longtemps à ce genre de discours.

M. S. — Donc tu penses qu’il y a dans ce mouvement la vision d’une société agraire ?

P. B. — La commune agraire était déjà très importante chez les bolcheviks, sous le maoïsme pendant la révolution culturelle, mais aussi chez les Khmers rouges. C’est le retour à la terre, qui a toujours été vécu par les hommes comme une punition, parce que c’est la condition du serf et du manant, courbé sur la glèbe. On voudrait renvoyer l’humanité entière à cette condition-là. Vous avez d’ailleurs l’exemple des néo-ruraux, qui s’extasient de voir pousser un concombre ou une tomate.

M. S. — Cette gauche écologiste, plus radicale, a éclipsé la gauche modérée. Mais cette gauche radicale n’existe pas dans un vide, elle prend naissance dans un contexte de retour du nationalisme. Le centre décline alors que les extrêmes montent. Cette poussée, à l’extrême gauche comme à l’extrême droite, est marquée par la nostalgie. À gauche, on regrette la vie agraire ; à droite, c’est plutôt l’âge d’or des sociétés industrielles. Mais personne ne propose une vision du futur. Moi, mon utopie est une société avec beaucoup d’énergie, marquée par la vitesse, le voyage et la découverte… C’est une vision du monde futuriste, celle de la Silicon Valley ou de Walt Disney, avec une ville blanche qui ne serait pas noire de fumée, car utilisant l’énergie nucléaire. Mais personne ne se fait le porte-parole de cette vision ! Peut-être que le fait que les humains puissent être amoureux de l’idée du futur était temporaire, en gros du XIXe siècle aux années 1930. Après, plus personne n’a plus rien à dire de positif sur le futur. C’est vraiment triste. Moi, ma vision du futur, c’est que 11 milliards d’individus sur Terre puissent vivre des vies intéressantes : que le monde soit plein d’animaux sauvages parce que les surfaces agricoles se seront réduites du fait de fermes hydroponiques.  Pourquoi tout le monde est-il devenu nostalgique ?

P. B. — Michael a raison, il y a un déclin de l’idée de progrès et de l’idée d’avenir. Les deux grands marqueurs de ce déclin sont Hiroshima et Auschwitz. Ces deux événements ont jeté un voile sombre sur notre siècle, qui ne s’en est jamais remis. La réalisation des dégâts du monde industriel a aggravé le cas du progrès, et l’avenir prend aujourd’hui le visage de la catastrophe. Depuis Heidegger, Ivan Illich, Jacques Ellul puis Hans Jonas, on décrète l’aventure technologique finie : il faut se préparer aux vaches maigres. Nous en sommes au mercredi des Cendres, la punition va arriver. Cela posé, il y a différents types de collapsologues : le type solidaire, proche du personnalisme chrétien (Pablo Servigne), le type apocalyptique (Aurélien Barrau, avec son allure à la Charles Manson), le type de la schadenfreude — en allemand, de la joie mauvaise éprouvée face au malheur des autres — propre à Yves Cochet qui tire de ses prédictions noires une bonne humeur étonnante. Dans les interviews qu’il donne, Cochet semble se délecter que des centaines de millions d’humains vont mourir. Les catastrophistes se réjouissent qu’une providence divine ou matérielle vienne nous donner une bonne correction, la catastrophe n’est pas leur crainte, elle est leur souhait le plus profond. C’est là qu’on reconnaît les prémisses d’une pensée réactionnaire, voire fascisante. Il ne faut pas oublier que les premières lois écologistes en Europe sont les Reichsnaturschutzgesetz, promus en 1935 par le régime nazi. Il y a dans l’écologie contemporaine une tentation totalitaire que l’on voit affleurer ici ou là. Je lisais dans Le Monde un article de Jean-Baptiste Fressoz suggérant que l’État impose une diète à l’ensemble de la population, et nous prescrive quoi manger, comment et dans quelle proportion. Et qu’on ne vienne pas lui parler « d’écofascisme », puisque c’est au nom de la Terre qu’il faisait cette requête. Je suis tombé des nues en voyant cet article, et étonné que personne n’y réponde. Les futurs commissaires politiques du climat affûtent leurs armes.


