dimanche 15 septembre 2019

De plus en plus de jeunes ne savent plus tenir un stylo

À force de manier tablettes tactiles et manettes de jeu, de plus en plus de jeunes ne savent plus tenir un stylo. Leur manque de force et de dextérité dans les doigts désespère les professeurs. Et nécessite une rééducation par des graphopédagogues. Un texte d’Ingrid Riocreux.


À l’heure où j’écris ces lignes, les vacances scolaires ne sont pas terminées et je prépare mes cours en essayant de concilier les exigences des nouveaux programmes (huit livres dans l’année) et la réalité des élèves que je vais trouver en face de moi : « Madame, il fait quinze lignes, le texte, ça fait beaucoup de écrit ! » Et si la lecture représente pour mes lycéens [15-18 ans] une activité fatigante dont la pratique demeure exclusivement associée à la contrainte scolaire, l’écriture ne leur est pas plus agréable. Dans l’établissement où j’enseigne, gros lycée de province qui draine un public représentatif de la « France périphérique » (ni la bourgeoisie urbaine ni la banlieue à problèmes), sur une classe de 35 élèves, dont deux ou trois sont diagnostiqués « dysgraphiques », en réalité, seuls cinq savent vraiment tenir un stylo.

vendredi 13 septembre 2019

Mythe : « seuls les enfants peuvent apprendre de nouvelles langues avec un haut degré de maîtrise »

Dans une conférence qu’il présentait la semaine passée au congrès de l’Acfas qui se déroulait au Palais des congrès de Montréal, un chercheur de l’École des sciences de la communication de l’Université McGill a déboulonné le soi-disant mythe selon lequel « seuls les enfants peuvent apprendre de nouvelles langues avec un haut degré de maîtrise », les adultes quant à eux n’y parviennent pas ou beaucoup plus difficilement, « car leur cerveau mature en a perdu la capacité ».

On croit depuis déjà plusieurs dizaines d’années qu’il existe une période critique, située avant la puberté, durant laquelle il serait beaucoup plus facile d’acquérir une langue et de la maîtriser parfaitement. Certains spécialistes pensent que la maturité qu’a atteinte le cerveau des adultes forcerait ceux-ci à faire appel à « des mécanismes neurocognitifs différents de ceux des enfants pour apprendre une nouvelle langue », a rappelé Karsten Steinhauer. D’autres croient plutôt que les adultes utilisent les mêmes mécanismes neurocognitifs, mais que « leur motivation » pour apprendre est moindre de celle des enfants. Enfin, d’autres chercheurs ont émis une troisième hypothèse « mitoyenne », selon laquelle un adulte utiliserait dans un premier temps des mécanismes neurocognitifs différents de ceux employés par les enfants, mais qu’au cours de l’apprentissage, ces mécanismes « convergeraient graduellement vers ceux sollicités par les enfants ».

Pour tester ces différentes hypothèses, Karsten Steinhauer a fait appel à la technique d’électroencéphalographie (EEG), qui en raison de sa grande précision temporelle correspond mieux à l’étude de « la parole, qui est rapide et dynamique ». Grâce à cette technique, il a enregistré les « potentiels évoqués cognitifs » (PÉc) - sur le scalp de trois groupes de sujets - des locuteurs anglophones, des adultes francophones apprenant l’anglais mais ayant acquis un niveau intermédiaire de cette langue seconde, ainsi que des francophones ayant atteint un niveau avancé de maîtrise de l’anglais - tandis qu’on leur faisait écouter des phrases anglaises et françaises correctes, puis rendues insensées par le changement d’un mot.

Karsten Steinhauer a ainsi remarqué que les PÉc enregistrés chez les adultes ayant atteint un niveau intermédiaire se rapprochaient de ceux observés chez les locuteurs anglophones ayant appris leur langue au début de leur vie. Chez les francophones qui étaient parvenus à un niveau avancé, les PÉc étaient similaires à ceux des anglophones. En d’autres termes, le cerveau de ces derniers se comportait désormais comme celui des locuteurs dont l’anglais était la langue maternelle ou avait été acquis dès le plus jeune âge. « La convergence était complète, a indiqué M. Steinhauer en conférence. Ces données vont donc à l’encontre de l’hypothèse selon laquelle il existerait une période critique pour l’apprentissage et elles soutiennent la troisième hypothèse. »

« Il n’est pas impossible de changer les connexions synaptiques dans le cerveau d’un adulte. On peut apprendre à conduire la voiture et à jouer au tennis à l’âge adulte, c’est similaire pour l’apprentissage d’une nouvelle langue », a-t-il ajouté.

Dans un second temps, Karsten Steinhauer a voulu savoir si la méthode employée pour acquérir une langue seconde pouvait influencer l’apprentissage à l’âge adulte et s’il favorisait la convergence qu’il avait observée dans son étude précédente. « Il est possible que le type d’exposition à la nouvelle langue influence le mécanisme d’apprentissage », a-t-il soulevé. Il a donc comparé l’apprentissage implicite dans un contexte d’immersion à un apprentissage explicite en salle de classe. Toujours en comparant les enregistrements EEG, il a constaté qu’au début, le groupe ayant suivi un enseignement explicite réussissait mieux que le groupe en immersion, mais pas pour très longtemps. Seul le groupe en immersion présentait au bout d’un certain temps des PÉc similaires à ceux enregistrés chez les individus dont il s’agissait de la langue maternelle. « L’immersion semble accélérer la convergence », a précisé le chercheur.

