dimanche 10 novembre 2019

Chine — Instruction à domicile en pleine croissance et pourtant mal vue par les autorités

En Occident, l’enseignement à domicile, autrefois considéré comme excentrique, a crû en popularité ces dernières décennies. En Chine, les fonctionnaires sont méfiants. Ils disent que l'école joue un rôle vital pour faire des enfants des « bâtisseurs du socialisme ». Mais de plus en plus de parents chinois se rebellent.


Une autorisation officielle est requise en Chine pour la scolarisation à domicile pendant les neuf années de la scolarité obligatoire, qui s’étend généralement de six à quinze ans. Elle est accordée uniquement dans de rares circonstances, par exemple lorsqu’un enfant souffre d’un problème de santé auquel l’école ne peut faire face.

L’enseignement à domicile reste très controversé. En 2017, pour la première fois, le ministère de l’Éducation a ouvertement attaqué cette pratique, la qualifiant de « très défavorable au développement de l’enfant tout au long de sa vie ». Il a rappelé aux parents que l’enseignement à domicile sans autorisation était interdit. En mars, le ministère a menacé les parents de « poursuites judiciaires » sans précisions s’ils ne se conformaient pas à la loi.

Ces menaces ne découragent pas certains parents. En 2017, un groupe de réflexion basé à Pékin a estimé qu’environ 56 000 enfants étaient scolarisés à la maison ou sur le point d’être retirés de l’école à cette fin. Le nombre avait presque triplé depuis 2013. De nombreux parents qui instruisent à domicile disent que ce nombre est bien supérieur. Une de ces personnes à Pékin estime qu’il pourrait y avoir « des centaines de milliers » de familles comme la sienne. Certains partagent leurs expériences d’instruction à domicile sur des groupes de discussion qui ont vu le jour au cours des dernières années sur WeChat, une application de messagerie. La plupart n’ont pas la permission faire l’école à la maison. Ils ne se donnent même pas la peine de demander l’autorisation, considérant que la réponse sera d’office non. Selon Wang Jiajia de l’Université du Jiangsu (Kiang-sou), malgré les avertissements du gouvernement, l’éducation à domicile a continué de croître au cours des deux dernières années, bien que plus lentement.

Les parents courent le risque pour plusieurs raisons. Dans les enquêtes de M. Wang, la raison plus commune est de loin le refus de « l’idéologie » et des « méthodes d’enseignement » des écoles publiques. Une autre est le mépris de la « culture scolaire », comme l’adulation des élèves bûcheurs qui potassent jour et nuit. Quelques-uns préfèrent l’enseignement à domicile pour des raisons religieuses. L’école en Chine fait, en effet, la promotion de l’athéisme.

La plupart des parents éducateurs à la maison sont urbains et bien éduqués. Ils sont généralement parvenus à maturité au cours des années relativement libérales dans la seconde moitié des années 1990. L’enseignement à domicile en Amérique était illégal dans 30 États jusqu’aux années 1980. Aujourd’hui près de 3 % des enfants d’âge scolaire en Amérique sont scolarisés de cette façon.

L’exemple américain est la source d’inspiration de certains parents chinois. Même si des centaines de milliers d’enfants en Chine étaient scolarisés à la maison, cela représenterait moins de 1 % du nombre total d’enfants chinois âgés de six à quinze ans.

L’enseignement à domicile en Chine prend deux formes principales. La première concerne l’un des parents, généralement le père, qui quitte son travail ou travaille à temps partiel pour enseigner à sa progéniture. Su Nan, un adolescent de 17 ans de la province centrale du Shaanxi (Chensi), a quitté l’école à l’âge de dix ans. Son père, un conférencier, est devenu son enseignant à temps plein. Mais maintenant que Nan (ce n’est pas son vrai nom) est plus âgé, son père a repris son ancien travail. Nan définit son propre horaire, une combinaison d’études indépendantes, de cours en ligne et de travail bénévole. Les parents qui souhaitent que leurs enfants aillent à l’université en Chine doivent s’assurer qu’ils apprennent l’idéologie du parti. La connaissance de cette idéologie est essentielle pour réussir l’examen d’entrée. Mais Nan, comme de nombreux enfants scolarisés à la maison en Chine, vise une université en Occident.

La seconde forme, moins courante, est l’« instruction à domicile collective », telle que celle que dirige maintenant M. Yuan à Xiamen (Hiamuen). L’enseignant de ces collectifs facture souvent des frais — dans le cas de M. Yuan, environ 50 000 yuans (9300 dollars canadiens, 6300 euros) par an et par élève.

Alors comment se fait-il que les parents s’en tirent ? Il se peut que le gouvernement, tout en essayant de décourager cette pratique, ne la considère pas encore comme assez commune pour constituer une menace sérieuse à son emprise politique. Certains fonctionnaires peuvent même sympathiser avec les élèves instruits à domicile. Avant que le ministère de l’Éducation n’émette ses avertissements en 2017, les médias publics ont annoncé avec une pointe d’approbation l’augmentation du nombre d’enfants éduqués à domicile, suggérant que cela pourrait contribuer à réduire le stress des enfants.

Il est également possible que les autorités, pour le moment, aient davantage l’intention de freiner la fausse instruction à domicile dont se rendent coupables les parents qui prétendent instruire leurs enfants à la maison alors qu’ils envoient illégalement leurs enfants sur le marché du travail. Des preuves anecdotiques étayent cette hypothèse. Un parent à Shanghai (Changhaï) dont la fille préadolescente est scolarisée à la maison dit avoir reçu un appel-surprise il y a quelques mois de la part du Ministère de l’Éducation local. Le fonctionnaire a demandé au parent dans quelle école son enfant avait été inscrit. Elle a dit la vérité et n’a pas été recontactée depuis. Selon elle, plusieurs autres familles scolarisées à la maison à Shanghai (Changhaï) ont vécu la même expérience ; ce qui suggère que les responsables ferment les yeux (l’écriteau à la porte de M. Yuan indique qu’il s’attend à ce qu’ils le fassent). Wang Dong, avocat dans la ville de Kunming, dans le sud du pays, spécialisé dans le domaine de l’éducation, n’a encore entendu parler d’aucun parent poursuivi pour avoir instruit ses enfants à la maison.

Mais, alors que la Chine se crispe idéologiquement, certains parents demeurent nerveux. En juillet, le ministère de l’Éducation a exhorté les écoles à intensifier leurs efforts pour inculquer les vertus d’« amour patriotique » et de « fidélité au parti ». En août, les médias d’État ont rappelé les propos du dirigeant chinois, Xi Jinping, selon lesquels l’école doit veiller à ce que « les semences des valeurs socialistes fondamentales prennent racine et se développent » dans le cœur des enfants. Les fonctionnaires se demandent peut-être si les parents qui instruisent à domicile se plient à ces demandes idéologiques. Xu Xuejin, le fondateur d’un club en ligne pour de telles personnes, ne prend pas de risque. Il a récemment supprimé son site Web pour protéger l’identité de ses membres.

Source : The Economist

Vatican II, « déclencheur » de l'effondrement de la pratique catholique ? (M-à-j vidéos)

Présentation de l’ouvrage de Guillaume Cuchet (2018) donnée par l’historien Jean-Claude Dupuis à l’occasion d’un colloque tenu le 26 octobre 2019 à Québec.



Voir aussi

Religion — baisse de la fréquentation de la messe sous le pape François, stabilité chez les protestants (2018)

Vatican II, l’éducation et la Révolution tranquille vus par Radio-Canada « Le christianisme le plus dynamique aujourd’hui n’est pas le christianisme libéral tant chez les protestants que chez les catholiques. On avait gagé sur un avenir pour le christianisme libéral, de facto, aujourd’hui c’est une option qui n’a pas gagné. C’est le moins qu’on puisse dire. » Pour finir ce reportage à sens unique, la parole est donnée brièvement et solennellement à Mgr Charbonneau qui « regrette ce qui nous arrive. »

L’Église anglicane au Québec se meurt, elle soutient fortement le cours ECR


Selon Jean-Jean-Paul Willaime, sociologue titulaire depuis 1992 de la chaire « Histoire et sociologie des protestantismes », « les églises les plus libérales ne touchent pas les dividendes sociaux de leur adaptation à la modernité », elles perdent en fait des membres alors que les églises plus conservatrices ou évangéliques, plus orthodoxes, en gagnent.



Billet originel du 18 avril 2018

Dans un livre nourri de statistiques impressionnantes, Guillaume Cuchet (ci-contre) a fait une analyse minutieuse de l’effondrement du catholicisme en France.