— En France, on considère parfois Pascal Bruckner comme un réactionnaire, alors qu’il défend l’idée de progrès. Comment expliquer ce paradoxe ?

P. B. — Plus je vieillis, plus je crois au progrès ! Je dois ma survie à la médecine et à la science. Il y a 100 ans, je serais probablement mort. C’est le sujet de mon dernier livre Une brève éternité, empli de gratitude envers la modernité même s’il faut distinguer le progrès moral du progrès matériel. Je reste un moderne, mais un moderne prudent.

M. S. — Beaucoup sont incapables d’imaginer que l’optimisme ne soit pas du déni. Pour un catastrophiste, être optimiste à l’égard du futur veut dire nier le changement climatique, ce qui est faux. Ce qui me fait peur, et on l’a vu après le discours horrible de Greta Thunberg devant les Nations unies, c’est que c’est Poutine qui aujourd’hui explique que beaucoup de pays pauvres voudraient se développer. Qui sont les défenseurs de la modernité aujourd’hui ? Poutine et Xi Jinping. Les Chinois et les Russes défendent la modernité et les aspirations des pays en développement. J’ai passé du temps en Afrique, où l’on m’a dit « on préférerait que ce soient les Américains qui investissent dans notre pays, mais ce sont les Chinois ». Ce qui est préoccupant, c’est que la Russie et la Chine ne sont pas des démocraties, mais des États autoritaires. Je suis favorable à l’énergie nucléaire que développent ces pays, mais, en Chine, il semble que le gouvernement récolte les organes des opposants politiques, utilise les réseaux sociaux et la reconnaissance faciale pour créer le panoptique [une architecture carcérale qui permet aux surveillants de tout voir] que Foucault craignait tant ; et Poutine se comporte comme un dictateur. Le mariage entre une croyance dans le progrès et la démocratie libérale était peut-être un phénomène temporaire. Je pensais, naïvement, que la prospérité conduirait la Chine à se démocratiser. Quelle erreur ! Comment peut-on être optimistes quand les seuls qui croient au futur et au progrès sont des leaders de régimes autoritaires ? Il semble que l’Ouest soit bien fatigué.

P. B. — Le fait d’être l’un des premiers à avoir critiqué Greta Thunberg en parlant d’infantilisme climatique me vaut encore les insultes de toute la doxa médiatique. J’ai même entendu quelqu’un sur France Culture parler de vieux mâle blanc à la virilité défaillante. Je ne vois pas le rapport ! Soutenir Greta, ce serait donc afficher une virilité triomphante ? Je pensais faire une remarque de bon sens : dans le cas de Greta Thunberg, la messagère cache le message. C’est une création médiatico-familiale, qui accapare totalement l’attention, et on a l’impression que l’écologie a commencé il y a un an, alors qu’on en parle depuis quarante ans ! Quand on dit qu’elle est un phénomène mondial, c’est faux aussi ! Elle n’est pas connue au-delà des États-Unis, de l’Europe et de l’Australie. Ailleurs, on la regarde comme une jeune fille de la bourgeoisie suédoise légèrement indécente quand elle ose se plaindre d’un sort enviable pour des millions d’autres enfants. Si une petite fille des îles Fidji ou des Maldives s’inquiétait de la montée des eaux, on aurait approuvé, mais Greta Thunberg, c’est le phénomène de l’enfant vedette, hypernarcissique, courtisée par Arnold Schwarzenegger, Leonardo DiCaprio et toute l’industrie du spectacle. Ses solutions, décroissance et privation, sont sommaires. Je crains pour son avenir, car ce sera dur pour elle après tout cette attention médiatique.


—  Est-ce que vous deux n’êtes pas trop obsédés par Greta Thunberg ?

M. S. — Qui est obsédé ? Elle est partout ! Tout le monde veut parler d’elle. C’est tellement cynique. Les écologistes radicaux se servent de Greta Thunberg comme d’une arme et, quand quelqu’un la contredit, ils accusent les critiques d’attaquer une enfant. Al Gore était Moïse, et Greta Thunberg, c’est Jeanne d’Arc.

