dimanche 12 juillet 2020

Ces maires de gauche qui veulent « dégenrer » les cours de récréation

Vaste et récurrent sujet chez les partisans de la gauche radicale : les cours de récréation qui perpétueraient les stéréotypes de genre. Chose qui serait grave chez des élus dits écolos.

La Révolution dite « écologique » passe aussi par l’école.


« Les cours d’école de nos enfants ressemblent à des stationnements en bitume, brûlantes en été et trop réservées aux pratiques des garçons, a lancé le 8 juillet sur Twitter Éric Piolle, maire écologiste de Grenoble, réélu avec le soutien d’EELV, La France insoumise ou encore le Parti animaliste. La solution : débitumiser, dégenrer, végétaliser et potagiser ! », poursuit l’élu, qui accompagne son propos d’une école en chantier.

Torrent de réactions sur Twitter, où le terme « dégenrer » fait particulièrement réagir. « Les cours de récréation ne sont pas genrées ! (…) Plutôt que de les politiser, agrandissez-les ! », s’indigne un internaute. « Les garçons prennent toute la place pour leurs jeux de balle et excluent les filles », affirme un autre.

Vaste et récurrent sujet que celui des cours de récréation qui perpétueraient les stéréotypes de genre et le sexisme.

« Une appropriation inégalitaire » de l’espace, disait constater en 2014 un rapport du Commissariat général à la stratégie et à la prospective, remis à la ministre de la France des Droits des femmes, la socialiste Najat Vallaud-Belkacem, quand le Haut Conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes (HCR) évoque, en 2017, « une géographie de la cour de la récréation très sexuée », avec des garçons qui « investissent l’essentiel de la cour par des jeux mobiles et bruyants ». Les garçons devraient-ils devenir des filles comme les autres ?


Plus tempéré, le rapport de l’Éducation nationale sur l’égalité entre les filles et les garçons constate, en 2013, que « les aménagements de cour de récréation articulent plutôt des logiques “jeux calmes et jeux plus sportifs”, ce qui peut correspondre entre autres à des différences entre les filles et les garçons ».

À Trappes ou à Rennes, villes de gauche, mais aussi à Bordeaux, passée aux mains des écologistes de gauche, se sont développées ces dernières années des cours de récréation « non genrées ». Fini le terrain de sport au centre de l’espace. À Grenoble, les travaux dans les trois cours de l’école Clemenceau prévoient — outre des surfaces « perméables végétalisées » et des « espaces verts » — de « repenser l’organisation de l’espace et des rôles dans la cour de récréation ».



Quelles sont les vraies origines des thèses racialistes et déconstructivistes ?

Les thèses racialistes et déconstructivistes, souvent citées depuis la mort de George Floyd, le 25 mai dernier, seraient importées en France depuis les États-Unis. Il faut pourtant y regarder de plus près.

Nous ne partageons pas l'idée que la France est différente des autres pays et ne serait qu'un projet de valeurs universelles. C'est une vision particulière « hors sol » (dite « républicaine ») de ce qu'est la France.




vendredi 10 juillet 2020

Débat autour du Bac « Covid » : 91,5 % ont été admis avant même le rattrapage oral est-ce inédit ?

Débat autour du Bac « Covid » où 91,5 % ont été admis avant même le rattrapage oral.


Est-ce sans précédent ? Un diplôme au rabais ? Quid du bac 1968 où les examens écrits avaient aussi été annulés, mais pour lequel les candidats avaient dû passer un oral ? Que sont devenus les bacheliers de 1968 ? Ils semblent avoir mieux réussi dans la vie que les bacheliers (par écrit) de 1967 et 1969. Comment l’expliquer ? La même chose se passera-t-elle avec les bacheliers 2020 ?



jeudi 9 juillet 2020

Repentance — De quoi la France devrait-il s'excuser en Algérie ?

La tribune de l’historien Jean Sévillia sur les demandes répétées de repentances (et de compensations sonnante ste trébuchantes) deandées à la France pour sa colonisation de l’Algérie. En réclamant de nouvelles excuses à la France, le président algérien Abdelmadjid Tebboune entretient un ressentiment qui fait obstacle à un travail mémoriel apaisé sur la présence française en Algérie, estime l’historien. Jean Sévilla est chroniqueur au Figaro Magazine et membre du comité scientifique du Figaro Histoire, auteur de nombreux essais historiques, dont notamment Les Vérités cachées de la guerre d’Algérie (Fayard, 2018)

Depuis 1962, l’Algérie a organisé de manière systématique l’écriture de son passé sur la base d’une propagande destinée à confirmer la légitimité de l’État-FLN, notamment avec le chiffre mythique de 1,5 million d’Algériens morts pendant la guerre d’indépendance (le chiffre réel, déjà bien assez lourd, est de 250 000 à 300 000 victimes, tous camps confondus). Avec le temps, ce récit à sens unique s’est étendu à la conquête de l’Algérie au XIXe siècle, ce qui permet aux hiérarques du système d’englober la totalité de la présence française en Algérie, de 1830 à 1962, dans un même discours réprobateur. Nul n’a oublié comment Abdelaziz Bouteflika, en visite d’État à Paris en 2000, avait pris la parole depuis la tribune de l’Assemblée nationale pour semoncer la France et l’inviter à reconnaître « la lourde dette morale des anciennes métropoles envers leurs administrés de jadis ».