Le recul du catholicisme en France et au Québec depuis les années 1960 est un des faits les plus marquants et pourtant les moins expliqués de notre histoire contemporaine. S’il reste la première religion des Français, le changement est spectaculaire : au milieu des années 1960, 94 % de la génération en France étaient baptisés et 25 % allaient à la messe tous les dimanches ; de nos jours, la pratique dominicale tourne autour de 2 % et les baptisés avant l’âge de 7 ans ne sont plus que 30 %. Comment a-t-on pu en arriver là ? De quand date la rupture ? Quelles en ont été les causes ? Ces questions hantent le monde catholique qui se retrouve perdu dans ses vêtements d’hier devenus trop amples et dont les différentes composantes ont eu tendance par le passé à s’accuser mutuellement d’avoir provoqué la « catastrophe ». Il est vrai que l’événement résiste à l’analyse.

Au seuil des années 1960 encore, le chanoine Boulard, qui était dans l’Église française le grand spécialiste de ces questions, avait conclu à la stabilité globale des taux dans la longue durée, même s’il notait une pente légèrement déclinante qui préservait a priori de toute mauvaise surprise. Or, au moment même où prévalaient ces conclusions rassurantes et où s’achevait cette vaste entreprise de modernisation de la religion que fut le concile Vatican II (1962-1965), il a commencé à voir remonter des diocèses, avec une insistance croissante, la rumeur inquiétante du plongeon des courbes.

Normalien, professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris-Est-Créteil, spécialiste d’anthropologie religieuse, Guillaume Cuchet a repris cette question en se fondant sur l’étonnante richesse des statistiques dont nous disposons.

Guillaume Cuchet a repris l’ensemble du dossier : il propose l’une des premières analyses de sociologie historique approfondie de cette grande rupture religieuse, identifie le rôle déclencheur de Vatican II dans ces évolutions et les situe dans le temps long de la déchristianisation et dans le contexte des évolutions démographiques, sociales et culturelles des décennies d’après-guerre.

Selon le normalien Cuchet, le concile de Vatican II a joué en France un rôle déclencheur dans le décrochage massif de la pratique et l’éloignement progressif des fidèles catholiques depuis le milieu des années 1960. C’est l’une des conclusions de cet essai.

Analysant avec rigueur les causes du retournement de ce qui avait été presque unanimement salué comme un « printemps de la foi », Guillaumet Cuchet pointe la révolution qui a fait renoncer l’Église à centrer sa prédication sur les fins dernières (le but de la vie, la mort, la résurrection, le salut) pour l’axer sur la tolérance, l’œcuménisme, et la liberté religieuse comme autant de signes de sa réconciliation avec la modernité. Mais en cessant de se présenter comme l’arche qui permet de conduire les âmes au Salut éternel, en se redéfinissant comme une communion chargée d’annoncer au monde la Miséricorde de Dieu et le Salut pour tous, elle sapait à la fois les notions de Péché, de Jugement, de Purgatoire et d’Enfer. [Voir les manuels d’ECR où ces notions sont absentes [PDF], à dessein selon le Bureau d’approbation du matériel didactique.]

À terme, cette attitude sapait l’idée même que l’Église puisse définir des dogmes devant lesquels s’incline la raison de chacun, puisse imposer des obligations morales qui entravent la liberté de comportement (la « licence »). Quelle valeur pouvait, dès lors, conserver ses enseignements et sa prétention à guider les consciences si chaque homme était invité à prendre pour guide sa propre conscience ? Pourquoi continuer à observer des commandements si le Salut éternel était assuré quoi qu’il en soit à tous les hommes ?



Guillaume Cuchet pour son livre « Comment notre monde a cessé d’être chrétien. Anatomie d’un effondrement » (Seuil) et Christophe Dickès pour son livre « Le Vatican. Vérités et légendes » (Perrin)


Extraits d’un entretien dans le Figaro

Le Figaro. — Vous dites que Vatican II a été le « déclencheur » de l’effondrement de la pratique. Pourquoi ?

Guillaume Cuchet. — Je suis reparti des constats faits à l’époque par le chanoine Boulard qui était le grand spécialiste de ces questions dans l’Église. Les courbes plongent brutalement autour de 1965, l’Église perdant du quart au tiers des pratiquants du début des années 1960 (des jeunes surtout) en deux ans. Il faut bien qu’il y ait eu un événement derrière une telle rupture et on ne voit pas bien quel autre que le concile pourrait avoir joué ce rôle-là. Mai 1968 a amplifié une vague qu’il n’a pas créée. On a eu longtemps du mal à en convenir dans l’Église parce qu’on avait peur, ce faisant, d’apporter de l’eau au moulin des adversaires du concile qui ont depuis longtemps planté leur drapeau noir sur cette fâcheuse « coïncidence ». Ma thèse est que le concile a non pas provoqué la rupture au sens où elle aurait pu ne pas avoir lieu sans lui, puisqu’elle a eu lieu dans les pays protestants et qu’elle procède de causes socioculturelles plus larges, mais qu’il l’a déclenchée tout en lui donnant une intensité particulière.

Toute la question — mais combien complexe — est de savoir ce qui dans le concile (dans ses textes, leur interprétation, la manière dont ils ont été appliqués, ses effets indirects) a pu jouer un tel rôle. La réforme liturgique, adoptée dès décembre 1963, a un peu obsédé la discussion. Elle a masqué à mon avis un changement plus décisif intervenu dans le sens même de la pratique : la sortie brutale de la culture de la pratique obligatoire sous peine de péché grave longtemps très insistante en catholicisme.

Le Figaro. — Dans la « carte Boulard » présentant une photographie de la France chrétienne, avant l’effondrement, on voit des disparités géographiques très importantes. À quoi sont-elles dues ?

Guillaume Cuchet. — La première édition de la Carte religieuse de la France rurale date de 1947. C’est un des documents les plus fascinants de l’histoire de France. Elle montre à la fois l’ampleur des contrastes religieux régionaux (sans équivalent ailleurs en Europe) et une géographie d’ensemble de la France chrétienne très singulière. Un même dimanche des années 1950, la pratique pouvait varier de 100 % dans un bourg du nord de la Vendée à 0 % dans le Limousin. En quelques kilomètres on pouvait changer de monde religieux.



Annette Wieviorka (aux questions intéressantses mais à la diction saccadée) 
reçoit Guillaume Cuchet sur RCJ

La France chrétienne recouvrait tout l’Ouest, le Nord, l’Est lorrain, alsacien, vosgien, le Jura, le Nord des Alpes, tout le rebord Sud-Est du Massif central (de la Haute-Loire au Tarn ou à l’Aveyron), le Pays basque et le Béarn. Inversement, une « diagonale du vide » courait des Ardennes au Sud-Ouest en passant par tout le Bassin parisien et l’Ouest du Massif central, avec des prolongements dans la vallée du Rhône, le Languedoc, la Provence. Cette carte est née pendant la Révolution française. Les pays qui ont accepté la politique religieuse de la Révolution sont généralement devenus les « mauvais » pays religieux des XIXe et XXe siècles, et vice versa.

Le Figaro. — Cette carte est-elle toujours d’actualité ?

Guillaume Cuchet. — Elle n’a pas totalement disparu, mais elle n’existe plus vraiment comme carte de la pratique et des croyances, plutôt comme carte culturelle et anthropologique. Par exemple dans la carte des dons du sang en France, ce qui n’est pas tout à fait anodin symboliquement.

Le Figaro. — Tout un discours dans l’Église au moment de ce tournant a été de dire que la qualité finirait par l’emporter sur la quantité, et que c’en était fini d’un christianisme « sociologique ». Quels ont été les effets de ce discours ?

Guillaume Cuchet. — On doit cette expression de catholicisme « sociologique » à Gabriel Le Bras, qui a fondé la sociologie religieuse dans les années 1930. Le fait que le catholicisme, censé procéder de convictions intimes, avait une sociologie et une géographie particulières stables dans la longue durée, montrait l’importance des facteurs collectifs dans le maintien ou la perte de la foi. Le Bras n’était pas très optimiste sur la teneur en christianisme « réel » du catholicisme de nombre de ses contemporains. Le décrochage des courbes dans les années 1960 a souvent été interprété comme le résultat d’une sorte d’opération-vérité terme de laquelle ne seraient plus restés dans l’Église que les fidèles vraiment convaincus. Vérité historique ou philosophie de la misère ?

C’est bien difficile à dire, mais l’historien note qu’en France, depuis les lendemains de la Révolution, chaque génération de catholiques a eu plus ou moins le sentiment d’être la première à avoir une foi vraiment personnelle ! En réalité, c’est le concept même de religion « sociologique » qui est problématique. Les catholiques d’aujourd’hui, qu’on ne soupçonnera pas de l’être par pur conformisme social, ne sont-ils pas eux aussi pour la plupart les enfants d’une certaine « sociologie », s’il faut entendre par là les efforts accomplis par leurs parents pour leur transmettre la foi ?






Comment notre monde a cessé d’être chrétien
de Guillaume Cuchet
paru au Seuil
à Paris
le 1er février 2018
288 pages
ISBN-10 : 2 021 021 297
ISBN-13 : 978-2021021295





Un diplôme universitaire en lettres et sciences humaines en vaut-il encore la peine ?