P. B. —  Jeanne d’Arc croisée avec Fifi Brindacier. Tous ces adultes qui la soutiennent sont frappés de jeunisme : ils veulent absolument monter dans le train de l’histoire, prêts à courtiser n’importe quelle cause pour se sentir dans le coup.

M. S. — Je trouve intéressant que Pascal, qui est un homme d’un certain âge [70 ans], écrive sur le sexe, l’amour, et se montre jeune dans sa vision du monde, alors que Greta est un esprit âgé dans le corps d’une jeune femme. C’est un peu tragique, tous ces jeunes qui décrivent leur propre mort. Il semble que la gauche avait deux impulsions. Les hippies, avec leur amour libre, évoquaient un peu Peter Pan. Aujourd’hui, la gauche radicale est constituée de jeunes qui se comportent comme des grenouilles de bénitier. La candidate qui va probablement prendre la tête des sondages est Elizabeth Warren, apocalyptique à propos du changement climatique, et antinucléaire, parce qu’évidemment il n’y aura pas d’apocalypse si on développe une énergie décarbonée. Et, sans apocalypse, comment moraliser et mobiliser ? À chaque fois qu’Elizabeth Warren parle, j’ai l’impression d’être sur le point d’être puni. Pascal, pourquoi est-ce que le dynamisme et la jeunesse sont incarnés par la Russie et la Chine, malheureusement dans des États illibéraux et autoritaires, alors que l’Occident est fatigué et déprimé ?

P. B. — L’Europe est affectée depuis longtemps d’un complexe de culpabilité dû à son passé colonial. Elle a occupé le monde pendant quatre siècles. Contrairement à l’Empire ottoman qui a occupé une partie du monde pendant six siècles, elle éprouve un remords profond pour l’esclavage et l’impérialisme. Cette mauvaise conscience est en train de gagner la gauche américaine. Les États-Unis s’européanisent dans le camp démocrate et tout d’un coup regardent le progrès, nos acquis sociaux et culturels comme étant des marques d’infamie. L’histoire ne va plus vers le mieux, elle va vers l’effondrement. C’est la métaphore du Titanic utilisée par tous les écologistes. Nous sommes sur le Titanic et l’iceberg est là quelque part dans la nature. Une partie de l’Occident veut mourir, je le répète depuis Le Sanglot de l’homme blanc. Cette pensée funeste ne peut qu’instiller le désespoir dans la jeunesse. Si j’avais 18 ans aujourd’hui et que j’écoutais Greta Thunberg et Extinction Rebellion, je me dirais que mes parents m’ont volé mon avenir. Et, par conséquent, je ne peux faire rien d’autre que brûler des voitures ou me retirer à la campagne en attendant la fin du monde. Mais Greta Thunberg ou ces militants ne sont que des perroquets reprenant des mots qu’on leur a instillés. Il y a une volupté narcissique à entendre nos enfants [ou ceux confiés à l’école] nous dire « vous avez détruit ce monde ». Comme le dit Michael, il faut effectivement retrouver le sens de l’histoire, aller dans les pays pauvres ou anciennement pauvres comme la Chine ou l’Inde, qui ont gardé l’espérance d’un lendemain meilleur.

M. S. — Nietzsche, dans sa Généalogie de la morale, se demande pourquoi des gens voudraient devenir ascètes et se priver de nourriture. Parce que ça vous fait vous sentir puissant, ça vous donne du pouvoir sur les autres, et le pouvoir nous donne du plaisir ! C’est, je crois, ce qui est en train de se passer aujourd’hui. C’est sain, quand vous êtes un adolescent, d’être rebelle sur une courte période. Mais toute la société semble être devenue adulescente, même les gens au pouvoir. L’espoir pour un meilleur avenir est à chercher du côté de pays comme le Rwanda [c’est une scie : le Rwanda est une dictature assez brutale (voir documentaire de la BBC interdit de diffusion à Kigali) qui trafique ses chiffres macro-économiques !].

—  La démocratie libérale serait-elle une parenthèse dans l’histoire ?