Source




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jeudi 12 septembre 2019

Ados qui ne sortent pas ensemble seraient plus heureux et moins déprimés

Contrairement à ce que les films et émissions de télévision nous présentent au sujet des adolescents à l’école, une nouvelle étude a révélé que les adolescents qui ne sortaient (flirtaient) pas seraient plus heureux, moins déprimés et plus aptes à faire face à diverses situations sociales.

L’équipe de recherche de l'Université de Georgie a découvert que les adolescents qui ne sortaient pas alors qu’ils étaient à l’école secondaire avaient de bonnes aptitudes sociales, un faible niveau de dépression et s’en sortaient généralement aussi bien, voire mieux, que leurs camarades de classe.

« La majorité des adolescents ont déjà vécu une expérience romantique entre 15 et 17 ans », explique la doctorante et auteur principale de l’étude, Brooke Douglas, dans un communiqué. « Cette fréquence élevée a conduit certains chercheurs à suggérer que la fréquentation pendant l’adolescence est un comportement normatif. Autrement dit, les adolescents qui ont une relation amoureuse sont donc considérés comme “dans les temps” dans leur développement psychologique », alors que ceux qui ne sortaient pas étaient en quelque sorte en retard.

« Est-ce que cela signifie que les adolescents qui n’ont pas rendez-vous avec l’autre sexe sont inadaptés d’une manière ou d’une autre ? Qu’ils sont des inadaptés sociaux ? Peu d’études ont examiné les caractéristiques des jeunes qui ne sortent pas pendant l’adolescence et nous avons décidé d’en apprendre davantage », poursuit Douglas.

Ainsi, afin de déterminer si cette hypothèse à la mode était correcte, Douglas et son équipe ont examiné un groupe de 594 élèves de 10e année [16 ans] qui n’avaient signalé aucune activité romantique pendant sept ans. Ils ont examiné les capacités émotionnelles et sociales de chaque élève, puis comparé ces informations à celles de leurs pairs qui sortaient souvent.

Les données recueillies utilisées dans le cadre de l’étude l'ont été auprès d’un groupe d'élèves du nord-est de la Georgie pendant les 7 années alors qu’ils passaient de la sixième (12 ans) à la douzième année scolaire (18 ans). La collecte des données a commencé en 2013. Chaque printemps, les élèves étaient interrogés sur leurs habitudes en matière de fréquentation, ainsi que sur un certain nombre d’autres facteurs émotionnels et sociaux tels que les relations positives avec les amis, la vie de famille, le comportement à l’école, les symptômes de dépression et les idées suicidaires. Les enseignants de chaque élève ont également été interrogés et interrogés sur les aptitudes sociales de l’enfant, ses caractéristiques de leadership et ses symptômes de dépression.

À contre-courant avec ce que nous serinent les feuilletons diffusés depuis des décennies, les auteurs de l’étude ont découvert que les élèves qui ne sortaient pas avaient des aptitudes interpersonnelles similaires, voire meilleures, que leurs camarades qui avaient de petits amis. En outre, bien que les notes autodéclarées de relation positive ne diffèrent pas d’un groupe à l’autre, les enseignants notaient bien mieux ces élèves sans relation amoureuse que leurs camarades en quête de romance sur le plan des compétences sociales et de leadership.

En ce qui concerne la dépression, les enseignants ont également classé les élèves qui ne sortaient pas comme moins déprimés. En outre, beaucoup moins d’élèves abstinents ont déclaré se sentir déprimés ou désespérés régulièrement que les élèves qui sortaient.

« En résumé, nous avons constaté que les étudiants qui ne sortaient pas se débrouillaient bien et suivaient simplement une trajectoire développementale différente et saine de celle de leurs camarades », explique la co-auteur de l’étude, Pamela Orpinas.

Douglas et son équipe estiment que les écoles devraient faire davantage pour rappeler aux élèves que le fait de ne pas sortir avec quelqu’un en couple est aussi sain et normal que de sortir en couple.

« En tant que professionnels de la santé publique, nous devrions plus souvent rappeler que les adolescents peuvent de choisir de sortir ou non avec quelqu’un », conclut Douglas.

Source : Journal of School Health.

mercredi 11 septembre 2019

Les jeux vidéos sont-ils nocifs pour les jeunes ?


Le « Audiard » est sa langue maternelle. C’est rare dans une profession qui d’habitude s’interdit les hyperboles et les antithèses mordantes. Le livre de Desmurget, c’est un peu « les cons, ça ose tout… y compris nous faire croire que les jeux vidéo sont bons pour la santé mentale de nos enfants ». Ce docteur en neurosciences, qui travaille avec l’INSERM et le CNRS sur la plasticité neuronale, ne renierait pas le récital des meilleures répliques des Tontons flingueurs. Et son état d’esprit est à peu près celui-là : « Moi, quand on m’en fait trop, j’correctionne plus, j’dynamite, j’disperse, j’ventile. »

Pendant ses nuits d’insomnies, il a désossé des centaines d’études et de rapports scientifiques publiés dans le monde sur les jeux vidéo. Avec cette seule question à l’esprit : sont-ils bons pour le cerveau ? La réponse est NON. Ils créent de la dépendance, et tous les tests indiquent qu’ils nuisent aux performances scolaires. Pourtant, la moindre étude à la méthodologie incertaine qui esquisse l’idée contraire est immédiatement amplifiée « par les médias », qui préfèrent « le débat contradictoire » à la démonstration pédagogique d’une vérité établie par des méthodes rigoureuses.