Le Wall Street Journal s’interroge : Un diplôme universitaire en lettres et sciences humaines en vaut-il encore la peine ?

Les employeurs avaient l’habitude de pouvoir compter sur les compétences acquises lors d’une éducation en ce qu’on nommait les humanités. Éducation, au passage, qui s’acquérait encore il y a quelques décennies dès l’école secondaire, dans les collèges classiques, par la fréquentation et l’imitation des grands classiques français, latins ou grecs.

Aujourd’hui, ces classiques ne sont plus enseignés au secondaire au Québec, on préfère des auteurs plus modernes, plus progressistes, plus faciles. Cette semaine encore, on apprenait que les cours d’anglais de 11e année du secondaire dans le comté d’Essex, en Ontario, n’enseigneront plus Orwell, ni Shakespeare, ni d’autres classiques bien connus, ils seront mis de côté en faveur d’un cours entièrement consacré à la littérature autochtone amérindienne.

De nombreux parents américains se saignent à blanc de nos jours pour payer des études universitaires à leur progéniture, espérant que celles-ci leur donneront une culture générale en lettres ou en sciences humaines.

Or, une étude récemment publiée sur Bankrate révélait que les diplômes en lettres (« English Majors ») de 162 universités collèges se classaient en bas de l’échelle établie selon le revenu médian et le taux de chômage de leurs diplômés. Avec un revenu médian de 47 800 $, ces diplômés en anglais gagnaient plus que ceux en théâtre (35 500 dollars) ou en beaux-arts (37 000 dollars), mais ils gagnaient moins de la moitié d’un diplômé en génie électrique (99 000 $).

En juin, un sondage Payscale mené auprès de 250 000 diplômés universitaires a révélé que 1 étudiant sur 5 possédant un diplôme en sciences humaines déclarait que leur plus grand regret, après leur emprunt universitaire à rembourser, était le diplôme qu’il avait choisi. Un article de MarketWatch en 2017 était franc : « la licence en anglais est la plus regrettée en Amérique ».

Les universités prétendent être un moyen de gravir l’échelle sociale. Mais elles ne fournissent pas les données nécessaires aux parents et aux étudiants pour comparer les coûts associés à des études universitaires aux gains potentiels associés à ce diplôme. Les étudiants en sciences humaines sont encore plus mal placés, car la baisse de niveau de ces programmes a dévalorisé des licences comme celles en anglais ou en histoire.

L’économiste Richard Vedder, auteur de « Renouveler la promesse : l’enseignement supérieur en Amérique » suggère depuis de nombreuses années que les universités devraient fournir aux étudiants davantage de données semblables à ces enquêtes. Ce dont les étudiants ont besoin, cependant, ce ne sont pas des moyennes de revenu, mais bien la valeur de tels diplômes précis remis par telle université précise.

« Lorsque vous dépensez 100 000 $ ou plus pour quelque chose, vous avez le droit de connaître la valeur probable de ce que vous obtiendrez », déclare M. Vedder.

Personne n’est surpris d’apprendre que les diplômés en STIM (sciences, technologie, ingénierie, mathématiques) gagnent plus que les diplômés en lettres. Après  tout, l’éducation libérale n’a jamais eu comme but de garantir une carrière bien rémunérée. Malgré cela, Jonathan Pidluzny, directeur des affaires universitaires au Conseil américain des administrateurs et des anciens élèves (ACTA), note que les employeurs accordent néanmoins un prix à une personne qui fait montre d’esprit critique, de compétences en communication et en raisonnement, fruits traditionnellement associés à une formation en lettres ou en sciences humaines.

Jonathan Pidluzny a déclaré à Campus Reform : « Une licence en anglais était autrefois garante de compétences en rédaction de textes et de la capacité de comprendre des pensées complexes par la fréquentation de textes classiques ». Mais « les facultés ne peuvent en vouloir qu’à elles-mêmes pour avoir miné leur réputation en remplaçant le canon classique par des épiphénomènes de la culture populaire et du communautarisme identitaire », comme l’enseignement de la littérature amérindienne ou lesbienne.

En d’autres termes, ce que les facultés proposent aujourd’hui n’est plus le diplôme d’anglais d’antan. Une étude de l’ACTA indique que 48 des 52 meilleures écoles (classées par le US News and World Report) permettent aux licenciés en anglais d’obtenir leur diplôme sans avoir suivi de cours sur Shakespeare. D’autres études ont indiqué que la pensée critique du diplômé moyen, même celui des principales universités prestigieuses, ne s’améliore que de façon minimale voire nulle, malgré ses années passées à l’université.

Mais la licence en anglais si souvent décriée n’est qu’un symptôme ce qui cloche avec l’université aujourd’hui. Ce n’est pas que les diplômes scientifiques et techniques (STIM) soient les seuls qui en vaillent la peine. Il s’agit plutôt du fait que les sciences humaines ont été touchées de manière disproportionnée par le correctivisme politique et par l’influence néfaste de Herbert Marcuse, père de la « tolérance répressive » si répandue sur les campus.


Dans une conversation téléphonique, M. Pidluzny soutient qu’un diplôme en sciences humaines fondé sur un programme de base rigoureux s’avère encore précieux. Le mot clé est la rigueur. Le sondage Road-Gallup de 2018 indique que les diplômés qui sont « fortement d’accord » avec le fait qu’ils ont dû fournir d’importants efforts à l’université sont 2,4 fois plus susceptibles de dire que leur diplôme en valait la peine.

Alors, pourquoi les sciences ont-elles préservé leur intégrité alors que les sciences humaines n’y sont pas parvenues ? M. Pidluzny pense que c’est parce que l’impact d’un diplôme scientifique ou technique nivelé par le bas est plus évident et plus immédiat.

« L’université ne peut se permettre de ne pas enseigner le calcul intégral et différentiel en ingénierie, car nous verrions des ponts s’effondrer aux quatre coins du pays », ajoute-t-il.

« Mais pour un diplômé en anglais qui étudie Harry Potter plutôt que Chaucer ou qui consacre son temps à la théorie du genre plutôt qu’à la lecture d’œuvres littéraires de qualité, les coûts ne sont pas aussi évidents et immédiats, jusqu’à ce qu’il ne se rende compte des années plus tard qu’il n’a jamais acquis ni le vif esprit analytique ni le style d’écriture précise que son diplôme était censé développer. »


Voir aussi

Les gouvernements surestiment-ils le rendement économique des diplômes universitaires ?

États-Unis — Quels diplômes universitaires rapportent le plus ?

Mark Steyn dans After America sur l’éducation américaine

En janvier 2011, Richard Arum et Josipa Roksa ont publié une étude qui indiquait que moins de la moitié des étudiants américains de premier cycle avait suivi un cours lors du semestre précédent qui les obligeait à écrire un texte de 20 pages. Un tiers d’entre eux n’avait suivi aucun cours qui leur demandait de lire au moins 40 pages. Chez 45 % des étudiants, les auteurs n’ont pu constater aucune amélioration dans leurs compétences logiques, d’esprit critique ou d’écriture... Raisonner, lire, écrire : qui en a besoin ? Certainement pas les futurs enseignants : les étudiants en sciences de l’éducation manifestaient le moins de progrès éducatifs.

La même étude révélait que l’étudiant américain d’aujourd’hui passait deux fois moins d’heures à étudier que son homologue des années soixante. Lire et écouter un reportage impeccablement progressiste de NPR sur cette étude.

Incidents à Middlebury College (une université huppée au Vermont) en 2017, racialisme, slogans, rites, danses et rejet du rationalisme.

L’Université Evergreen (États-Unis) et les dérives du progressisme militant

Grande-Bretagne — le déclin de l’étude de l’histoire

L’Alberta exige une plus grande liberté d’expression sur les campus

Sciences Po a supprimé son concours d’entrée, plus personne n’en parle

Eschyle interdit, Finkielkraut insulté : sectarisme à l’université

Oxford réorganise les études classiques pour réduire inégalités entre hommes et femmes


Immigration — « Il faut réformer le PEQ »

Le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) est un programme accéléré de sélection des travailleurs qualifiés qui permet d’obtenir un Certificat de sélection du Québec en vue de la résidence permanente. Ce programme est destiné aux diplômés du Québec et aux travailleurs étrangers temporaires qui remplissent certaines conditions, dont celle de démontrer une connaissance du français oral de niveau intermédiaire avancé.

La réforme du Programme expérience Québec annoncée par le ministre québécois Simon Jolin-Barette a été au cœur de l’actualité, cette semaine. Elle a suscité une telle controverse qu’il a dû la suspendre pour retourner à sa planche à dessin. Tania Longpré, spécialiste en francisation et en intégration des immigrants s’exprime sur la réforme nécessaire de ce programme.