En 2005, à Sétif, il montait d’un cran dans l’accusation : « L’occupation (française, NDLR) a adopté la voie de l’extermination et du génocide qui s’est inlassablement répétée durant son règne funeste. » Et en 2018, pour son dernier discours présidentiel, il reprenait le refrain habituel en saluant « le combat d’un peuple contre lequel le colonisateur a porté sa barbarie répressive à ses ultimes extrémités ». [Étrange génocide qui a vu la population musulmane passée de 2 millions à 12 millions sous l’occupation française]

Que l’actuel président algérien, Abdelmadjid Tebboune, élu en décembre dernier, ait déclaré, le 4 juillet, attendre des excuses de la France pour la colonisation de l’Algérie n’a par conséquent rien d’étonnant : comme dans un jeu de rôle, l’homme jouait sa partition consistant à répéter comme un mantra que tous les torts, de 1830 à 1962, ont été du côté de la France. Comme son prédécesseur, le président Tebboune n’a pas manqué de présenter ses exigences (« On a déjà reçu des demi-excuses. Il faut faire un autre pas. »), en rappelant au passage que l’Algérie possède un moyen de pression sur Paris : les 6 millions d’Algériens ou de Franco-Algériens établis en France [établis très majoritairement depuis que l’Algérie est indépendante, libre et qui devrait être plus prospère grâce au pétrole découvert par les Français dans le Sahara peu avant l’indépendance.]

C’est donc un rituel du pouvoir, à Alger, que de vilipender la colonisation, alors même que près de 9 Algériens sur 10 sont nés depuis l’indépendance. C’était d’autant plus facile, pour Abdelmadjid Tebboune, que le Covid-19 lui a donné carte blanche, renvoyant chez eux les centaines de milliers de manifestants du Hirak, le mouvement de contestation qui avait montré que le peuple algérien attend autre chose que le sempiternel discours du FLN.

La vraie question est de savoir si la France va répondre docilement aux injonctions d’Alger. Et c’est là que commencent les inquiétudes si l’on se souvient qu’Emmanuel Macron, en février 2017, alors qu’il n’était que candidat à l’Élysée, avait qualifié la colonisation de « crime contre l’humanité », ajoutant que cette séquence « fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant nos excuses à l’égard de celles et ceux vers lesquels nous avons commis ces gestes », et que, devenu président de la République, il déclarait souhaiter, en janvier dernier, que le travail sur la mémoire de la guerre d’Algérie obtienne, sous sa présidence, « à peu près le même statut que celui qu’avait la Shoah pour Chirac en 1995 ». Cette formule semblait annoncer une reconnaissance de culpabilité de la France dans la guerre d’Algérie, ce à quoi se sont opposés tous les prédécesseurs du chef de l’État, même François Hollande.

Avoir restitué à Alger, comme cela a eu lieu le 3 juillet, les crânes de plus de vingt guerriers arabes et kabyles qui s’étaient révoltés contre la présence française après la fin de la guerre de conquête, et dont les restes étaient conservés au Musée de l’homme à Paris, n’était pas en soi scandaleux : ces combattants ont eu droit, environ cent cinquante ans après leur mort, à un hommage digne, et la France avait déjà eu des gestes symboliques analogues envers d’autres pays afin de marquer une amitié défiant les traces de conflits très anciens. Mais la République algérienne démocratique et populaire est-elle réellement l’héritière des tribus qui affrontaient l’armée française vers 1850, ces tribus n’ayant nulle conscience d’appartenir à une nation algérienne qui n’était même pas en gestation à l’époque, puisque la France venait de conquérir un territoire où se juxtaposaient des peuples hétérogènes ? L’interrogation porte aussi sur l’esprit d’un tel geste mémoriel. Généreuse amitié entre deux peuples sous le signe de l’oubli et du pardon, ou acte de repentance qui ne fera que susciter de nouvelles exigences ?

De quoi la France devrait-elle s’excuser ? D’avoir colonisé l’Algérie ? Mais peut-on refaire l’histoire ? Et n’y aurait donc rien à sauver de cent trente-deux ans de présence française outre Méditerranée ? La France doit-elle s’excuser d’avoir éradiqué des épidémies, construit des hôpitaux, des routes, des barrages et des ponts, d’avoir scolarisé des enfants, d’avoir introduit une agriculture moderne et d’avoir découvert le pétrole et le gaz du Sahara qui restent la richesse principale de l’Algérie d’aujourd’hui ? On dira — avec raison — que la colonisation ne fut pas que cela. Elle eut certes aussi ses échecs, sa part d’ombre, ses contradictions, notamment le fait que ce territoire, partie intégrante de la République française, représenta en réalité une société duale où, sans apartheid légal, mais avec un clivage inscrit dans les faits, deux types de population - Européens et musulmans coexistèrent sans se mêler totalement. [Avant la colonisation française, ce clivage existait déjà entre musulmans et juifs.]

Il faut dire la vérité sur le passé, toute la vérité. Le bien, le mal. Sans rien cacher, mais sans manichéisme et sans anachronisme. La colonisation n’a pas été un crime en soi : elle a été un moment de l’histoire. Dans sa phase de conquête, cette colonisation a été rude pour les colonisés, mais il en a toujours été ainsi depuis la nuit des temps. Quant à la guerre d’indépendance, elle a été violente des deux côtés : quelle guerre n’est pas violente ? La souveraineté française sur l’Algérie, de 1830 à 1962, représente cependant une expérience commune aux Français et aux Algériens. Cette expérience, il faut la regarder en face, sans l’embellir, ni la noircir. Pour les Algériens, cette vision apaisée serait le préalable à une relation enfin adulte avec la France.