[...] combien de temps a-t-il fallu pour convaincre que « le tabac nuit à la santé ». Quant aux jeux vidéo, on va dire que ceux qui les critiquent sont stipendiés par la société secrète des réacs antépathes, nostalgiques de la blouse grise et du boulier compteur. La messe (en latin) est dite. À cette peur de paraitre ringard s’ajoute la pression économique. Desmurget s’en prend par exemple à l’Académie des sciences, qui a choisi de ne pas décourager les fabricants de jeux interactifs (qui, en France, sont talentueux), en produisant un avis plutôt favorable.

Mais venons-en au fait. Quels sont les effets nocifs du jeu vidéo ? « L’effondrement des interactions langagières et de la concentration, le surpoids, l’irritabilité », résume Desmurget. Bien sûr, il n’est pas facile de résister à la déferlante. Pas simple d’interdire. On comprend une certaine indulgence parentale, une certaine lassitude professorale. Ils s’en remettent au fil de l’eau des modes numériques du moment, faute de signaux d’alerte suffisamment musclés. Les parents débordés ajouteront que « sans jeux vidéo, les enfants ne peuvent plus avoir d’amis ». Et effectivement, c’est un argument massue. Et de fil en aiguille, chacun trouve normal de donner un téléphone dit intelligent dès la cinquième [12 ans] ou la quatrième [13 ans], plutôt qu’un simple téléphone. C’est la génération écolo, nous dit-on. Vraiment ?

Et ce ne sont pas seulement les enfants ayant entre 2 et 5 ans qu’il faut impérativement éloigner de l’écran — point qui a fini par être entendu par une majorité de parents. Les préados et les ados aussi. « L’adolescence aussi est l’une des phases de plasticité neuronale les plus intenses », rappelle notre auteur. Desmurget ne propose d’ailleurs pas d’en bannir à tout jamais l’usage.

Mais il suggère pour les moins de 16 ans de le limiter à une heure par jour. Un enfant qui joue trop — donc plus d’une heure par jour, mais une demi-heure serait l’idéal-est un enfant qui risque d’avoir « le vocabulaire d’un berger allemand un peu éduqué », mais aussi de perdre sa capacité pulmonaire faute d’exercice physique, de se montrer insomniaque et irritable, car le monde, hélas, ne répond que rarement dans la microseconde à nos sollicitations. Tel cet enfant de 12 ans arrivant chez des amis à la campagne et s’exclamant « c’est nul ici, il n’y a pas de connexions ! ».

[...]

La technique, oui, Internet, oui. Mais la civilisation du joystick, bof. Alors, les États s’inquiètent-ils de tout ça ? Le seul qui le fasse est Taïwan. « Le gouvernement a prévu une amende de 1500 euros si on expose un enfant de moins de 2 ans à un écran, et l’amende vaut aussi pour tout adolescent qui joue plus d’une demi-heure. » Menace plutôt symbolique, mais qui a le mérite d’officialiser le danger que représente pour la jeunesse la dépendance numérique.

Mais Desmurget s’intéresse aussi au cas du numérique à vocation pédagogique. Car il n’y a pas de raison de penser que l’accès à l’informatique pour faire du codage ou pour regarder des cours dispensés par tel ou tel spécialiste d’une matière ne serait pas utile. Desmurget n’est pas contre. « Si vous me dites que désormais il n’y aura plus de manuels parce qu’ils seront tous dans la même tablette numérique, je signe tout de suite », nous dit — il. Mais il s’agit alors simplement d’un transfert de support, comme de lire un journal en ligne — même si cela induit aussi quelques microadaptations cognitives.

En revanche, si vous pensez que généraliser la diffusion de cours en ligne ouverts et massifs (CLOM), ces cours à distance dont raffolent les grandes universités américaines, peut répandre sur le monde l’instruction, vous faites erreur.

« C’est comme de regarder un opéra à la télé, vous perdez 70 % de l’intensité du message. » Desmurget estime que rien ne remplace le professeur et qu’un cours en ligne peut éventuellement marcher s’il est accompagné par des travaux dirigés avec un chargé de cours qui répond aux questions. Mais en général, avant et après le bac, ce n’est pas le cours magistral qui captive les élèves. Desmurget cite cette anecdote à l’université de Lyon-III : « La direction a été obligée d’interdire les iPad et portables, car pendant les heures de cours la bande passante de l’université était saturée, les élèves étant sur les réseaux sociaux, ou en train de regarder un film. » Desmurget a donc décidé de tordre le bâton dans l’autre sens pour le remettre droit. L’auteur du livre avait des parents libraires. Ça ex plique peut-être en partie sa colère. Il a aimé lire en rêvant, rêver en lisant.

Concluons : L’homme de la pampa, par fois rude, reste toujours courtois, mais la vérité nous oblige à dire : ces jeux vidéo commencent à nous les briser menu.



La fabrique du crétin digital
Les dangers des écrans pour nos enfants
de Michel Desmurget
paru le 29 août 2019
aux éditions du Seuil
à Paris,
432 pages,
ISBN-13 : 978-2021423310


Source : Le Figaro



Voir aussi


Essai sur les méfaits de la télévision

Internet — des ados accros, des parents dépassés

Étude — En 40 ans les enfants ont perdu 25 % de leur capacité physique.