Extraits :

« Évidemment que les réformes y sont nécessaires, comme dans plusieurs programmes qui méritent des ajustements lorsqu’on se rend compte que certains problèmes en découlent. Ne pas laisser une clause grand-père était déraisonnable, mais ne pas réformer le PEQ l’aurait été encore plus. D’abord, modifier la liste des formations est une excellente idée, il apparait saugrenu de ne jamais modifier celle-ci avec les besoins du marché du travail — même si la liste du gouvernement n’était pas à jour, ce qui est un autre problème, qui relève de l’amateurisme politique. [...]

Des commissions scolaires ont été mises à l’amende puisqu’elles offraient des formations courtes de type “DEP” [bac professionnel en France] à des étudiants internationaux, les qualifiant du même coup pour le PEQ, qui est un programme permettant à des diplômés ou à des travailleurs étrangers de demeurer au Québec — moyennant la réussite d’un examen de français démontrant un niveau 7 (sur une échelle de 0 à 12) de production orale en français. Or, les étudiants de certaines commissions scolaires anglophones ne parvenaient pas à ce niveau de langue. Notons qu’on ne valide présentement que leur niveau de production orale alors que plusieurs recherches démontrent que les aptitudes en littératie (compréhension de lecture et production écrite) sont importantes pour l’intégration sur le marché du travail et pour l’intégration des nouveaux arrivants en général dans une société lettrée comme le Québec.

[...]

Ne serait-ce que pour limiter les “fraudes” on doit réformer le PEQ afin de mettre sur pied un examen de français québécois qui pourrait valider le niveau de français autant oral qu’écrit des gens voulant se qualifier pour ce programme. Encore une fois, il ne faut pas généraliser, mais une épreuve uniforme permettrait d’être équitables envers tous les candidats au PEQ.

[...]

De plus, ne soyons pas dupes, ce programme permettait à certains consultants en immigration ou avocats de recruter des gens à l’international leur promettant mer et monde dans une nouvelle vie au Québec : y faire un diplôme et y demeurer à long terme. Au Québec, mais aussi, dans certains cas, n’importe où au Canada, le PEQ étant une voie d’immigration plus rapide et plus facile à réussir qu’une demande comme travailleur qualifié qui évalue les candidatures à l’aide d’une grille comprenant plusieurs facteurs tels que l’âge, le domaine d’études, les diplômes, les connaissances du français ou de l’anglais, le nombre d’enfants, etc.) Ce qui fait en sorte que certaines personnes passent par le PEQ afin de s’installer à Toronto ou encore à Vancouver. Je ne dis pas que la majorité des gens ont de mauvaises intentions, mais vaut mieux modifier le programme que de permettre à certains d’en faire mauvais usage. »


samedi 9 novembre 2019

« 340 millions menacés par la hausse du niveau de la mer en 2050 », quand les gros médias prennent l'eau

Au début de cette semaine, de nombreux gros médias dont l’AFP, Radio-Canada, le New York Times et la RTBF belge ont répercuté — sans aucun esprit critique ni mise en contexte — une étude alarmiste sur la hausse du niveau de la mer d’ici 2050. Selon Radio-Canada, 300 millions de personnes seraient menacées par la montée des océans dans 30 ans (voir la capture d’écran ci-dessous).


Gros média parmi les gros médias, le New York Times a relayé illico cette étude sur l’élévation du niveau des mers, hausse « évidemment » due au changement climatique et qui devrait tripler, d’ici à 2050, le nombre de personnes menacées de submersion. Publiée par Climate central, une organisation regroupant scientifiques et journalistes dont le but est de porter à la connaissance du public des informations relatives au changement climatique et à son impact sur les populations.

L’écologiste « sceptique » Bjorn Lomborg a démonté le traitement que le New York Times faisait de cette étude sur l’élévation du niveau de la mer. Un appel à cesser de systématiquement dramatiser les données scientifiques.

« Le Sud du Vietnam pourrait bien disparaître en 2050 » selon le New York Times

Effrayer le lecteur

La médiatisation faite par les gros médias comporte cependant plusieurs biais visant surtout à effrayer les lecteurs plutôt qu’à les informer. Biais que Bjorn Lomborg, ancien activiste reconverti en « écologiste sceptique », du nom de son succès de librairie publié en 2004, s’est plu à décortiquer.

 Premier biais : publier une carte d’une région donnée, en l’occurrence le Sud du Vietnam, en indiquant en rouge quelles seront les zones susceptibles de submersion en 2050 (à savoir la quasi-totalité de cette région) en omettant de préciser que ce même pays est déjà en zone inondable et qu’une population très nombreuse y vit pourtant fort bien, usant du bateau pour se déplacer, par exemple dans le delta du Mékong. Ne pas le préciser revient à faire croire que le pays va passer d’une situation normale (les pieds au sec) à une situation anormale (les pieds dans l’eau), du fait du réchauffement climatique, alors que les habitants vivent depuis longtemps dans des zones inondables, s’y sont depuis longtemps adaptés et devraient continuer à pouvoir le faire quand on considère la faible hausse prévue du niveau marin1.



Autre biais, qui lui est connexe : jouer sur la peur engendrée par l’idée même de submersion. Comme le faisait remarquer Bjorn Lomborg, des millions de personnes vivent déjà sous le niveau de la mer — aux Pays-Bas notamment — et n’ont pas été pour autant transformées en migrants climatiques. L’aéroport d’Amsterdam-Schiphol, 14e plate-forme mondiale pour ce qui est du nombre de passagers, serait ainsi, à en croire le New York Time, condamné à brève échéance. « C’est oublier l’existence d’un objet comme la digue », ironise l’ancien militant de Greenpeace. En appliquant à la Hollande le traitement qu’ils réservent au Vietnam, les rédacteurs du New York Times auraient dû dire que ce pays était dès aujourd’hui « sous les eaux à marée haute » et donc inhabitable, ce qui bien évidemment n’est pas le cas. Ils n’ont pas osé, ils ont préféré mentionné des régions asiatiques exotiques remettant au goût du jour l’ancien adage « A beau mentir qui vient de loin ».

Autre aspect de l’urgence climatique épinglé par Lomborg : l’inefficacité des mesures politiques envisagées pour censément sauver l’humanité du désastre annoncé. Pour reprendre le cas du Vietnam et du nombre de personnes menacées par la montée des eaux, l’étude du Climate central montre que passer d’une politique mondiale haut-carbone à une politique mondiale bas-carbone (au prix de mesures coercitives coûteuses) n’améliorerait le sort que d’un million de personnes… sur 24 millions ! Mettre les économies des pays développés sens dessus dessous, détruire purement et simplement leurs industries ou réseaux de production d’énergie, ponctionner des milliers de milliards de dollars en culpabilisant des populations entières, fragiliser les économies des pays en développement, tout ceci pour améliorer, peut-être, et en 2050, le quotidien de 5 % des habitants d’un pays donné, en les soustrayant à des conditions de vie dont ils s’accommodent déjà fort bien, comme d’autres avec eux sur la planète. Voilà l’avenir que nous dessine l’urgence climatique revue et corrigée par le New York Times — et bien d’autres médias avec lui.

C’est ainsi que le diffuseur public belge, la RTBF, a repris la dépêche catastrophiste de l’AFP en y ajoutant 40 millions de personnes menacées, pour ce diffuseur subventionné il y aurait en effet 340 millions de personnes menacées... La RTBF ajoutait une carte des côtes belges menacées oubliant — comme le New York Times — de mentionner qu’il s’agirait de zones inondables une ou deux fois par an (en l’absence de digues) et que la Belgique a déjà de ces polders, ces zones habituées situées sous le niveau de la mer aujourd’hui, en 2019.


L’existence de ces polders est bien connue. De telles zones existent aussi dans le Nord de la France dans la région des watergangs ou wateringues, près de Dunkerque. Enfin, c’est aussi le cas dans la région de Kamouraska au Québec, ces polders y sont protégés par des digues nommées aboiteaux.

La région des polders est en orange protégée par un fin liséré jaune (les dunes côtières)

L’alarmisme de l’article était trop évident. Deux jours plus tard, la RTBF corrigeait le tir : « Non, Bruges ou Termonde ne seront pas en bord de mer en 2050 ». Frank Pattyn, glaciologue à l’Université libre de Bruxelles (ULB), relativisait cet article trop sensationnaliste :  « les auteurs [de l’étude] se sont appuyé sur des études qui prennent un compte une élévation du niveau des mers plus importante, mais aussi moins probable que celle avancée dans d’autres études, c’est-à-dire 2 mètres d’élévation que plutôt que 1 mètre. » Notons que ce mètre de hausse est lui-même supérieur à la plus haute des prévisions du Rapport 5 du GIEC où le pire scénario (RPC8.5) ne prévoit qu’une hausse de 0,82 m. La hausse du niveau de la mer varie d’un endroit à l’autre sur la planète, car la plaque continentale s’affaisse dans certaines régions (l’Atlantique canadien) mais se soulève dans d’autres (presque tout le Canada et le Québec), voir Le Canada se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète... Est-ce grave ?