Voir aussi
 
Chère Algérie : La France et sa colonie (1930-1962) de Daniel Lefeuvre

« Plus de deux cent mille morts, côté algérien, près de trente mille morts, côté français : telle fut l’issue sanglante de la guerre d’Algérie. Cette guerre meurtrière, qui a longtemps tu son nom, fut aussi extrêmement coûteuse : elle a représenté 20 % du budget de l’État pour la seule année 1959. Fallait-il que les enjeux soient considérables pour que la France manifeste, si longtemps, un tel attachement! Or ce livre démontre qu’il n’en fut rien, mettant à mal, au passage, bien des idées reçues : dès le début des années trente, l’Algérie connaît une crise qui ira s’aggravant jusqu’à son indépendance, et représente un fardeau toujours plus lourd pour la métropole. Les ressources sont insuffisantes pour nourrir une population qui croît très vite, car l’Algérie n’est pas ce pays richement doté par la nature qu’on s’est longtemps plu à imaginer ; la misère s’étend, les Algériens sont, très tôt, contraints de s’expatrier pour nourrir leurs familles — et non parce que la France fait appel à eux pour se reconstruire après 1945. Cette crise, aucune mesure n’a pu la juguler, ni les tentatives pour industrialiser la colonie avant la guerre, ni le plan de Constantine décidé en 1958. Quant à la découverte des hydrocarbures du Sahara, elle fut loin de représenter la manne qui aurait avivé la cupidité de la puissance coloniale... Analysant les relations complexes et changeantes entre les acteurs de la colonisation — État, organismes patronaux, entreprises, citoyens —, Daniel Lefeuvre propose une histoire nuancée et critique de ce pan tragique de notre passé colonial, au risque de heurter les partisans de la commémoration nostalgique comme les tenants d’une « repentante » mal entendue. »


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Lettres classiques — beaucoup d'élèves ne connaissent plus la patience


L’enseignement des lettres classiques n’est plus de saison. Mais il reste quelques passeurs, comme la maison d’édition centenaire Les Belles Lettres, et la jeune helléniste Andrea Marcolongo.


Il n’aura pas fallu très longtemps pour que nous changions de civilisation. En cinquante ans, nous avons presque cessé de faire la guerre, standardisé la possibilité de faire l’amour sans engendrer, mis en quarantaine la moitié de l’humanité, remplacé chez nos enfants les jeux de mains par des jeux vidéo, et les livres par les réseaux sociaux. Le digital, le globish et l’écologie sont devenus notre sainte-trinité, et ces mêmes enfants ne retiennent qu’à peine les textes que leurs professeurs de lettres désenchantés n’ont plus envie de leur transmettre. George Steiner, décédé en février, prophétisait depuis longtemps ce basculement : celui de l’âge des livres vers celui des images. L’incandescent érudit polyglotte ne se faisait pas d’illusions. Pas plus d’ailleurs que Marc Fumaroli, autre virtuose, chantre d’un éternel ressourcement des Modernes dans les Anciens, qui nous a quittés il y a peu. Le sablier ne sera pas inversé. L’Adieu aux Anciens est sans retour possible.

Les lettrés d’aujourd’hui, car il en reste, se penchent donc autrement sur l’Antiquité abolie. Ils sont souvent italiens. C’est le livre de l’archéologue Massimo Osanna sur Les Nouvelles Heures de Pompéi (Flammarion), ou l’attachant atlas étymologique d’Andrea Marcolongo. Cette Italienne gracile à l’œil bleu piquant vit à Paris depuis quelques années. Elle a connu il y a trois ans un succès inattendu avec La Langue géniale, cantilène enflammée pour le grec ancien – 200 000 exemplaires, traduit dans une quinzaine de pays, des conférences jusqu’en Amérique latine. Le public, un certain public en tout cas, continue de répondre présent à ce genre d’appels au secours. Certains se laisseraient sûrement tenter par le défi d’apprendre une langue aussi lointaine. « Beaucoup d’élèves ne connaissent pas la patience, or il faut savoir que cela prend du temps, c’est comme un marathon (grec…), cela doit se préparer », prévient notre interlocutrice diaphane (dont témoigne la photo ci-contre prise par son ami Nikos Aliagas). Il ne faut plus rêver à une génération spontanée de petits hellénistes et latinistes, même si quelques professeurs de combat, comme Augustin d’Humières, fondateur de l’association Mêtis, continuent de remonter le courant. On ne pourra pas contrecarrer la puissance stupéfiante de la civilisation des images. Il nous reste néanmoins la liberté de nous ressourcer grâce à quelques passeurs de mémoire. Modestement, Marcolongo s’y emploie. Non pas en universitaire surabondante de savoir — comme son modèle, Jacqueline de Romilly —, mais en helléniste de terrain, ancienne prof de latin-grec en Italie. Elle a été bien d’autres choses, et notamment l’éphémère plume de l’éphémère président du Conseil italien Matteo Renzi. Cette expérience lui a montré la pauvreté de la langue politique contemporaine, et son rythme haletant, répétitif et amnésique. « Il faut tout le temps surprendre, étonner, faire des coups, et très peu donner sa place à la réflexion et au temps long. » En effet, la politique, jadis si infusée de mémoire et d’histoire, n’est aujourd’hui devenue qu’une comédie amnésique, où les mots n’ont plus de sens qu’euphémisés et tenus par le carcan du « politiquement correct », que Marcolongo déteste.

Car il y a dans toute étymologiste un généalogiste acharné qui se méfie du présent. Les mots sont devenus insipides, car on ne connaît plus rien de leur histoire. « Le présent n’existe pas, si ce n’est dans la distension de l’âme qui récupère les souvenirs et les projette vers ce qui adviendra — le présent est donc ineffable, une simple limite établie entre un passé que nous nous rappelons et un avenir que nous présageons grâce aux souvenirs », écrit-elle. L’étymologiste relie les mots à leur sens archaïque comme le corps mort retient la bouée où s’attache le bateau. « Nommer la réalité, c’est la soustraire à la confusion », ajoute-t-elle, en vestale de l’ordre contre le chaos, ce chaos de la « mer vineuse », chère à Homère, sans bord et sans forme, dont elle parle très bien.