Accros aux écrans : l’« héroïne numérique »


Multiculturalisme cache toujours l'hégémonie d'une culture ou d'une ethnie

On trouvera ci-dessous la recension d’Éric Zemmour de l’ouvrage
Le populisme en Europe centrale et orientale de Roman Krakovsky paru ce mois-ci.

Le populisme, voilà l’ennemi ! Le combat est sans frontières et sans répit. Les élites occidentales lui ont déclaré une guerre inexpiable. Chacun a sa cible privilégiée, son mode opératoire : les médias insultent Trump et Poutine ; les parlementaires ligotent Salvini et Johnson [et refusent de nouvelles élections...] ; les universitaires délégitiment Orban. Ce n’est pas un complot, mais une coalition. Un historien venu de sa Slovaquie natale, spécialiste de l’Europe centrale et orientale, maître de conférences à l’Université de Genève, préfacé par un sociologue français, émule de Bourdieu, publié par un éditeur parisien très bien-pensant, c’est la version rive gauche de « si tous les gars du monde voulaient se donner la main ». La thèse du livre est rebattue : le populisme fait le lit de la xénophobie, du racisme et des régimes dictatoriaux ; il est le nouvel avatar du combat réactionnaire contre le progressisme universaliste des Lumières ; il n’est pas éto1mant qu’il renaisse dans ces contrées d’Europe centrale et orientale qui n’ont jamais vraiment connu les délices de la démocratie libérale occidentale.

Pour bien montrer que ce populisme est le mal absolu, il s’agit de l’acoquiner avec tout ce que le XXe siècle a connu de barbaries totalitaires, fascisme, nazisme, et même communisme (ce qui est fort pour une idéologie marxiste, universaliste, pur produit des Lumières occidentales, qui a justement éradiqué les mouvements populistes, les premiers narodniki russes et tous leurs imitateurs est-européens ; mais à cœur vaillant, rien d’impossible !). Pour verrouiller intellectuellement l’opération, on utilise les travaux d’Ernesto Laclau, le penseur sud-américain concepteur du « populisme de gauche », qui explique qu’un peuple se construit en communauté politique en s’édifiant contre un ennemi désigné (élites, bourgeois, riches).

Mais ce constructivisme qui plaît tant à certaines élites de gauche s’autodétruit dès qu’il touche au réel, les « peuples » ayant le mauvais goût de lui préférer les réalités tangibles de l’ethnie, la religion, les mœurs, la culture, qui l’unifient en le distinguant de l’Autre qui refuse de les faire siennes. Depuis les dernières [élections] européennes, Jean-Luc Mélenchon comprend mieux : ce que je veux dire. [Le parti de Mélenchon qui se veut « populiste de gauche » a eu de mauvais résultats aux Européennes (6,31 %), alors que le Rassemblement national honni par les élites est arrivé en tête avec 23,31 %.]

C’est bien ce que reproche notre historien aux populismes de l’Est : hier comme aujourd’hui, ils accrochent la nation à une catégorie sociale particulière, paysans, ouvriers, chrétiens... Alors « l’universel disparaît de l’espace politique (...) l’identité est le socle de toute communauté politique », comme nous avait mis en garde sa statue du commandeur de préfacier.

Mais voilà, notre historien connaît son sujet ; ce qui s’avère très gênant pour lui, sa thèse, et ses amis français. Ces pays sont devenus des nations souveraines fort tard, après la Première Guerre mondiale. Elles ont émergé dans les ruines d’Empires multiculturels, austro-hongrois, tsariste, ou ottoman. Ces peuples savent que le « multiculturalisme,» cache toujours hégémonie, d’une ethnie et d’une culture : allemande, russe, ou islamique. Au sein des nouvelles nations nées en 1918, les « minorités nationales » rendaient impossible tout fonctionnement démocratique. La démocratie, c’est quand la minorité accepte sa défaite face à la majorité. Ce n’est pas possible quand la minorité est étrangère au peuple majoritaire. Notre auteur le reconnaît : « Plus l’hétérogénéité ethnique et culturelle freine le développement des communautés politiques, voire les met en danger, plus il est complexe d’envisager le “peuple” au sens de “corps politique” ».

Ces pays-là savent que le « multiculturalisme » c’est la guerre de tous contre tous, comme dans les am1ées 1930 et 1940. Il y a une issue, une seule, mais elle est terrible : « Entre 1944 et 1948, près de 31 millions de centre-est-européens doivent quitter leur pays, souvent dans des conditions dramatiques, contre 15,4 millions dans les cinq premières années de la guerre. Les minorités qui constituaient avant le conf1it parfois jusqu’au tiers de la population sont réduites de façon drastique ». Notre historien donne loyalement les chiffres, mais n’ose pas en tirer les leçons qui s’imposent : ce n’est qu’à partir du moment où ces pays ont établi une unité culturelle, qu’ils ont conquis d’abord la paix (en 1945) puis la liberté (en 1989).

C’est parce qu’ils ont cette histoire particulière que ces peuples de l’Est ont tout de suite réagi lors de la crise migratoire de 2015. Même notre historien est contraint de l’avouer mezza voce : « Le danger que représentent les minorités est ponctuellement fantasmé. Mais, dans la plupart des cas, les minorités mettent réellement en danger, parfois jusqu’à leur existence les communautés et les États ».

Ce qui sauve les pays de l’Est, c’est justement ce que notre auteur et l’intelligentsia occidentale leur reprochent : ne pas avoir été contaminé par l’esprit universaliste et individualiste des Lumières. Cela leur permet de développer des anticorps contre l’individualisme libéral qui désagrège les sociétés et l’islam qui envahit et conquiert ces terres désolées.