P. B. — L’esprit des peuples en Europe occidentale est fatigué et inquiet. C’est un autre débat que l’écologie, mais les citoyens ont le sentiment aujourd’hui, et c’est le sens des protestations souverainistes et des démocraties illibérales, que l’Europe n’a pas su les protéger de la mondialisation, de l’immigration, du terrorisme islamique, et que, par conséquent, il faudrait revenir à une forme nationale plus classique pour retrouver la maîtrise de son destin. L’une des sources de l’épuisement démocratique, c’est ce sentiment de dépossession. Nous ne sommes plus maîtres chez nous. Nous pouvons même dans certains quartiers devenir étrangers. Ça explique cette méfiance vis-à-vis de la démocratie libérale. C’est pour cela qu’on retrouve chez des gens une grande admiration pour les despotes comme Erdogan ou Poutine, vénérés parce qu’ils font ce qu’ils disent. Aux yeux des populistes, la démocratie se perd dans des procédures interminables du fait de l’État de droit, alors que les démocratures sont, elles, beaucoup plus directes. Tout cela explique pourquoi les vieilles démocraties que nous sommes souffrent d’une crise de conscience. L’aspiration démocratique n’est pas morte, mais elle est en crise. Des sociétés, à certains moments, n’acceptent plus la tutelle d’un régime autoritaire, comme on peut le voir à Hongkong. Il y a un aller-retour étonnant entre de vieux peuples favorisés qui veulent un tyran pour les rassurer et de jeunes populations qui souhaitent renverser la tyrannie pour goûter à la liberté.

M. S. — Du fait de l’arme nucléaire, les guerres entre États disparaissent. Les taux de mortalité sur les champs de bataille n’ont jamais été aussi bas. On se tue désormais sur les réseaux sociaux ou à travers les idées politiques (rires). Si la gauche revient au pouvoir aux États-Unis ou en Grande-Bretagne, Extinction Rebellion disparaîtra. Mais, si Trump est réélu, cette guerre culturelle se poursuivra. La gauche est bien devenue violente dans les années 1960 et 1970.

P. B. — Ce qu’on expérimente en France, ce sont des incivilités, des attaques brutales, des explosions de rage sans raison, contre la police ou les représentants de l’autorité. C’est plus un symbole d’anarchie. Ce qui nous menace n’est pas le fascisme, contrairement à ce que nous disent les esprits paresseux, mais la désagrégation du tissu social. L’écologie peut être un des ingrédients de cette colère et de ces frustrations.

M. S. — Il me semble que des mouvements comme Extinction Rebellion veulent plus de chaos, là où vos Gilets jaunes sont en demande de plus d’ordre. Sont-ils la nouvelle gauche et la nouvelle droite ?

P. B. — Les Gilets jaunes sont une fraction de la moyenne bourgeoisie inférieure délaissée, vivant dans les périphéries des villes, et qui a protesté en raison de la hausse du carburant. Une taxe écologique a mis le feu aux poudres. Leur idée de génie a été de se revêtir de ce gilet jaune, qui est la tenue des travailleurs sur la route ou des ouvriers du bâtiment. Et c’est une rancœur contre les grandes villes, Paris, Lyon, Bordeaux... Même s’ils étaient peu nombreux, le mouvement s’est propagé rapidement et sa violence a été instantanée. Les Gilets jaunes ont été accueillis par la droite parce qu’ils étaient blancs, mais en fait ils ont adopté les tactiques de guérilla des banlieues en allant dans le cœur des grandes métropoles, comme Paris, dont ils ont voulu détruire les symboles : souiller l’Arc de Triomphe, brûler l’Élysée, décapiter Macron... Même s’ils [le mouvement était protéiforme et a été récupéré par la gauche, voire l’extrême gauche] se sont alliés depuis aux blacks blocs, des casseurs en chemise noire, assez proches des faisceaux mussoliniens des années 1930, les Gilets jaunes étaient au départ des anars aux cheveux blancs. Des retraités qui ont retrouvé une solidarité autour des ronds-points qui, Michael ne peut pas le savoir, sont une spécialité française (rires). Pour reprendre une expression proverbiale, les Gilets jaunes s’occupaient de la fin du mois, Extinction Rebellion de la fin du monde. Les Gilets jaunes sont proches du phénomène du Brexit ou de l’électorat de Trump : c’est la classe ouvrière blanche qui se sent abandonnée et déteste Macron, trop brillant [bof !, il a raté deux fois Normale Sup »], trop éduqué, beau parleur, cosmopolite et issu des milieux de la banque. Ils adressent un avertissement solennel aux classes supérieures qu’on aurait tort de ne pas écouter. Les écologistes devraient y réfléchir à deux fois avant de vouloir serrer la vis aux gens du peuple qui ont déjà peu de choses. Les collapsologues souhaitent casser notre niveau de vie, nous faire accepter l’idée d’une sobriété heureuse. Ce qui fait penser que l’écologie radicale n’est compatible qu’avec un régime autoritaire.