L’histoire des mots ne cesse de corriger les contresens du temps présent. Ainsi, on aurait tort de ne voir qu’une différence de degré entre haïr et détester. Haïr est un vœu éternel d’anéantissement total de l’ennemi. « C’est Polyphème maudissant Ulysse. » En revanche, détester vient de la racine « terstis », qui signifie qu’un « tiers » peut départager les adversaires. On déteste celui dont des témoins confirment qu’il nous a lésés. La querelle peut se purger devant un tribunal. Mieux vaut la détestation, transitive et judiciaire, que la haine, intransitive et meurtrière. À rebours, « je t’aime » se dit en latin : « diligo te », je te choisis. « S’ils ne craignaient rien plus que le chaos aveugle et l’irrationnel, comment pouvaient-ils accepter que le sentiment le plus noble soit le fruit d’une simple coïncidence ? L’amour était pour eux un choix », souligne Marcolongo. Cupidon, l’angelot qui décoche ses flèches au hasard, n’a donc « rien à voir avec la religion romaine », décoche-t-elle à son tour.

Ce livre tord aussi le cou à l’idée moderne d’un « bonheur », qui serait soit le fruit d’un hasard favorable, soit d’un art de se mettre en retrait. Or « felix », radical de « félicité », vient de la racine indo-européenne Fe, qui est à l’origine de fecundus. Le bonheur vient à celui qui est fécond et productif, même quand il connaît des coups durs. « Être heureux ce n’est pas connaître une vie de quiétude, c’est l’énergie d’agir, la joie de faire. L’infélicité est l’incapacité à se mouvoir, c’est rester immobile sans pouvoir chasser les pensées pénibles », résume-t-elle. Le mot « poésie » est lui aussi prisonnier d’un cliché semblable. Comme le savent bien les hellénistes, le radical du mot signifie « faire », « fabriquer ». « Le contraire de la poésie n’est pas la prose, mais l’ataraxie. » On en conclura que les poètes ne sont pas ceux qui jouent à l’être en revendiquant leur désœuvrement, mais tous ceux qui font et en faisant connaissent la félicité d’une vie féconde. « Fabriquer notre présent, c’est donc le poétiser », conclut l’auteur.

Et le mot destin ? Il vient du latin destinare, à savoir fixer, établir, assigner un but. « Les “destinae” étaient des points d’appui, les fondations de la vie. » Là encore, aucune trace de hasard. Nous connaissons la destination que nous voulons atteindre. « Nous préparons notre voyage bien avant d’arriver à “destino”, au destin, comme le dit l’espagnol. » Le fatum est donc l’anti-destin. Sa racine vient du verbe « fari », dire. Ce sont les oukases qu’auraient prononcés des dieux sadiques à notre endroit et auxquels croient les esprits superstitieux. Marcolongo nous rappelle par petites touches que le langage, et seulement lui, nous permet de dominer, à force de patience, le fatum, le hasard, et le chaos. C’est la leçon gréco-latine numéro un !

Source : Le Figaro

Étymologies
par Andréa Marcolongo
publié aux Belles Lettres
à Paris
le 5 juin 2020
332 pages,
ISBN-10 : 2 251 450 866
ISBN-13 : 978-2251450865

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    lundi 6 juillet 2020

    Histoire — Le 8 juillet 1758 eut lieu la victoire de Fort Carillon

    La bataille de Fort Carillon eut lieu le 8 juillet 1758 à Ticonderoga, au sud du lac Champlain (de nos jours dans l’État de New York) dans le cadre de la guerre de Sept Ans. La bataille eut lieu à Fort Carillon entre le lac Champlain et le lac George, qui séparaient la colonie anglaise de New York de la colonie française du Canada. Le Canada français à l’époque comprend les actuelles provinces de Québec, Ontario, Manitoba, Nouveau-Brunswick, l’île du Prince-Édouard et une partie de la Nouvelle-Écosse, ainsi que des États américains comme l’Ohio, l’Indiana, l’Illinois, le Michigan, le Wisconsin, le Nord des États de New York, du Maine, du Vermont et du Nouveau Hampshire.

    Cette victoire décisive française retarda d’un an l’invasion de la vallée du Saint-Laurent.

    Localisation de Fort Carillon
    La bataille eut lieu à environ un kilomètre du fort lui-même. Une armée française et canadienne de presque 4 000 hommes sous le commandement du général Louis-Joseph de Montcalm et du Chevalier de Lévis remporta une victoire sur une force militaire anglaise quatre fois supérieure de 16 000 hommes sous le commandement du général James Abercrombie. Ce dernier attaqua des positions françaises bien retranchées sans appui d’artillerie. La bataille fut la plus sanglante de la guerre avec plus de 3 000 victimes, dont 2 000 furent anglaises.

    L’historien américain Lawrence Henry Gipson écrit que la campagne d’Abercrombie fut semée d’erreurs. Plusieurs historiens militaires ont cité la bataille de Carillon comme exemple classique d’incompétence militaire. Abercrombie, confiant en une victoire éclair, n'envisagea pas plusieurs options militaires viables en compte, comme le contournement des défenses françaises en attendant son artillerie ou de faire le siège du fort. Il fit plutôt confiance à un rapport erroné de son jeune ingénieur militaire et ignora ses recommandations. Il décida un assaut frontal sur les positions françaises, sans l’appui de l’artillerie. Montcalm, malgré son mépris pour la faible position militaire du fort, a conduit la défense avec brio.

    Le fort Carillon restauré
    Le Fort Carillon est situé sur une pointe au sud du lac Champlain et au nord du lac George, un point naturel de conflit entre les forces françaises se déplaçant vers le sud de la Nouvelle-France par la rivière Richelieu et à travers la vallée du lac Champlain vers la vallée de l’Hudson, et des bandes iroquoises au début de la colonie puis des forces britanniques de New York remontant vers le nord. Le fort est entouré d’eau sur trois côtés et, sur une moitié du quatrième côté, par un marécage. La portion restante a été puissamment fortifiée par de hauts retranchements, soutenus et accompagnés par trois batteries de canons, et devant cet ensemble, par des abattis d’arbres dont les bouts des branches furent durcis au feu, créant ainsi une formidable défense. Le fort Carillon contrôlait donc le Sud du lac Champlain et l’accès au fleuve Hudson. C’est par ce fort que les troupes du marquis de Montcalm partirent détruire le Fort William Henry, en août 1757.