Notre historien est obligé de reconnaître que ces pays restent des démocraties ; mais en s’en prenant aux contre-pouvoirs que sont les médias et la justice, les régimes « illibéraux » attaquent selon lui le « cœur du système démocratique ». Et d’ajouter, tel Saint Jean Bouche d’or : « Le contrôle des médias et de la justice assure à ce dernier (Orban) une position hégémonique dans l’espace public et lui permet d’imposer ses valeurs et sa façon de penser comme les seules légitimes. » C’est exactement ce que font les « progressistes » dans nos pays !

Ce qu’il dénonce dans les mesures prises par Orban ou les dirigeants polonais (taxe hongroise de 25 % sur les dons par ONG promigrations, fin du financement public des études de genre, etc.) peut, à l’inverse, constituer une marche à suivre pour tous ceux qui veulent lutter contre la dictature des minorités et reprendre ainsi en mains leur destin national. « Ce qui se passe aujourd’hui en Europe centrale et orientale pourrait apparaître comme une forme d’anticipation du destin européen », s’émeut notre historien. Ce n’est pas charitable de nous bercer ainsi de faux espoirs...


Le populisme en Europe centrale et orientale
de Roman Krakovsky,
publié le 11 septembre 2019,
chez Fayard,
à Paris,
350 pages
ISBN-13 : 978-2213705965

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Orban : la procréation plutôt que l’immigration

Réchauffement climatique : excellentes moissons en France, en Russie et en Ukraine




La Russie avec le réchauffement climatique libère des terres en Sibérie...qui étaient gelées auparavant.

mardi 10 septembre 2019

Vive les études !


L'Alberta exige une plus grande liberté d'expression sur les campus

Le gouvernement conservateur albertain exige que les établissements d’enseignement postsecondaires en Alberta se plient aux principes de Chicago d’ici la fin de l’année.

Les principes de Chicago ont été rédigés en 2014 par le Comité sur la liberté d’expression de l’Université de Chicago et publiés en janvier 2015. Ils réitèrent l’importance de la plus grande liberté d’expression possible sur les campus. Selon ses promoteurs, les universités, par nature, doivent s’abstenir de limiter la propagation d’idées mêmes blessantes ou désagréables.

La limite c’est que les lois soient respectées et qu’il n’y ait donc ni diffamation, ni menaces, ni harcèlement.

La rectrice de l’Université de Calgary, Dru Marshall, explique que celle-ci a choisi de rédiger une déclaration sur la liberté d’expression qui fait référence aux différentes politiques en place plutôt que d’élaborer une nouvelle politique à part entière.

Par le passé, des groupes pro-vie ont été harcelés et leurs propos muselés. Avec les changements annoncés, plusieurs des restrictions qui leur étaient imposées par les universités pourraient tomber. Le gouvernement Kenney donne aux universités jusqu’au 15 décembre pour établir des politiques claires qui suivent les principes de Chicago sous peine d’une perte potentielle de financement. Un récent rapport gouvernemental sur l’état des finances publiques suggère même de fermer certains établissements.



Rappelons qu’en 2015, l’association pro-vie de l’Université de l’Alberta avait été autorisée à organiser un événement pro-vie sur le campus en 2015. Des photographies de fœtus démembrés figuraient parmi les panneaux exposés. Cette exposition de la cruelle réalité sanglante et mortelle liée à l’avortement avait déplu aux étudiants proavortements qui s’étaient mobilisés pour empêcher que cette exposition.

L’année suivante, quand le groupe d’étudiants pro-vie planifia une nouvelle exposition dans l’agora extérieure de l’université, elle s’est vu imposer par l’Université une facture de 17 500 $ pour couvrir les frais de sécurité que causeraient leurs opposants menaçants. Incapable de payer cette facture,  l'association a dû annuler l’événement. Les étudiants pro-vie ont alors saisi les tribunaux.

Dans sa requête devant le tribunal, l’Association pro-vie de l’université d’Alberta réclame que la décision prise par l’Université de l’Alberta d’imposer des frais de sécurité de 17 500 $ au cercle est illégale et porte atteinte de manière injustifiée à la valeur canadienne fondamentale de la liberté d’expression, également protégée par l’article 2 (b) de la Charte canadienne des droits et libertés. La requête en justice vise en outre à interdire à l’Université d’imposer aux étudiants une charge financière conditionnant l’exercice de leur liberté de parole pacifique.


lundi 9 septembre 2019

Université condamnée à 1 millions de $ pour licenciement de prof qui critiquait études bâclées sur les coraux

L’Université James Cook a été condamnée à payer un scientifique australien, Peter Ridd (ci-contre), pour un licenciement illégal de 1,2 million de dollars australiens, après avoir critiqué publiquement les publications de l’université sur le changement climatique.

Le juge de la Cour de circuit fédérale, Salvatore Vasta, a imposé l’amende à l’issue des audiences qui ont eu lieu plus tôt cette année.

Il a ordonné que l’université de Townsville verse au Dr Ridd 1 094 214,47 $ australiens à titre de réparation des pertes économiques passées et futures dues au licenciement illégal, ainsi que l’indemnisation générale pour plus de « trois années de traitement inéquitable ». James Cook devra débourser 125 000 $ supplémentaires à titre de pénalité.