« Cette étude ne détermine pas où se trouveront les côtes dans le futur, mais bien jusqu’où rentrera[it en absence de digues] l’eau en cas d’inondation lors des hautes marées. Ces hautes marées ont lieu une à deux fois par an et peuvent provoquer des rentrées d’eau de mer via les estuaires vers l’intérieur des terres. Ces nouvelles cartes nous indiquent des zones, en rouge, qui peuvent être inondées 1 fois par an. » En résumé, les zones rouges le long de la côte belge n’indiquent pas des zones inondées en permanence, mais bien des endroits à risque quand on néglige la présence de digues.

À la question de savoir si, en 2050, selon cette étude, il sera dangereux pour les gens de vivre dans ces zones, Frank Pattyn répond : « Non ce n’est pas dangereux en soi, mais le risque d’inondation est accru. Si la Belgique ne réagit pas, les inondations seront très importantes. Il faut donc adapter nos infrastructures, comme aux Pays-Bas où de nombreux aménagements ont été faits et sont planifiés. » Adaptation nettement moins coûteuse que les mesures préconisées par ceux qui veulent imposer une politique mondiale « bas-carbone ».


Note 1 : On rappelle que, selon le dernier rapport du GIEC (AR5), pour la période allant de 2081 à 2100 par rapport à 1986-2005, l’élévation moyenne du niveau de la mer au niveau mondial devrait se situer entre 0,26 et 0,55 m pour le scénario RCP2.6, de 0,32 à 0,63 m pour le RCP4.5 de 0,33 à 0,63 m pour le RCP6.0 et de 0,45 à 0,82 m pour le RCP8.5. Et ceci si les modèles sont fiables, or ils ont tendance à surestimer le réchauffement climatique par rapport aux valeurs observées. Voir John Christy : « Les modèles climatiques surchauffent ». Les quatre scénarios du GIEC sont nommés d’après la gamme de forçage radiatif obtenue pour l’année 2100 : le scénario RCP2.6 correspond à un forçage de +2,6 W/m2, le scénario RCP4.5 à +4,5 W/m2, et de même pour les scénarios RCP6 et RCP8.5. Plus la valeur de forçage radiatif est élevée, plus le système terre-atmosphère gagne en énergie et se réchauffe. Le scénario RCP8.5 est peu probable pour plusieurs raisons : il suppose une croissance démographique très soutenue et rapide (un doublement de la population de la Terre à 12 milliards alors que même l’ONU prévoit plutôt 10,9 milliards en 2100), une faible « innovation technique, une croissance lente du PIB mondial, une augmentation massive de la pauvreté mondiale, et une plus forte consommation d’énergie fossile alors que celle-ci se tariront probablement et coûteront donc plus cher ce qui en limitera la consommation.


Voir aussi

Le Canada se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète... Est-ce grave ?

Jordan Peterson: La théorie du genre n'a pas sa place en classe (M-à-j : poursuite judicaire)

Le Centre de justice pour les libertés constitutionnelles (JCCF) a déposé une requête auprès du Tribunal des droits de l’homme d’Ontario, pour le compte d’une petite fille et de sa mère, à l’encontre du Conseil scolaire du district d’Ottawa-Carleton. L’institutrice de la fillette avait notamment déclaré à sa classe « les filles ne sont pas réelles et les garçons ne sont pas réels », ce qui avait fortement troublé la petite fille, selon le JCCF.




Billet originel du 1er juillet 2019



Une fillette de six ans est bouleversée depuis que son institutrice d’Ottawa lui a « enseigné » que « les filles ne sont pas réelles et les garçons ne sont pas réels ».

Il y a deux semaines, la journaliste Barbara Kay a publié un article sur le site Post Millennial concernant une demande déposée devant le Tribunal des droits de la personne de l’Ontario (TDPO) par les parents d’une fillette de six ans, « N. », soumise à la nouvelle théorie de l’identité de genre par son institutrice à l’école publique communautaire de Devonshire (conseil scolaire du district d’Ottawa-Carleton).

Selon le récit de Mme Kay, en janvier 2018, dans une classe de première année à la Devonshire Community Public School, qui fait partie du réseau du conseil scolaire du district d’Ottawa-Carleton, N., âgée de six ans, a visionné une vidéo sur YouTube dans le cadre de la leçon de son institutrice sur le « genre ».

Selon Pamela, la mère de N., sa fille est un enfant qui adore l’école — ou l’adorait jusqu’au matin à la base de ce billet.

La vidéo s’intitulait « Il, elle ou eux ?!?? — Sexe : Queer Kid Stuff n° 2. »

La vidéo contenait des affirmations telles que « certaines personnes ne sont ni des garçons ni des filles » et il y a des gens qui ne se « sentent ni un « il » ou un « elle » et pourraient donc ne pas avoir de genre. La jeune institutrice, dont les initiales sont J.B., a continué d’enseigner la théorie du genre tout au long du semestre. Selon les réactions de N. à sa mère, J.B. a déclaré aux enfants qu’il n’existait pas de filles ni de garçons et que pas plus les filles et les garçons ne sont « réels ».

À la mi-mars, les parents de N. pouvaient voir que les leçons avaient un impact sur leur fille, qui commençait spontanément à leur demander à plusieurs reprises pourquoi son identité de fille n’était « pas réelle ». Elle demanda si elle pouvait « aller chez un médecin » pour discuter du fait qu’elle était une fille. Elle a dit qu’elle « n’était pas sûre de vouloir devenir maman ». Mme Buffone a expliqué à N. que les femmes adultes avaient le choix, mais elle s’inquiétait que le sujet soit abordé en classe dès la première année.

Les Buffone étaient naturellement alarmés par les signes de confusion persistants de leur fille, alors qu’elle n’avait jamais montré auparavant le moindre signe de mécontentement quant à sa réalité biologique. Mme Buffone a donc rencontré l’institutrice J.B. en mars pour discuter de l’impact des discussions sur le genre sur sa fille.

Les parents ont pu se rendre compte que J.B. était très attachée à l’enseignement de la fluidité sexuelle comme reflet d’un « changement au sein de la société ». Elle a expliqué à Mme Buffone que la fluidité sexuelle était la politique de la commission scolaire, que certains enfants avaient du mal à accepter que le sexe était binaire et a confirmé que la question de changement de sexe avait été abordée en classe. Elle ne semblait pas trop préoccupée par la détresse personnelle de N. et n’avait rien fait pour affirmer l’identité féminine de N.

Les Buffones ont ensuite contacté la directrice de l’école, Julie Derbyshire.

Selon Mme Buffone, Mme Derbyshire avait expliqué que J.B. avait commencé ce cours pour accueillir un enfant de la classe qui avait dit souhaiter s’exprimer en tant qu’enfant de genre opposé à son sexe biologique. Un enfant présentant des symptômes de dysphorie de genre en première année de cette école était, il est vrai, taquiné pour ce fait. Mais, selon Mme Buffone, comme elle l’a appris par la suite, les parents de l’enfant en question ne souhaitaient pas que ce problème se règle par des leçons sur le genre ; ils voulaient simplement apprendre aux autres enfants à agir avec respect envers leur enfant et à ne pas l’intimider. Mme Derbyshire n’a pas proposé de consulter le « spécialiste du genre » de l’école au sujet des élèves comme N. qui ne se questionnaient pas sur leur genre.

Déterminés à obtenir une réponse sur le fond du problème, les Buffone ont insisté pour rencontrer le surintendant du conseil scolaire et le surintendant du programme scolaire. Selon la plainte déposée devant le Tribunal des droits de la personne de l’Ontario, « la commission scolaire n’a pas accepté de communiquer avec les parents lors de discussions sensibles ni d’accepter de directive ou de prendre des mesures correctives pour garantir que les enfants de sexe féminin soient réconfortées dans leur identité de genre ».

Se heurtant à un mur à chaque échelon de la hiérarchie, les Buffone ont pris la décision d’inscrire N. dans une autre école où, selon sa mère, elle va bien et où elle a affirmé à sa famille être heureuse de ne plus avoir d’institutrice qui dit que « les filles ne sont pas réelles ». En octobre 2018, N. aurait dit à sa mère : « Cette table est réelle, et ce ventilateur est réel, et même si le ventilateur était en carton, c’est toujours réel. »

Les histoires liées à l’identité de genre dans l’enfance qu’on lit habituellement dans la presse mettent en scène un enfant qui serait bouleversé par la disparité qui existerait entre sa réalité biologique et le genre qu’il s’imagine avoir. Ces récits présentent habituellement les éducateurs comme des alliés et des porte-parole éclairés de l’enfant, tandis que les parents, rétrogrades et fermés, résistent à l’affirmation de genre de leur enfant ce qui causerait une angoisse accrue pour l’enfant. Cette présentation des faits convainc alors facilement les spectateurs que l’enfant vit une injustice et qu’il est heureux que l’État et ses représentants prennent la défense de l’enfant « enfermé dans une mauvaise identité de genre ». Dans ces cas-là, le « droit de l’enfant à exprimer son identité de genre » l’emporte pour les spectateurs et l’État sur le droit des parents à s’y opposer.