    Montcalm avait organisé les forces françaises et canadiennes en trois brigades et une réserve. Il commandait le régiment Royal-Roussillon et le régiment de Berry au centre des retranchements défensifs alors que Lévis commandait le régiment de Béarn, le régiment de Guyenne, et le régiment de la Reine sur la droite et Bourlamaque commandait le régiment de La Sarre et le régiment de Languedoc sur la gauche. À chaque bataillon furent données à peu près 100 verges (90 mètres) de retranchements à défendre. Les redoutes avec des canons protégeaient les flancs des retranchements bien que celle de droite ne soit pas achevée. Le terrain plat entre le flanc gauche et la rivière de La Chute était gardé par la milice et la marine, qui avaient aussi construit des abattis pour protéger leurs positions. Les forces de réserve étaient soit dans le fort, soit sur les terrains entre le fort et les retranchements sur le mont Espoir. Des détachements de chaque bataillon étaient tenus en réserve, pour intervenir dans les endroits où l’on aurait besoin d’eux.

    Les troupes françaises s’avancent sur le mont Carillon à l’ouest du Fort

    Les 3 600 hommes (dont les 400 Canadiens du chevalier de Lévis) de Louis-Joseph de Montcalm et 300 Abénaquis brisèrent l’assaut des 16 000 Britanniques (dont 6 000 tuniques rouges et 10 000 coloniaux) et de leurs alliés sauvages, les Agniers (qui ne prirent pas part à la bataille), sous les ordres du major général James Abercrombie.

    La position française était organisée de sorte qu’ils pouvaient tirer sur les forces britanniques lors de leur avance. L’abattis devint vite un champ de morts. Vers 14 h, il était clair que la première vague d’attaque était un échec. Montcalm était actif sur le champ de bataille, après avoir enlevé son manteau, il se déplaça pour visiter ses soldats et les encourager en s’assurant que tous leurs besoins fussent satisfaits (voir l’illustration ci-dessous).

    Montcalm et ses troupes victorieuses

    Après que la première vague d’attaque eut échoué, Abercrombie persista à lancer d’autres attaques similaires. Lorsqu’il écrira pour sa défense, il rejettera le tort sur l’évaluation de Clerk selon laquelle les défenses françaises pouvaient facilement être prises d’assaut.

    À environ 14 h, les barges britanniques qui portaient l’artillerie lourde commencèrent à descendre la rivière de La Chute et, contrairement au plan initial, descendirent le canal entre une île dans la rivière et la rive proche du fort français. Ceci les amena à portée des lignes françaises sur les berges et de quelques-uns des canons du fort. Les canons du côté sud-ouest du fort coulèrent deux des barges, ce qui fit battre les autres barges en retraite.

    À environ 17 h, le 42e régiment britannique entama une offensive désespérée qui réussit finalement à atteindre le mur des Français ; mais ceux qui avaient l'avaient franchi se firent accueillir à la baïonnette. Un observateur britannique mentionna que « Nos forces tombèrent très vite », et un autre écrivit qu’« elles furent fauchées comme de l’herbe ». La tuerie continua jusqu’au coucher du soleil

    Réalisant enfin l'ampleur du désastre, Abercrombie ordonna à ses troupes de plier bagage et de marcher vers un espace dégagé sur le lac George. La retraite au travers de la forêt sombre fut faite en panique et dans le désarroi puisque circulaient des rumeurs dans les rangs d’une attaque des Français. À l’aube, le matin suivant, l’armée remonta le lac George, pour regagner sa base au sud au coucher du soleil. La défaite humiliante de la retraite était immédiatement manifeste à certains participants à la bataille ; le lieutenant colonel Artemas Ward écrivit qu’« ils se sont retirés avec honte ».

    Abercrombie avait mené une attaque brusquée de 12 h à 19 h sans son artillerie sur la face la mieux protégée du bastion. Le capitaine-ingénieur Pierre Pouchot de Maupas laissa le récit détaillé de la terrible bataille et de la glorieuse victoire. C’est lui qui commanda le feu quand les ennemis, croyant voir un drapeau parlementaire, s’étaient approchés du retranchement : 300 Anglais tombèrent foudroyés à bout portant.

    Les Britanniques laissent près de 2000 soldats tués ou blessés (certaines sources parlent de 3000, d’autres de 1500 morts et blessés). L’armée française compte 106 tués et 266 blessés, les envahisseurs se retirèrent vers le lac du Saint-Sacrement (aujourd’hui lac George), abandonnant armes, munitions et blessés. Le 42e régiment royal des Highlands (Black Watch) perdit la moitié de son effectif. Du côté français, les pertes furent nettement moindres : 104 tués et 273 blessés.

    Le Drapeau de Carillon

    Après la conquête de 1760, le Québec a progressivement été dépouillé de ses symboles distinctifs : le castor, la feuille d’érable et jusqu’à son nom de « Canadien », tous confisqués par le Canada anglais. Ne semblaient plus rester que de vagues légendes et coutumes devant tout autant aux Autochtones et Irlandais qu’aux Français. Durham put alors écrire en 1839 que ce peuple n’a ni histoire ni littérature.

    Qui plus est, le seul drapeau désormais hissé au Québec est celui du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande, l’Union Jack ; il représentera le Canada à l’international, lors des deux guerres mondiales, aux Jeux olympiques et jusqu’au cœur des années 1960.

    Un siècle après la conquête, les francophones n’avaient donc ni de nom, ni de symboles distinctifs, ni même de drapeau. Les patriotes tentent bien d’en populariser un arborant trois bandes horizontales (verte, blanche et rouge), ainsi que divers autres symboles républicains, mais ils sont écrasés en 1837-1838. Lors des défilés Saint-Jean-Baptiste du 24 juin, on se rabattra donc sur le petit Saint-Jean-Baptiste accompagné d’un mouton et, en guise de drapeau, sur le tricolore bleu, blanc, rouge, piètre rappel des racines françaises.