Le juge a critiqué l’université, affirmant que celle-ci « n’avait pas respecté le droit de [Dr Ridd] à la liberté intellectuelle ».

Le professeur de physique, spécialisé dans les environnements marins et travaillant à l’université James Cook pendant 30 ans, a déploré vendredi la terrible affaire, affirmant qu’il s’agissait « d’un combat qui n’aurait jamais dû commencer ».

« Cela fait 35 ans que je travaille à la Grande Barrière de corail, et ma conviction réelle est qu’il existe des problèmes systémiques d’assurance de la qualité dans les institutions scientifiques de la Grande barrière de corail », a-t-il déclaré. « L’Université James Cook n’a toujours pas accepté ce droit fondamental malgré l’importance du débat dans la région du nord du Queensland. »

Le Dr Ridd a déclaré que, si l’université faisait appel, ce qu’elle pourrait faire dans les trois prochaines semaines, cela jetterait un sérieux doute sur la prétention de l’établissement de défendre la liberté universitaire.

Ayant déjà dépensé plus de 200 000 $ de son argent dans la bataille juridique, en plus des 260 000 $ accumulés au cours d’une collecte en ligne, le Dr Ridd a déclaré qu’il devrait demander de nouveaux dons pour pouvoir faire appel.

L’université James Cook aurait dépensé plus de 600 000 dollars en frais juridiques. « Mes avocats m’affirment qu’il s’agit d’une affaire historique, il est donc impératif que nous poursuivions l’affaire si nécessaire », a déclaré le Dr Ridd.

L’université a précédemment annoncé son intention de faire appel de la décision et a refusé de commenter la décision de vendredi : « La position de l’université sera dévoilée dans son appel », a déclaré un porte-parole.

Le Dr Ridd a été licencié l’année dernière après avoir été réprimandé à trois reprises pour avoir critiqué publiquement les recherches bâclées de ses collègues et de l’université.

Il a déclaré que la science concernant les effets du blanchissement des coraux et du réchauffement de la planète sur la grande barrière de corail n’était pas sujette à une assurance qualité adéquate.

En avril, le juge Vasta a déclaré que le licenciement était une violation de l’accord d’entreprise de l’université.

Dans son arrêt rendu vendredi, il a critiqué l’université pour une déclaration publique « manifestement mensongère » et « épouvantable » qu’elle avait publiée après la première décision en avril 2019.

La déclaration est extraite d’un courrier électronique envoyé précédemment au personnel de l’université dénonçant la décision précédente du juge.

« Le courriel était une tentative flagrante de jeter le discrédit sur la décision de cette cour et de semer des doutes sur les conclusions du (Dr Ridd) », a déclaré la juge Vasta.



Dans un entretien sur SkyNews (Australie), Peter Ridd a déclaré qu’il avait récemment visité de nombreuses parties de la Grande barrière de corail et qu’elles étaient en bien meilleure santé que ce que les rapports catastrophistes qui se concentrent sur de petits secteurs qui blanchissent n’indiquent. Le professeur Ridd se dit grillé dans le petit monde universitaire australien, il a dit qu’il poursuivra d’autres voies pour améliorer la qualité des rapports scientifiques en dehors du secteur universitaire.

Des politiciens du nord du Queensland soutiennent explicitement la tournée de conférences que Peter effectue dans la région. La tournée est soutenue par les Producteurs de canne à sucre du Queensland. Le professeur Ridd affirme qu’« au moins une partie de la science » dans le récif était sujette à caution et qu’elle devrait être examinée avant que toute autre loi ayant un impact sur les agriculteurs ne soit légiféré.

Le député de Burdekin, Dale Last, et le député de Hinchinbrook, Nick Dametto, ont apporté leur soutien au Dr Ridd. « Ce que Peter Ridd propose, c’est que les études scientifiques soient vérifiées ; rien de plus, rien de moins », a déclaré M. Last.

« Au cours de l’histoire, les idées reçues à une époque ont été remises en question et cela a débouché sur des découvertes étonnantes. »

Cette tournée survient alors que les Producteurs de canne à sucre du Queensland et le groupe environnementaliste World Wildlife Foundation s’affrontent au sujet de lois controversées du gouvernement de l’État du Queensland dont le but serait la protection de la Grande Barrière de Corail.

Voir aussi

« Des coraux plus résistants à la chaleur » ou des études précédentes peu fiables et alarmistes ?Comment la science se trompe.... Dans The Economist du 26 octobre, un dossier sur l’évolution du système mondial de recherche scientifique : « How science goes wrong ». On y apprend notamment qu’un nombre important et croissant de publications souffrent de biais statistiques ou défauts méthodologiques qui devraient inciter à la prudence sur les conclusions, quand il ne s’agit pas d’erreurs pures et simples.

Australie — pas de preuve d’une baisse du couvert corallien

Michael Mann, l’homme de la crosse de hockey, a perdu son procès contre le climatologue canadien Tim Ball. Michael Mann
a refusé de remettre des données à un tribunal et a usé de méthodes dilatoires, pendant neuf ans, avant de perdre devant la Cour suprême de la Colombie-Britannique. Comme on peut le voir sur les graphiques ci-dessous ; La version choisie par la science de Mann fait disparaître la période chaude médiévale (l’optimum médiéval) et montre un « tick » ascendant prononcé à la fin du 20e siècle (la lame de son « bâton de hockey »). En dessous, le graphique de Ball, qui utilise des données publiques fiables et largement disponibles, montre un Optimum médiéval beaucoup plus chaud, avec des températures plus élevées qu’aujourd’hui et des températures actuelles se situant bien dans les variations naturelles.