Mais voilà, nous avons ici le cas contraire. N. se sentait bien dans son identité sexuelle. Elle n’avait jamais mis en doute celle-ci. Tout à coup, une personne en autorité lui déclare qu’à tout moment, ce qu’elle croit être réel — qu’elle est une fille — peut ne pas être vrai.  Les parents sont les alliés de l’enfant ici alors que son école remet en doute la réalité de son identité sexuelle ou lui instille le doute quant à celui-ci. Pourquoi ne pourrait-elle pas être aussi bien traitée que l’enfant qui se poserait des questions sur son « genre » ?

Après tout, un minimum de bonne volonté de la part de J.B. et de ses supérieurs aurait facilement permis de désamorcer la situation et d’atténuer les inquiétudes des Buffone. Pourquoi J.B. n’aurait-il pas pu expliquer que certains se sentent mal à l’aise par rapport à leur identité sexuelle, mais que c’est une chose rare (un fait) ; que c’est souvent une phase passagère ; que les préférences en matière de tenue vestimentaire et de jeu non conformes dans l’enfance sont normales (« les garçons manqués ») et n’indiquent que rarement un mécontentement profond ou durable avec le sexe biologique (fait) ; que la plupart des enfants cessent d’avoir ces doutes lorsqu’ils sont adolescents (fait) ; le plus important, c’est que presque tous les enfants sont parfaitement heureux d’être exactement ce qu’ils sont (fait) et que ces enfants ne doivent pas s’inquiéter du fait qu’ils ne sont pas de vrais garçons ou filles. Pourquoi cela est-il si difficile à dire pour l’école ? N. aurait été rassurée et le seul enfant de la classe qui souffrait de confusion sexuelle n’aurait pas été affecté.

La demande auprès du TDPO de Buffone conclut que J.B. « a soumis N. à une discrimination continue fondée sur le genre et l’identité de genre, par une série de leçons qui niaient l’existence du sexe féminin et du sexe biologique et minaient la valeur de l’identification en tant que femme [..] La directrice et le conseil scolaire ont perpétué et renforcé la discrimination dont N. avait été victime dans sa classe de première année, car ni Mme Derbyshire ni aucun responsable du conseil scolaire n’avait pris de mesure corrective pour y remédier. »

La réparation demandée consiste à ce que le Tribunal ordonne à la Commission i) de veiller à ce que les cours donnés en classe « ne dévaluent, ne nient ou ne sapent en aucune manière l’identité de genre féminine » ; ii) mandater les enseignants à « informer les parents lorsque des cours sur l’identité de genre auront lieu ou ont eu lieu, y compris les objectifs pédagogiques et le matériel qui sera ou aura été utilisé pour ces cours » ; et iii) à payer aux Buffone une somme de 5 000 dollars en dommages-intérêts généraux « pour compenser les atteintes à la dignité, aux sentiments et au respect de soi causés par la discrimination ».

L’avocat de la commission scolaire a répondu à la requête des parents en demandant que celle-ci soit rejetée « au motif que la demande n’avait aucune chance raisonnable de succès », rejetant les allégations et promettant de fournir une « réponse complète si le Tribunal ne rejetait pas l’affaire à l’issue d’une procédure accélérée. »

L’avocat cita également une autre plainte contre la Fédération des enseignants et des enseignantes de l’élémentaire de l’Ontario en renvoyant à la conclusion du Tribunal selon laquelle le Tribunal « n’avait pas le pouvoir de statuer sur des allégations générales d’iniquité » et que les faits, même s’ils étaient vrais, n’« impliquent pas une discrimination interdite par le Code [des droits de la personne] ». On y cite également que le droit des enseignants à enseigner l’identité de genre a été reconnu par le ministre de l’Éducation et que « La pertinence d’une discussion en classe n’engendre pas de discrimination interdite telle que définie par le Code. » En résumé, même si les leçons de l’enseignante ont des effets négatifs sur N., la fillette n’aurait aucun motif de réparation en vertu du Code des droits de la personne.

Le célèbre professeur de psychologie Jordan Peterson s’est exprimé sur cette affaire :
Considérez ceci : à l’âge de six ans, « N. » devait d’abord remettre en question une identité qu’elle avait passé continuellement et sans cesse à développer depuis (au moins) l’âge de deux ans - apprendre les règles qu’elle considérait conformes à son rôle social de fillette, afin qu’elle sache s’intégrer, faire ce qu’on attend d’elle, s’entendre avec les autres, s’abstenir de violer les attentes de ses pairs et des adultes qu’elle rencontre et préparer de son mieux son parcours féminin. Deuxièmement, on lui demandait de remettre en question ce qui constitue le « vrai » — parce que si vous avez six ans et que vous êtes une fille et que vous le savez (comme tout le monde), et qu’on vous dit maintenant que rien de tout cela n’est « réel », alors l’idée même de la réalité devient fragile et instable. Il ne faut pas sous-estimer la gravité la confusion philosophique et psychologique que de telles exigences peuvent engendrer.

Je peine à imaginer une stratégie pédagogique moins propice à un développement stable de la petite enfance, en particulier pour une enfant pensive, ce qui est exactement ce que « N » semble être — pour son plus grand malheur dans ce cas. Faisant apparemment confiance à son institutrice, « N. » a écouté ses leçons et a essayé de comprendre le salmigondis complexe et contradictoire qui lui était présenté. Cet exercice était voué à l’échec, car ces informations ne signifient rien de raisonnable, de logique, de pratique ou de vrai. Peu importe : la « fluidité sexuelle » est la politique du conseil scolaire, même pour les enfants de six ans et la détresse d’un enfant auparavant tout à fait normal à la suite de ces classes est un prix raisonnable à payer pour garantir la pureté idéologique. Cette politique, toute contre-productive et absurde qu’elle soit, doit donc être strictement maintenue. Mieux vaut que l’enfant souffre que l’enseignant ne réfléchisse. Mieux vaut que tout le système éducatif se transforme autour du nouveau dogme (et tant pis si l’expérimentation tourne mal) plutôt que de voir les idéologues qui gèrent sa structure remettre en question leurs présomptions absurdes et foncièrement nées du ressentiment.

[...] Et maintenant, nous allons découvrir — avec la permission du Tribunal ontarien des droits de la personne (une organisation dans laquelle je pourrais difficilement avoir moins de foi et qui devrait être abolie dès que possible) — si les petites filles ont le droit de maintenir leurs visions du monde et leur opinion sur leurs propres corps — visions et opinions normatives, communes, pratiques et réalistes — ou si cela est supplanté administrativement et juridiquement par l’existence d’un ensemble incohérent de droits concédés de manière inexcusable et forcée à une toute petite minorité de personnes qui insistent que leurs « identités » sont entièrement autogénérées et absolument inviolables socialement et légalement. Je miserais fort sur la seconde option et je pense que le fait que nous en soyons là est une grande honte et un danger pour nous tous.
Plus tôt, le professeur de psychologie rappelait :
Pire, cette insistance caractéristique du projet de loi [C-16] et des politiques qui y sont associées et les dogmes académiques de dixième ordre qui fondent toute cette farce, selon laquelle « l’identité » est uniquement déterminée par l’individu en question » (quelle que soit cette identité). Même les sociologues ne le croient pas : ni le genre classique plus ancien parfois utile, ni le genre moderne effroyable et tout à fait contre-productif. Ils comprennent que l’identité est un rôle social, ce qui signifie qu’elle est nécessairement négociée socialement. Et il y a une raison à cela. Une identité — un rôle — n’est pas simplement ce que vous croyez être, instant après instant ou année après année, mais, comme le dit l’Encyclopedia Britannica (plus précisément dans sa section sociologie), « un ensemble complet de comportements socialement reconnus » qui fournit un moyen d’identifier et de placer un individu dans la société », elle sert aussi « de stratégie pour faire face à des situations récurrentes et savoir comment s’y prendre avec d’autres rôles (par exemple, les rôles parent-enfant) ».

Votre identité ne correspond pas aux vêtements que vous portez, ni aux préférences ou comportements sexuels à la mode que vous adoptez et affichez, ni aux causes qui motivent votre activisme, ni à votre indignation morale face à des idées différentes des vôtres. Il s’agit plutôt d’un ensemble de compromis complexes faits entre  l’individu et la société sur la manière dont les uns et les autres pourraient se supporter et se soutenir à long terme. On ne modifie pas cet ensemble à la légère, car ce compromis est très difficile à atteindre, il constitue l’essence même de la civilisation. Il a fallu des siècles pour y parvenir. Il faut comprendre que l’absence de rôles socialement acceptables est tout simplement le conflit permanent, à la fois psychologique et social.