M. S. —  C’est une nouvelle guerre de classes. D’un côté, il y a les électeurs de Trump, les pro-Brexit et les Gilets jaunes ; de l’autre, Extinction Rebellion, [Radio-Canada, les médias de grands chemins] les démocrates américains et les écologistes. Macron est une exception, dans le sens où il essaye de défendre le centre dans une époque de plus en plus clivée. Aux États-Unis, Trump a maintenu sa base électorale, Boris Johnson semble réussir le Brexit, mais, en France, Marine Le Pen ne semble toujours pas pouvoir gagner...

P. B. — Macron a recréé à l’intérieur de La République en marche la gauche et la droite, parce que ces deux courants s’affrontent régulièrement au sein de son parti. Certains diront que c’est un jongleur, d’autres une girouette. J’ai voté pour lui et je revoterai pour lui, parce qu’il nous a prémunis de deux dangers majeurs, l’incompétente de l’extrême droite et le fada de l’extrême gauche. On l’a échappé belle, mais pour combien de temps ? Le principal problème de Macron est le régalien. C’est un séducteur, pas un chef d’État. S’il n’a pas une action ferme sur la sécurité, le terrorisme et l’islam politique, si la France continue à être balayée par des grèves à répétition, des attentats, des manifestations violentes, il risque d’être balayé en 2022. Marine Le Pen, Dieu merci, n’a pas le logiciel politique pour diriger un pays comme la France. Sans parler de Jean-Luc Mélenchon, qui, lui, est discrédité et vit sous la dictature de ses humeurs. C’est ce qui nous a sauvés. Mais s’il y avait un Donald Trump en France, c’est-à-dire un individu, homme ou femme, qui brave les tabous et propose une autre voie, Macron perdrait, c’est certain.

M. S. — Vu qu’Angela Merkel est déclinante et que Boris Johnson est en train d’organiser le départ de son pays de l’Union européenne, la France devient le chef de fil de l’Europe. Vous voyez d’ailleurs Macron s’opposer à Trump, tout en dénonçant les positions de Greta Thunberg, deux figures radicales. Macron est un espoir pour un pouvoir libéral et modéré en cette période d’extrémisme.

P. B. — Macron est une chance qui ne sera peut-être jamais déployée. Au moment où Trump se retire de Syrie, où l’Amérique abandonne tous ses alliés, plus aucun peuple ne peut désormais compter sur la promesse américaine, contrairement à ce qui s’est passé avant. Il n’y a plus que la France à porter ce rêve libéral et démocratique du monde occidental. Et c’est le dernier pays dans l’Union européenne, après le départ britannique, qui a une armée. Évidemment, nous sommes des nains comparés aux États-Unis. Mais Macron a-t-il la carrure, le charisme et la persuasion pour entraîner les Européens avec lui ? Pour l’instant, il n’est pas aimé en Europe, comme l’a rappelé l’affaire Sylvie Goulard. J’adorerais que la France reprenne son rang, mais je n’en suis pas certain. Pour cela, il faut déjà qu’on remette de l’ordre chez nous, que les trains recirculent normalement, que des hordes de voyous ne viennent pas chaque semaine terroriser les centres-ville et briser le mobilier urbain. La grande politique commence dans les petits détails.