    Au milieu du XIXe siècle, la fleur de lys et les autres emblèmes français avaient résolument disparu du paysage québécois. À l’automne 1847, Louis de Gonzague Baillairgé, avocat distingué de Québec, est contacté par un mystérieux prêtre l’avisant être en possession d’une pièce inestimable. L’homme est en fait le frère Louis Martinet, dit Bonami, le dernier survivant de l’ordre des Récollets au Québec qui, avant de mourir, souhaitait raconter à Baillairgé l’histoire du drapeau de Carillon…

    Avers et revers du drapeau Carillon

    Présent à la bataille, le Supérieur des Récollets avait alors rapporté à Québec l’étendard qu’avaient brandi les troupes françaises, représentant quatre fleurs de lys pointant vers un centre marqué des armes du roi de France. La précieuse relique fut ensuite conservée, malgré la conquête anglaise ainsi qu’un incendie qui dévasta l’église de l’ordre où l’étendard était conservé jusqu’en 1796. Pieusement remisée dans un coffre, la relique s’était ainsi retrouvée en possession du dernier survivant de l’ordre qui souhaitait maintenant, par le biais de Baillairgé, la rendre au peuple québécois comme le témoignage d’une de ses plus glorieuses pages d’histoire.

    Dès le 24 juin 1848, Baillairgé souhaita faire connaître sa découverte et prêta le fameux étendard qui « aurait vu le feu à Carillon » pour qu’il fût présenté à la foule lors du défilé de la Saint-Jean-Baptiste de Québec. Le drapeau frappa immédiatement l’imaginaire du peuple qui lui voua aussitôt un culte. En 1858, Octave Crémazie allait lui consacrer son plus célèbre poème, Le drapeau de Carillon, qui allait devenir une chanson populaire. La renommée de la relique était dès lors assurée. Avec l’étendard de Carillon, ce sont toutes les origines françaises qui refont surface : la croix de Gaspé, les armoiries de Québec, les enseignes régimentaires de la Nouvelle-France.


    La chanson Ô Carillon

    En 1902, le curé de Saint-Jude, Elphège Filiatrault en proposa une version assortie d’une croix blanche et d’un cœur de Jésus à la place des armoiries. Le Carillon Sacré-Cœur était né. Il s’imposa peu à peu lors des défilés de la Saint-Jean-Baptiste.

    Le Carillon-Sacré-Coeur

    Partout cependant, l’Union Jack continuait à trôner. En 1947, la Fédération des sociétés Saint-Jean-Baptiste (aujourd’hui le MNQ) réclama donc que le Québec se dote d’un drapeau véritablement national et dont nous soyons fiers. La pression devint alors si forte sur le Premier ministre Maurice Duplessis qu’il prit l’initiative de faire enlever l’Union Jack du Parlement et de hisser à la place le fleurdelisé, le 21 janvier 1948, un siècle presque jour pour jour après qu’on eut tiré de l’oubli le glorieux drapeau de Carillon.

    Partout au Québec, ce geste fut salué comme une grande source de fierté nationale. Au Canada anglais en revanche, ce fut la consternation. Jamais une autre province ni même le Canada n’avaient songé à remplacer le drapeau anglais comme emblème du pays. Le geste du Québec était donc sans précédent.

    samedi 4 juillet 2020

    Allemagne — Décapiter statue de Bismarck pour son rôle dans la colonisation, il y était pourtant peu favorable...

    L’avenir du plus grand monument au monde consacré à Bismarck qui culmine avec son socle à 34 mètres de hauteur à Hambourg continue de susciter des discussions. L’administration de la Culture a annoncé qu’une plaque critiquant la politique de Bismarck serait apposée dans la base du monument après sa rénovation. De plus, on prévoit un colloque à l’automne pour discuter de la façon de gérer le monument. Pour des critiques tels que le pasteur protestant et expert en culture mémorielle Ulrich Hentschel, le monument représente la mégalomanie et les crimes du colonialisme. Nous reproduisons ci-dessous quelques paragraphes de son entretien avec la NDR, le diffuseur étatique local (du Nord de l’Allemagne).

    NDR — Monsieur Hentschel, que feriez-vous avec Bismarck ?

    Ulrich Hentschelé — Il existe de nombreuses idées. L’une serait de répéter la scène qui a eu lieu peu de temps avant l’inauguration officielle du monument. L’énorme tête de M. Bismarck a été amenée d’Altona [ville non loin de la statue] jusqu’au monument dans une charrette, puis placée au sommet. Pourquoi ne pas redescendre cette tête et la poser sur une charrette de pierre qui serait cette fois, pour ainsi dire, sur le chemin du retour. Cela causerait de l’irritation. Mais c’est extrêmement important, afin de briser la monumentalité et la force de ce monument. Il ne sert à rien de mettre quelques panneaux explicatifs dans les catacombes. La force doit être brisée. Cela nécessite des idées originales. Quelqu’un avait suggéré de simplement incliner le grand Bismarck. Je soupçonne que ce serait plus complexe et plus cher. Mais on devrait discuter de tout cela à l’automne. En fin de compte, le vieux Bismarck ne devrait plus dominer Hambourg dans sa pose héroïque armée d’une épée.

    NDR — Que répondez-vous à ceux qui pensent que c’est notre histoire et l’iconoclasme n’aidera personne ?