Dans la mesure où cette identité n’est pas uniquement biologique (bien qu’elle le soit en grande partie, mais pas totalement), c’est un drame qui se joue dans le monde des autres. Une identité fournit des règles d’interactions sociales que tout le monde comprend ; elle fournit un sens et un but génériques mais indispensables dans la vie. Si vous êtes un enfant et que vous jouez à un jeu de rôles pour rire avec vos amis, vous négociez votre identité pour que le jeu se déroule correctement. Vous faites la même chose dans le monde réel, que vous soyez un enfant, un adolescent ou un adulte. Refuser de s’engager dans l’aspect social de la négociation d’identité — insister sur le fait que tout le monde doit accepter ce que vous dites être — revient simplement à vous embrouiller ainsi que tous les autres, car personne ne comprend les règles de votre jeu, notamment parce qu’elles n’ont tout simplement pas été formulées.
Jordan Peterson termine sa lettre ouverte ainsi :
Le silence de la majorité sur de telles questions — justifié, je pense, par la peur réelle d’être à dessein ostracisé pour avoir osé émettre des objections (quelle que soit la représentativité de ces objections) — mettra, à mon avis, nos enfants et adolescents dans une situation que nous regretterons amèrement dans les décennies à venir.



vendredi 8 novembre 2019

Colloque sur le nationalisme : Anglicisation, multiculturalisme et immigration massive

Relation intéressante d’Alexandre Cormier-Denis sur le Colloque sur le nationalisme organisé par l’Institut de recherche sur le Québec. Extraits.



La 12e édition du colloque « Quelque chose comme un grand peuple » organisé par l’Institut de recherche sur le Québec et le Mouvement national des Québécois qui s’est tenu samedi dernier a permis de constater que les politiques migratoires sont désormais au centre de la réflexion des souverainistes institutionnels.

[...]

L’Échec de la loi 101

Frédéric Lacroix, auteur de nombreux articles dénonçant l’anglicisation de la région montréalaise, fit une présentation chiffrée sur l’effondrement du français dans la métropole et ses banlieues et ce, malgré la mise en place de la Charte de la langue française en 1977.

Le fond de son argumentaire réside en une donnée toute simple : malgré l’obligation pour les immigrés d’envoyer leurs enfants à l’école primaire et secondaire francophone, le transfert linguistique des allophones se situe à 55 % en faveur de l’anglais. Pire encore, on dénombre un mouvement d’anglicisation des francophones sur l’île de Montréal à une hauteur de 4 % par année.

M. Lacroix dévoila également une prévision de Statistique Canada qui envisageait que le scénario d’une immigration zéro (ce qui relève de la pure politique-fiction, Trudeau ayant annoncé l’accueil de 350 000 immigrés par an) aurait malgré tout comme conséquence un recul du français en raison du pouvoir d’attraction de l’anglais pour les allophones. Le panéliste fait ainsi le constat dur, mais lucide que Montréal présente toutes les caractéristiques d’une zone francophone hors Québec comme il en existe encore quelques-unes au Canada.

Son constat est sans appel : en termes de démographie linguistique, la sélection de l’immigration francophone fit beaucoup plus pour le maintien du fait français que toutes les lois linguistiques adoptées depuis quarante ans. Il faut donc considérer que la Charte de la langue française fut politiquement double échec puisqu’elle ne parvint pas à endiguer le déclin du français, mais donna également un faux sentiment de sécurité aux francophones.

Le Québec comme État bilingue

L’avocat François Côté, réputé pour avoir mené la charge contre la tentative du Barreau de faire invalider les lois du Québec pour cause de non-conformité avec le bilinguisme canadien, présente un cadre d’action pour faire du français la seule véritable langue officielle du Québec.

Me Côté rappelle que dans le droit, depuis l’arrêt Blaikie de 1979 qui obligea l’Assemblée nationale à traduire ses lois dans les deux langues officielles du Canada, le Québec est de facto un État bilingue.

Trois problèmes résultent de ce bilinguisme imposé par la Cour suprême :
  • Problème symbolique : il envoie le message à la population que l’anglais et le français sont deux langues d’égale importance et ce, au plus haut niveau de l’État.
  • Problème démocratique : la version anglaise des lois n’est pas débattue. Ce sont donc les traducteurs non élus de l’Assemblée nationale qui prennent le rôle des législateurs.
  • Problème juridique : il en résulte une indétermination sémantique des lois québécoises puisqu’on recense jusqu’à 4 000 divergences entre les versions françaises et anglaises, permettant ainsi de rendre des jugements différents selon la langue empruntée.

Pour remédier au bilinguisme de l’État québécois, Me Côté propose quelques pistes d’action : entamer des discussions avec Ottawa pour changer la constitution de manière bilatérale, modifier la constitution de l’État provincial de manière unilatérale ou encore simplement invalider l’arrêt Blaikie en invoquant les dispositions juridiques du Renvoi relatif à la sécession du Québec.

Dans quelques mois, Me Côté sortira un livre coécrit avec Guillaume Rousseau — ex-conseiller du ministre Jolin-Barrette pour la loi 21 — détaillant les propositions politiques afin de remédier à ce bilinguisme étatique.

 Un livre qui risque d’être fort intéressant à lire pour les défenseurs de la langue

La liberté d’expression sacrifiée au nom des émotions

La présentation du sociologue Stéphane Kelly porte sur le présent climat de censure idéologique qui règne dans le milieu collégial et universitaire québécois. Il fait reposer ce phénomène sur la propagation d’une philosophie de l’éducation valorisant l’estime de soi au détriment des savoirs et de la rationalité, celle-là justifiant la censure des discours jugés stigmatisants par des élèves hypersensibles.

Pour démontrer les effets pervers de cette philosophie de l’éducation, M. Kelly cita l’étude américaine The Triple Package démontrant que le prétendu « privilège blanc » est une véritable fumisterie puisque les groupes les plus avantagés socialement dans la hiérarchie sociale américaine sont — exception faite des Juifs — tous issus d’une immigration plutôt récente. La performance sociale de ces groupes repose sur une valorisation de l’excellence rendue possible paradoxalement par le faible degré d’assimilation de ces minorités à la société américaine.

Trois facteurs semblent expliquer ce phénomène : le sentiment d’appartenance communautaire, l’insécurité de leur position collective dans la hiérarchie sociale américaine et une forte discipline familiale se traduisant par une culture de l’effort permettant une réussite scolaire exceptionnelle.

Afin de rétablir une liberté d’expression au sein de la société québécoise, M. Kelly termine sa présentation par un vibrant appel à remplacer la culture de l’excuse par celle de l’effort. Nous ne pouvons que souscrire à cet appel au dépassement de soi alors que règne encore au Québec une mentalité misérabiliste fort néfaste pour la nation.

[...]

La disparition des Canadiens français

L’auteur de l’essai Disparaître ? Afflux migratoire et avenir du Québec, Jacques Houle, fit une présentation sentie dénonçant l’immigration massive que nous subissons en reprenant essentiellement les arguments de son livre.

Les voici : l’immigration est un coût social faramineux vu la surreprésentation des immigrés aux programmes de chômage et d’aides sociales. L’incidence positive sur le PIB est réelle, mais n’affecte pas positivement le niveau de vie des populations. Bien au contraire, l’effet de l’immigration pour contrer le vieillissement de la population est nul.

Malheureusement, sa piste de solution économique nous semble plus faible, soit augmenter le salaire minimum à 15 $ de l’heure, compte tenu de la précarité des petits patrons œuvrant dans les milieux où la demande de main-d’œuvre est la plus grande : hôtellerie, restauration, manufactures, commerce de détail, etc.

Néanmoins, on ne peut que féliciter le courage de cet homme qui ose briser le jovialisme ambiant sur la question migratoire et, qui par sa vie personnelle — il est père de cinq enfants (!) — contribua à freiner le déclin démographique canadien-français.


Un ouvrage qu’il faut lire

[...]

Plaidoyer contre le cours ECR

La professeure de sociologie Joëlle Quérin fait un réquisitoire pour l’abolition du cours Éthique et culture religieuse en démontrant qu’il s’agit d’un véritable programme de rééducation de la jeunesse québécoise en faveur du multiculturalisme canadien. Après une décennie d’enseignement du cours, elle relève que les effets concrets de l’idéologie pluraliste ressortent dans les sondages portant sur la laïcité de l’État : la majorité des 18-24 ans sont désormais opposés à toute règlementation encadrant les signes religieux dans la fonction publique.

Mme Quérin note également la contradiction du présent gouvernement qui impose une loi sur la laïcité tout en laissant la propagande multiculturaliste canadienne se répandre dans les cerveaux de la jeunesse québécoise. Cette absence de cohésion dans la politique menée par la CAQ pourrait lui être fatale puisqu’elle laisse l’école québécoise endoctriner les futurs électeurs qui eux, en fin de compte, s’opposeront au legs laïque du gouvernement.