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dimanche 8 décembre 2019

L’égalité des chances d’une inégale éducation

Jean-Philippe Delsol publie « Éloge de l’inégalité » aux éditions Manitoba. L’auteur s’insurge contre la doxa contemporaine qui voudrait que l’égalité soit la mesure de toute chose. Extraits. Jean-Philippe Delsol est avocat fiscaliste et président de l’Iref (Institut de recherches économiques et sociales).

L’éducation est paradoxalement le domaine où il peut régner la plus grande égalité parce qu’elle est l’objet de la plus grande inégalité par nature. L’éducation est en effet le lieu même où ceux qui savent apprennent à ceux qui ne savent pas encore. Par définition, elle enseigne ce que les générations passées ont déjà appris pour éviter que le petit d’homme ait à redécouvrir tout ce que les civilisations antérieures ont déjà découvert et le progrès que cela leur a permis. Elle apprend aussi, et c’est essentiel, à porter un regard critique pour pouvoir aller plus loin. Mais pour disposer de cet esprit interrogateur et constructif encore faut-il connaître l’état du savoir porté par les générations antérieures. Il s’agit donc d’une relation nécessairement inégale dans laquelle l’autorité enseigne les acquis en même temps qu’elle ouvre à leur questionnement. C’est le rôle en effet de la bonne tradition de délivrer « tout prêt » ce que des siècles ont permis d’accumuler de bon pour les hommes, ce qui a réussi dans le passé pour le porter plus loin. Sinon, il faudrait que chaque génération recommence sans fi n et nous en serions encore à l’âge de pierre.

Mais encore faut-il recevoir et acquérir cet enseignement. Sans l’éducation, les enfants recueillis par des animaux à la naissance ou peu après, comme plus simplement ceux que des parents laissent végéter dans la solitude d’un placard, comme cela arrive malheureusement encore quelquefois, demeurent sauvages et souvent restent attardés toute leur vie s’ils ne bénéficient pas d’un retour précoce à la civilisation et à l’apprentissage de leur monde. Les enfants d’homme, à l’inverse de ceux des animaux, naissent avec une capacité d’apprentissage, mais peu d’acquis. Ainsi, parce que cette transmission est donc si nécessaire à l’homme, parce qu’elle est constitutive de son devenir, les parents doivent bien entendu en avoir, les premiers, le souci, mais la collectivité doit sans doute légitimement veiller à ce que tous les enfants bénéficient de cette instruction et faire en sorte que chacun puisse recevoir celle qui lui est la plus adaptée de telle façon que la communauté des hommes appelés à vivre ensemble soit assurée que chacun peut faire prospérer ses propres talents et qu’aucun ne perde cette chance sauf à la rejeter lui-même. L’État n’a pas pour autant particulièrement vocation et n’a aucune obligation à prendre en charge lui-même l’enseignement, mais seulement le devoir de s’assurer que tous peuvent y accéder.

La réalité est que le monopole de l’instruction, qui a peut-être eu quelques mérites au temps des hussards noirs de la République, a désormais démontré son incapacité à délivrer les bases du savoir à tous et à promouvoir les élèves les plus prometteurs. Cette difficulté qu’a rencontrée l’école publique à remplir sa mission tient au fait qu’elle a voulu garantir l’égalité de niveau de tous les enfants et que, ce faisant, elle a dû les abaisser tous à l’étiage des plus médiocres à défaut de pouvoir relever celui de ces derniers. Mais plus fondamentalement, cette attitude a découlé naturellement de la centralisation du système scolaire joint à la volonté d’imposer plus que l’égalité des chances, une égalité sans retenue ni discernement, sans considération des différences et des attentes de chacun. L’échec de l’école tient souvent à la formation même des maîtres auxquels certains apprennent désormais à ne plus enseigner pour ne pas rompre le rapport naturel d’égalité avec leurs élèves.

La liberté scolaire viendrait rétablir une saine compétition entre les établissements scolaires pour faire ressortir les méthodes qui marchent et celles qui échouent et permettre aux parents de choisir entre eux. Elle répondrait mieux aux besoins des enfants autant que des parents.