    Hentschel. — Je leur dis : oui, c’est notre histoire. Et c’est pourquoi nous devons montrer ce que Bismarck signifiait vraiment. Parce qu’il n’était pas un héros qui n’a fait qu’apporter de bonnes choses au monde. On sait qu’après une première hésitation, il a fondé la politique coloniale allemande. Lors d’une conférence à Berlin qu’il a convoquée, il s’est tenu avec d’autres penchés sur une carte de l’Afrique, puis ils ont divisé le continent entre eux comme une bande de voleurs. Il convient également de rappeler qu’il a interdit l’organisation précurseur du parti socialiste allemand.




    Bismarck le colonisateur à contre-cœur, même après la conférence de Berlin

    Bismarck s’est opposé aux acquisitions coloniales, faisant valoir que le fardeau d’obtenir, de conserver et de défendre de telles possessions l’emporterait sur tout avantage potentiel. Il pensait que les colonies ne payaient pas pour elles-mêmes, que le système bureaucratique formel allemand ne fonctionnerait pas bien dans les tropiques faciles à vivre et que les conflits diplomatiques provoqués par les colonies détourneraient l’Allemagne de son intérêt central, l’Europe elle-même. Quant aux dessins français sur le Maroc, Chlodwig, prince de Hohenlohe-Schillingsfürst a écrit dans ses mémoires que Bismarck lui avait dit que l’Allemagne « ne pourrait qu’être satisfaite si la France prenait possession du pays » car « elle serait alors très occupée » et distraite de la perte de l’Alsace-Lorraine.

    Pressions internes

    Bismarck fut contraint d’évoluer et de définir une nouvelle politique. Trois arguments tempérèrent ces certitudes anticolonialistes : le problème de l’émigration allemande, celui de la marine et enfin la question du prestige du Reich. En effet :

    1. Pays d’émigration durant tout le XIXe siècle, l’Allemagne avait vu partir sans espoir 3,5 millions des siens entre 1819 et 1885 principalement aux États-Unis. Il s’agissait d’une véritable hémorragie humaine et les groupes de pression coloniaux, dont la Ligue coloniale fondée en 1883, militaient pour que ce flot soit détourné vers des colonies de peuplement appartenant à l’Allemagne.


    2. L’Allemagne s’était lancée dans un ambitieux programme maritime destiné à garantir la liberté commerciale sur toutes les mers du globe. Mais encore fallait-il disposer de points d’appui sûrs : il était donc nécessaire des colonies.

    3. Les initiatives commerciales privées permettaient certes à l’État de ne pas être engagé dans un engrenage colonial, mais, en cas de menace sur des ressortissants allemands, là où aucune autre autorité européenne ne s’exerçait, fallait-il les laisser massacrer sans intervenir ?

    Bismarck qui ne pouvait plus s’opposer au mouvement de course aux colonies tenta d’en rester maître, de le contrôler et même de le freiner. Il affirma ainsi que la constitution d’un empire colonial n’était pas un but, une fin en soi, mais simplement un moyen de soutenir et d’aider le commerce de l’Allemagne.


    Conférence de Berlin

    En 1884, il organise la conférence de Berlin afin de régler le partage de l’Afrique entre les différentes puissances européennes et notamment le sort du Congo.

    Les historiens débattent du motif exact derrière ce changement soudain et de courte durée de la part de Bismarck. Il savait que l’opinion publique avait commencé à exiger des colonies pour des raisons de prestige allemand. Bismarck voulait également saper les libéraux anti-coloniaux qui étaient parrainés par le prince héritier qui, étant donné la vieillesse de Guillaume Ier, pourraient bientôt devenir empereur et destituer Bismarck. En effet, une politique colonialiste aurait inévitablement pour effet de dégrader les relations avec la Grande-Bretagne, mettant ainsi de la distance entre Frédéric et l’Angleterre.

    L’Allemagne ne possédant pas à l’époque du congrès de Berlin en 1884 les moyens militaires et navals en vue de conquêtes territoriales de vive force, le chancelier Bismarck se fit en cette occasion le chantre du commerce libre et de la libre entreprise dans la zone centre-africaine.  La mise en place de l’empire colonial allemand s’est déroulée sans heurts, à commencer par la Nouvelle-Guinée allemande en 1884.

    Devant le défenseur de la colonisation Eugen Wolf, le chancelier déclarera cependant en 1888 : « Votre carte de l’Afrique est effectivement très belle, mais ma carte de l’Afrique est, elle, située en Europe. La France est à gauche, la Russie à droite et nous nous trouvons au milieu. Ça, c’est ma carte de l’Afrique. » Il quittera le pouvoir deux ans plus tard, en mars 1890.

    La colonisation après la mise à l’écart de Bismarck

    Après la mise à l’écart de Bismarck par le nouvel empereur Guillaume II, monté sur le trône en 1888, l’Allemagne mit en œuvre une politique coloniale différente de celle suivie sous le règne de Guillaume Ier.

    Désormais, le Reich ne réclama plus seulement la liberté pour ses maisons de commerce, mais une place en Afrique correspondant à sa véritable puissance économique (supérieure à celle à la Grande-Bretagne dès la fin du siècle).

    Rappelons qu’en termes de PIB à parité de pouvoir d’achat (PPA), l’Empire allemand était la deuxième économie du monde occidental après les États-Unis, mais talonné par l’empire russe avec, en 1913, un PIB (PPA) de 237 milliards de dollars internationaux soit 8,8 % du PIB mondial pour l’Allemagne et 232 milliards de dollars internationaux soit 8,6 % pour la Russie. Le Royaume-Uni seul avait un PIB de 224,6 milliards soit 8,3 % du PIB mondial. En ajoutant ses dominions et ses colonies, l’Empire britannique représentait cependant 20 % du PIB mondial. La France sans ses colonies avait un PIB (PPA) de 144,5 milliards soit 5, 3 % du PIB mondial. Le Canada 68,2 milliards (2,5 %) et la Belgique 32,4 milliards (1,2 %).