Michael Mann, qui a choisi de déposer ce que beaucoup considèrent comme une poursuite en libelle cynique (ironiquement appelée anti-bâillon) devant la Cour suprême de la Colombie-Britannique, à Vancouver, il y a six ans pour bâillonner Tim Ball. L’homme de la crosse de hockey a surpris des experts juridiques en refusant de se conformer à la remettre toutes les données de son graphe contesté. Le GIEC de l’ONU et les gouvernements occidentaux se sont appuyés sur le bâton de hockey emblématique de Mann pour prouver de manière décisive la science du « réchauffement de la planète par l’homme ».

Une accusation de biais dans le choix des données et le traitement statistique a été formulée en 2003 par Steve McIntyre, un ingénieur de l’industrie minière, assisté de Ross McKitrick, un professeur d’économie, tous deux canadiens puis par Eward J. Wegman, chairman statistique de l’académie nationale des sciences (États-Unis), assisté de deux autres statisticiens dans leur rapport de juillet 2006 établi à l’issue d’un audit commandité par une commission parlementaire. Ce rapport indique notamment que le traitement statistique non modifié de Michael Mann permettrait d’obtenir une « crosse de hockey » avec des données aléatoires.

Michael Mann a également intenté un procès en diffamation contre Mark Steyn, il a y plus de huit ans. Grâce à des méthodes dilatoires dont il est coutumier, l’affaire n’a toujours pas été entendue sur le fond.


La Fabuleuse Histoire de l'école (avec quelques erreurs relevées)

Des bonnets d’âne au jeu de la marelle en passant par les tout premiers manuels scolaires, l’école a une longue histoire qui s’écrit sur des siècles. Stéphane Bern propose ainsi une immersion en costume à ses invités afin de découvrir à quoi ressemblait l’école de nos ancêtres. Jarry découvre ainsi l’école de la vie aux côtés des jeunes tailleurs de pierres. La finaliste de l’Eurovision, Angelina, participe quant à elle à la formation des élites sous le règne de Louis XIV, tandis que Jamy Gourmaud apprend à écrire avec une vraie plume en métal dans une petite école de campagne de la fin du XIXe siècle. Enfin, Charlotte de Turckheim reçoit une leçon d’art ménager dans un lycée de jeunes filles des années 50.



L’émission divertissante a une valeur pédagogique : introduire l’histoire de l’école en France au plus grand public. Elle n’échappe pas à des travers assez modernes avec des rappels fréquents que le monde a changé et que l’école est bien mieux aujourd’hui, car la femme est « émancipée » (comprendre travaille le plus souvent comme salariée dans un bureau et non plus à la ferme ou au commerce familial). La jeune Angelina dit mieux aimer le choix que les femmes ont aujourd’hui, sans comprendre que les jeunes filles sont aussi conditionnées aujourd’hui qu’hier, qu’il est mal vu de ne pas vouloir faire carrière ou de faire des études générales (qui préparent à l’université) que l’État, les médias, l’école font sans cesse la promotion des femmes « libérées ». Charlotte de Turckheim semble la seule à faire montre d’un peu de bon sens : l’école ménagère dans les années 50 proposait une formation pratique et utile alors que les jeunes parents sont aujourd’hui bien démunis pour s’occuper d’un ménage et accueillir des enfants. (Voir Lien avéré entre les femmes qui travaillent hors du foyer et l’obésité de leurs enfants, Les enfants de mères au foyer sont en meilleure santé, Deux fois plus de dépressions chez les femmes qu’il y a 40 ans. Rançon de la « libération » de la femme ? Et « Femmes célibataires sans enfant sont plus heureuses » ? Les données montrent plutôt l’inverse...).

L’émission comprend malheureusement des approximations et manque souvent de profondeur : parlant de l’université au Moyen-Âge, la voix hors champ explique combien les étudiants de l’époque aiment faire la fête — ce qui est exact —, mais elle ne donne pas de détails sur les matières enseignées, les types de diplômes, les examens ou de la pédagogie.

Stéphane Bern choisit de se situer sur un chantier médiéval reconstitué, au XIIIe siècle, époque marquée en effet par un dynamisme économique et intellectuel majeur. En soi, ce choix est intéressant : il rappelle l’importance des savoirs non lettrés durant l’époque médiévale — on voit comment les tailleurs de pierre comptent, mesurent, calculent, etc. — et attire l’attention sur des lieux non scolaires de formation.

Toutefois, Stéphane Bern exagère la situation quand il affirme qu’à l’époque « la plupart des enfants » sont sur ces chantiers, ce qui est évidemment une absurdité démographique vu le petit nombre de tailleurs de pierre... Rappelons qu’à l’époque la paysannerie représente près de 90 % de la population. On peut donc affirmer sans se tromper que « la plupart » des enfants vivent auprès de leurs parents, à la campagne, et que c’est là, entre les champs, le village, l’église et la maison familiale, que se fait l’essentiel de leurs apprentissages.