Car au-delà de l’instruction proprement dite, le but de l’école est d’apprendre aux enfants à être autonomes. Une autonomie nécessaire pour permettre à chacun d’eux, selon le mot de Pindare, de devenir ce qu’ils sont, de s’ouvrir à une culture d’interrogation sur la profondeur de leur ignorance, de gérer l’incertitude et le questionnement permanents de l’existence, d’accepter des réponses possibles là où nous aimerions tant des réponses certaines, de transcender le tragique que traverse toute vie d’homme. Et cette autonomie, c’est-à-dire l’exercice de sa liberté par l’enfant, ne peut pas être bien enseignée par des écoles et des professeurs qui ne sont pas maîtres de leurs enseignements, qui ne sont pas eux-mêmes autonomes.

C’est à ce titre que la liberté scolaire est nécessaire presque de manière anthropologique, parce que des enseignants qui n’ont pas la liberté du contenu de leur enseignement et de leurs méthodes d’enseignement ne sont pas préparés, ne sont pas construits pour enseigner l’art de la liberté et de son exercice. Il est difficile d’apprendre aux autres ce que l’on ne vit pas. Celui qui est coulé dans le moule uniforme d’un système de masse a forcément de la peine à penser et à accepter tout à la fois la singularité et la diversité, à les valoriser, à les prendre en compte, à apprendre à progresser avec l’inquiétude congénitale de l’homme sur lui-même et à en tirer parti. L’école d’État ne vit que de ses certitudes, de ses méthodes et ses programmes imposés, trop souvent enfermée dans son carcan idéologique qui l’empêche de guider les élèves dans un monde ouvert.

En matière d’éducation, l’État n’a pourtant ni obligation ni même vocation naturelle à construire des écoles et embaucher des enseignants, mais seulement de s’assurer que tous les enfants reçoivent une instruction correcte et de favoriser leur éducation. À cet égard, la liberté scolaire peut prendre des formes diverses, au travers du bon scolaire remis à chaque famille pour payer l’école de leur choix pour leurs enfants (comme en Suède par exemple [malheureusement le programme étatique y est imposé à ces écoles]) ou par un subventionnement objectif des écoles indépendantes (comme avec les écoles libres ou les Académies en Angleterre, ou les écoles à charte aux États-Unis, ou encore comme aux Pays-Bas). Peu importe du moment qu’elle existe. Partout les résultats sont là aussi pour démontrer que, globalement, les enfants sont les bénéficiciaires de la liberté scolaire. Simplement parce qu’elle répond à leur besoin naturel, parce que des écoles autonomes enseignent mieux l’autonomie, que des écoles libres forment mieux à la liberté.

Selon une étude de l’OCDE/PISA du 11 juin 2018, les pays où les populations désavantagées bénéficient d’enseignants de qualité sont globalement ceux où les écoles ont une plus grande autonomie d’embauche, voire de licenciement, des professeurs. L’autonomie des écoles, note cette étude, favorise tout à la fois l’adaptation des rémunérations en fonction de la performance, et peut-être plus encore des organisations plus flexibles et plus attentives aux besoins des élèves et aux préoccupations des enseignants : conditions de travail, formation permanente, évaluation régulière, participation au projet de l’école…

Certes, quand les écoles sont autonomes, voire indépendantes, l’État doit conserver un certain contrôle de la qualité et de la sécurité de ces établissements comme il doit veiller à empêcher toute dérive sectaire [note du carnet : mais cette concession à l’État permet aussi de s’opposer à des écoles religieuses peu à la mode, voir les mennonites au Québec, il suffit que quelques médias et une ancienne ministre déforment la vérité pour que ces « sectes » perdent toute crédibilité]. Mais ainsi, l’égalité en droit de tous les parents est respectée dans le choix de l’éducation de leurs enfants en même temps que ceux-ci disposent d’une égalité de chances préférable à celle que leur offre aujourd’hui en France la sectorisation scolaire qui fait obligation aux enfants d’aller dans des collèges ou lycées affectés selon leur résidence.


ÉLOGE DE L’INÉGALITÉ
de Jean-Philippe Delsol,
aux éditions Manitoba,
206 pp.,
19,50 €.

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Éloge de l’inégalité : un livre qui commence bien puis tombe dans les clichés [économiques] des années 80