    Étudiants chinois de l’école supérieure sino-allemande de Tsing-Tao (Chine)


    Le Dr Kayser, directeur de la section coloniale du ministère des Affaires étrangères, entreprit de transformer des comptoirs isolés et sans arrière-pays en empire colonial. Comme il ne fut guère encouragé dans cette voie par le chancelier bon Caprivi, successeur de Bismarck depuis le 20 mars 1890, il lui fallut attendre 1894 pour voir le chancelier Carl Viktor von Hohenlohe-Schillingsfürst engager définitivement le Reich dans une véritable politique coloniale. Cette nouvelle orientation se traduisit par une augmentation significative des crédits coloniaux qui passèrent de 2 millions de marks pour l’exercice 1890-1891 à près de 10 millions pour 1896-1897.

    Bâtiment principal de l’école supérieure sino-allemande de Tsing-Tao (Chine) aujourd’hui Administration ferroviaire de Qingdao

    À partir de ce moment, l’Allemagne chercha à acquérir  des positions partout de par le monde et l’Extrême-Orient eut les faveurs de Guillaume II. La convention sino-allemande du 6 mars 1898 donna en bail à l’Allemagne pour 99 ans, la baie de Kiao-Tchéou et le port de Tsing-Tao. Le 12 février 1899, l’Allemagne racheta à l’Espagne (vaincue par les États-Unis venus « libérer » les Philippines en 1898) les Carolines, les Mariannes et les îles Palaos puis elle acquit les îles Bougainville et Buka.

    Une preuve de l’intérêt croissant des questions coloniales en Allemagne est fournie par l’importance que ces dernières prirent dans les questions de politique intérieure et notamment dans les débats au Reichstag avec les attaques systématiques menées par le parti socialiste contre le gouvernement. En 1906, le Reichstag refusa même de voter l’ambitieux de voies ferrées ; il s’était également opposé à la création d’un ministère des Colonies et à l’augmentation de la garnison dans le Sud-Ouest africain, la future Namibie. C’est à ce moment que l’empereur décida de dissoudre le Reichstag et de placer à la tête de l’administration coloniale un homme à poigne : Bernhard von Dernburg. Les élections qui suivirent la dissolution renforcèrent la majorité gouvernementale : les Allemands adhéraient donc à la politique coloniale nationale. Le nouveau Reichstag accorda les crédits refusés par le précédent.

    Loi antisocialiste contreproductive ?

    Quant à la loi antisocialiste, elle est prévue au départ pour une durée de deux ans et demi, mais prorogée à plusieurs reprises, interdit les rassemblements, les associations et les écrits sociaux-démocrates. Concrètement, cela signifie que le SAP, ses associations affiliées et les syndicats sont interdits. Les infractions à la loi sont punies par des amendes et des emprisonnements.

    Les sociaux-démocrates peuvent cependant continuer à se porter candidats de manière individuelle. De fait, les groupes parlementaires sociaux-démocrates peuvent continuer à exister aussi bien au Reichstag que dans les parlements régionaux.

    Ayant appris de sa défaite contre l’Église catholique lors du Kulturkampf, une série de lois répressives contre les catholiques allemands, Bismarck décide cette fois d’associer à la répression un volet plus apaisant à ces lois. Il fait ainsi voter une série de lois sociales avec l’instauration d’un système d’assurance maladie et invalidité en Allemagne, bien avant les autres grandes puissances européennes. Il espère ainsi de vaincre les sociaux-démocrates sur leur terrain et endiguer leur progression.

    Ce dernier objectif n’est cependant pas atteint. Le nombre de suffrages que reçoivent les sociaux-démocrates pendant la période des lois antisocialistes ne cessent en effet de croître : en 1881 ces candidats récoltent 311 961 voix, en 1884 549 990, en 1887 763 128 et enfin en 1890 la bagatelle de 1 427 000 voix. Cette dernière élection fit du parti socialiste celui ayant reçu le plus de suffrages dans l’Empire allemand pour la première fois.

    La nouvelle victoire des socialistes aux élections joue un rôle important dans la démission de Bismarck en 1890, démission demandée par le nouvel Empereur Guillaume II. Finalement, après un nouveau débat pour prolonger la loi durant lequel les députés sociaux-démocrates mettent en lumière les méthodes peu scrupuleuses de la police contre les socialistes, le Reichstag rejette la proposition lors du vote du 25 janvier 1890.

    Les sociaux-démocrates continuent à gagner en influence après le retrait de la loi. Le SAP est renommé SPD en 1891 lors du congrès d’Erfurt. Les élections de 1912 marquent un sommet : le parti récolte 34,8 % des voix et 110 mandats au Reichstag.


    Source : NDR

    Crise de la virilité et du féminisme contemporain ?

    Frédéric Taddeï reçoit dans son émission :
    - Raphaël Liogier, sociologue
    - Julien Rochedy, auteur.


    Dénormaliser l'hétérosexualité et la famille tradi : petits pas et gros mensonges

    Éric Zemmour : « ils veulent détruire la norme hétérosexuelle », la technique est faite de petits pas et de gros mensonges. De « pieux mensonges » pour la cause LGBTQ2SAI+.

    Éric Zemmour d’affirmer que « Le premier pas vers la GPA [gestation pour autrui, les mères porteuses] a été franchi quand on a voté le PACS ».

    « Depuis il y a une stratégie de petits pas en petits pas, de gros mensonges en gros mensonges : à chaque fois, on nous dit qu’il n’y aura pas l’étape suivante alors qu’on sait qu’il y aura cette étape », d’ajouter le chroniqueur du Figaro et de CNews.

    Le PACS (une union civile) fut voté par le gouvernement socialiste de Jospin dans le but de « prendre en compte une partie des revendications des couples de même sexe qui aspiraient à une reconnaissance globale de leur statut, alors que la jurisprudence de la Cour de cassation refusait de regarder leur union comme un concubinage ». [« Étude d’impact du projet de loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe », sur Légifrance, , pp. 5-6.]