Elle postule également que l’actuel projet de réforme du cours ne fait qu’ajouter l’enseignement de l’athéisme et serait fusionné avec le très controversé cours de sexualité. Bref, sous la CAQ, le cours ECR combinerait l’horrible propagande multiculturaliste avec la catastrophique déconstruction du genre !

Le cours ECR forme de très bons petits Canadiens multiculturels. [Et des citoyens du monde post-nationalistes... avec la bénédiction de la CAQ, un parti qui se dit nationaliste...]

Conclusion

Le présent colloque fut surtout une réunion des éléments jugés les plus « conservateurs » du mouvement souverainiste — exception faite de Paul Saint-Pierre Plamondon qui nous a entretenus de la social-démocratie, de Myriam D’Arcy qui a vanté son programme d’intégration des immigrés et de Claudia Larochelle qui a parlé de la sous-représentation des femmes dans la littérature québécoise.

L’importance accordée aux questions linguistiques, migratoires et identitaires prouve que le débat politique au sein des sphères souverainistes est tranquillement — trop tranquillement — en train de sortir du politiquement correct imposé par la gauche sociale-démocrate québécoise.


Avec la soumission progressive des souverainistes de gauche au multiculturalisme canadien et le vieillissement des partisans du courant socialisme et indépendance, il y a fort à parier que le renouvellement nationaliste se fera de plus en plus à droite sur l’échiquier politique.

Euthanasie — l'envers du décor

L’euthanasie est dépénalisée chez nos voisins belges depuis 2002 ; une loi, dans le but annoncé d’éradiquer les pratiques clandestines, définit un encadrement du processus de décision et de mise en œuvre, et peut exercer un contrôle a posteriori du respect de ses dispositions.

Le présent ouvrage se présente à la fois comme un état des lieux après dix-sept ans d’application effective de la loi de 2002, et comme un vibrant plaidoyer en faveur de l’objection de conscience et du respect de la vie. Au long de neuf chapitres rédigés par des praticiens de spécialités variées, mais tous confrontés personnellement à l’euthanasie, nous partageons leurs expériences, leurs interrogations, leur souffrance même et aussi leurs belles convictions d’hommes et de femmes engagés au service de leurs patients. De nombreux témoignages concrets vivants et émouvants viennent illustrer leurs propos.

Signalons d’abord « l’effet euthanasie » dans le monde médical et parmi les patients ; l’application d’une telle loi alimente la surenchère des revendications visant notamment à ériger l’euthanasie en droit inaliénable de l’individu ; simultanément, elle exerce un effet corrupteur dans les esprits et par voie de conséquence dans l’usage des antalgiques, des sédatifs et dans l’éthique des soins palliatifs ; du coup, l’objection de conscience est stigmatisée, et on assiste à une instrumentalisation du médecin par la société, et à la montée d’un paternalisme mortifère à l’égard des patients réputés « éligibles » à l’euthanasie.


En défense, l’ouvrage propose une éthique de respect de la vie fondée sur une démarche professionnelle rigoureuse, sur la prise en compte du point de vue du patient, et la recherche d’un choix concerté pour son accompagnement, particulièrement en fin de vie ; le tout en privilégiant l’écoute et une relation de qualité avec le patient. Allant plus loin encore, le docteur Beuselinck préconise de s’inspirer de la « quête du sens » du fondateur de la logothérapie, le médecin-philosophe viennois Viktor Frankl, et notamment de ses trois catégories de raisons de vivre : sens de l’accomplissement, sens de l’amour, sens de la souffrance. Cet ouvrage de haute tenue mais passionnant à lire est à recommander particulièrement aux futurs médecins et infirmiers, qui seront fatalement un jour confrontés la question de l’euthanasie.

Ouvrage collectif auquel ont contribué


Pr Timothy Devos (hématologue), Jacques Ricot (philosophe), Herman De Dijn (philosophe), Eric Vermeer (infirmier éthicien en soins palliatifs), Dr Catherine Dopchie (oncologue), Pr Willem Lemmens (philosophe et éthicien), Dr An Haekens (psychiatre), Dr Rivka Karplus (maladies infectieuses et HIV/SIDA), Dr Marie Frings (médecin en soins palliatifs), Pr Benoit Beuselinck (oncologue), Dr Julie Blanchard (médecin en soins palliatifs), François Trufin (infirmier urgentiste en soins palliatifs)

Euthanasie, l'envers du décor : Réflexions et expériences de soignants
par un collectif de huit soignants belges,
paru aux éditions Mols,
à Wavre,
le 30 mai 2019
232 pp.
ISBN-10 : 2874022454
ISBN-13 : 978-2874022456

jeudi 7 novembre 2019

Québec — Instruction à domicile et études postsecondaires

(Moins de 8 minutes)

Si l’instruction à domicile est beaucoup plus connue du grand public qu’il y a 10 ou 20 ans, il reste néanmoins beaucoup d’éducation à faire, notamment du côté des établissements d’enseignement de niveau postsecondaire.

Dans cette deuxième partie de notre entrevue, Sylvie Crasci discute des défis que doivent relever les familles qui font l’instruction à la maison lorsqu’il est temps d’accéder aux collèges et universités du Québec. Puisant dans sa propre expérience, elle encourage les parents à être des pionniers à ce chapitre et à ne pas hésiter à frapper aux portes des établissements d’enseignement pour faire valoir la richesse de l’école à la maison.




Témoignage intéressant sur la fille de Sylvie Crasci qui a entamé sa première année d’université.

Notez qu’on peut aussi passer un bac français (équivalent du DEC) qui est un examen libre (tout le monde peut se présenter) puis s’inscrire à l’université. L’enseignement professionnel technique est également ouvert aux enfants instruits à la maison.

CAQ « conservatrice » applique de fortes pressions contre les enfants instruits à la maison

Le ministre Roberge devant un parent. La réponse sera NON !
Certains prétendent que la CAQ est un mouvement conservateur. Dans le domaine scolaire, ce n’est pas du tout évident. Le ministère est de plus en plus centralisateur et cherche à imposer à tous le programme pédagogique unique du gouvernement (le Québec est un des rares pays qui imposent à toutes les écoles un programme étatique...) Programme qui n’est en rien anodin ou neutre (lire Québec — La construction d’une nouvelle citoyenneté par l’école, extraits d’une thèse de doctorat en sociologie, 2015).


Dans le domaine de l’instruction à la maison, la pression de la CAQ et de son ministre, l’ancien instituteur Roberge, s’accentue également. Nous reproduisons ci-dessous un communiqué de la HSLDA sur le sujet.

Les familles québécoises faisant l’instruction à domicile subissent présentement beaucoup de pression alors que le gouvernement provincial exige que les enfants éduqués à domicile subissent les examens ministériels provinciaux, et ce dans 2 ans. Cette nouvelle exigence apporte une charge supplémentaire sur les parents et les enfants, sans aucun bénéfice éducatif significatif. Il s’agit d’un bel exemple où le « gouvernement pense savoir mieux que quiconque », alors que ce n’est clairement pas le cas.

Lorsqu’un gouvernement suggère ou impose des changements avec lesquels nous sommes en désaccord, la HSLDA se mobilise. Récemment au Québec, cela a impliqué de faire pression sur le ministre et les élus de l’Assemblée Nationale. Cependant, une fois que la nouvelle réglementation est entrée en vigueur, la HSLDA doit informer ses membres pour qu’ils puissent s’y conformer.

Lorsque la HSLDA encourage ses membres à se conformer à la réglementation, cela signifie-t-il que nous sommes d’accord avec cette dernière ? Non, ce n’est pas le cas. Mais nous vivons tous sous l’autorité de la loi et nous ne pouvons pas ignorer celle-ci simplement parce que nous ne sommes pas d’accord avec elle. Partout au Canada, lorsqu’une famille membre de la HSLDA vit des démêlés judiciaires avec une instance gouvernementale à cause de l’école-maison, il peut être très difficile ̶ voire impossible ̶ pour la HSLDA de défendre cette famille s’il est démontré que cette dernière démontre un flagrant mépris de la loi.

Alors, la HSLDA ne devrait-elle pas immédiatement contester en cour la nouvelle réglementation au Québec ? Eh bien, aller au tribunal comporte toujours son lot de risques. En fait, perdre une cause au tribunal peut aggraver la situation. C’est pour cette raison qu’il faut d’abord miser sur d’autres moyens de changement avant de se précipiter devant les tribunaux. Et même dans ce cas, l’action en justice ne devra être intentée que s’il existe une chance raisonnable de succès.

Au Québec, l’exigence des examens écrits entrera en vigueur dans deux ans. Pour l’équipe juridique chevronnée de la HSLDA et pour tous ses membres et sympathisants du Québec, ces deux années représentent une occasion unique de faire pression sur les politiciens pour qu’ils améliorent la réglementation. Et à mesure que nous avançons, nous continuerons d’utiliser tous les outils à notre disposition, y compris les actions en justice, pour promouvoir et défendre la liberté d’enseigner à la maison, tant au Québec que partout au Canada.