Sombre Moyen Âge

Plus tard, Stéphane Bern explique qu’au Moyen Âge, « les gens ne savaient ni lire ni compter », ce qui est totalement caricatural. Si la maîtrise de l’écrit reste en effet souvent le privilège d’une élite sociale et intellectuelle, il n’empêche qu’elle se diffuse dans la société, notamment à partir du XIIIe siècle. Cette époque est marquée par la multiplication des écrits qui pénètrent toutes les couches de la société : l’administration se développe et avec elle, la « paperasse » en tout genre ; les individus passent des contrats pour tout type de transaction et même des vagabonds font rédiger des testaments devant un notaire. Une part non négligeable de la population sait lire et écrire — peut-être un quart, même si c’est difficile à chiffrer —, tandis qu’une part encore plus grande sait lire et signer de son nom. Rappelons par ailleurs qu’il existait au Moyen Âge de « petites écoles », laïques ou religieuses, qui se développent à partir du XIIIe siècle et accueillent les enfants à partir de 5 ans ; même si elles ne concernent qu’une part minoritaire de la population — un quart des garçons florentins en 1480 par exemple —, elles contribuent largement au progrès de l’alphabétisation.

On est donc très loin de l’image d’un Moyen Âge analphabète... Le fait de reprendre ainsi ce cliché très daté, qu’on retrouve dans de nombreuses œuvres de fiction, est révélateur d’un point de vue très éloigné de l’histoire comme discipline scientifique.

Quelques minutes plus tard, la jeune chanteuse Angélina note quant à elle que « la vie des filles au Moyen Âge n’était pas trop trop cool [sic] ». Rebondissant sur cette affirmation, que l’on aurait pu déconstruire pour faire œuvre de vulgarisation historique, la voix hors champ renchérit : les femmes nobles sont certes lettrées, mais doivent « renoncer à leurs études » lorsqu’elles se marient. Non seulement ce vocabulaire contemporain n’a pas de sens appliqué à la période, mais le propos global est surtout erroné : le mariage n’est en effet pas forcément synonyme de mort intellectuelle pour les femmes de l’époque. On pourrait ainsi convoquer d’illustres exemples, de la comtesse Marie de Champagne (1174-1204), qui tient une cour prestigieuse dans laquelle artistes et poètes se pressent, à Christine de Pisan (1364-1431), veuve à 25 ans et qui devient la première écrivaine à vivre de sa plume. (Voir Quand la femme était vénérée... et La femme au temps des cathédrales, m-à-j vidéo Apostrophes avec Regine Pernoud)

La voix hors champ poursuit en précisant, avec une délectation mise en valeur par la bande sonore, que les filles peuvent alors être mariées à treize ans — ce qu’Angélina, elle-même âgée de douze ans, commente d’une moue légèrement dégoûtée. Encore une fois, le Moyen Âge est présenté comme une période barbare, teintée de pédophilie, sans que cette pratique, en effet attestée mais en rien systématique, ne soit jamais remise en contexte. Il aurait fallu, au minimum, rappeler qu’on est alors, à cet âge-là, considéré comme adulte, et qu’on peut donc se marier certes, mais aussi diriger un royaume ou exercer un métier. On aurait également pu aller plus loin en soulignant que c’est au Moyen Âge que s’impose, du fait des efforts de l’Église, le modèle d’un mariage consensuel, c’est à dire qui repose, au moins en théorie, sur la libre volonté des deux époux. Bref, on aurait pu partir de la surprise d’Angélina — tout à fait compréhensible et légitime — pour enseigner la complexité de la situation, au lieu de rester sur un constat qui a tout du jugement.

L’émission continue en expliquant qu’à l’époque, les femmes ne peuvent pas accéder aux mêmes métiers que les hommes (ou plutôt que « les filles » ne font pas les mêmes métiers que « les garçons », un vocabulaire enfantin qui est en lui-même assez révélateur). Il s’agit d’une erreur majeure — ou a minima d’un raccourci problématique —, reposant sur une vision très orientée de la période médiévale. Certes, des voies sont réservées aux hommes, ne serait-ce que la cléricature : impossible pour une femme de devenir prêtre, a fortiori abbé ou pape. Mais les femmes peuvent être abbesses y compris de grandes abbayes mixtes... Néanmoins, on trouve pendant toute la période des femmes qui travaillent dans de très nombreux domaines, comme l’atteste du reste l’existence d’un vocabulaire professionnel féminin considérablement plus développé que le nôtre : doctoresse et forgeronne, marchande d’or ou maréchale-ferrande, banquière ou seigneuresse, etc. Il existe des métiers majoritairement masculins, d’autres majoritairement féminins, mais on trouve pourtant, malgré la représentation que propose Stéphane Bern, des femmes sur des chantiers de construction, où elles sont porteuses ou tailleuses de pierres. C’est au contraire au XVIe siècle, dans un contexte professionnel et intellectuel très particulier, que les métiers se ferment progressivement aux femmes.  La Révolution française sera une réaction contre la féminisation de la noblesse de l’Ancien régime finissant. Féminisation excessive de l’élite qui aurait, notamment, mené aux défaites françaises (dont celles de la guerre de Sept Ans et la perte de l’Amérique et des Indes orientales. Seul un retour à la franche virilité de l’Antiquité romaine régénérait la France. Voir Histoire — l’ex­clusion des femmes du suffrage fut davantage le fait de l’idéologie progressiste que de la pensée réactionnaire.

Au XIXe siècle triomphe un message bourgeois qui exclut les femmes du monde du travail, message qui imprègne en profondeur le récit historique : ainsi continue-t-on souvent à dire que c’est la Première Guerre mondiale qui permet aux femmes de « prendre la place des hommes », en niant le fait que la grande majorité n’a jamais cessé de travailler sur la ferme ou dans le commerce de la famille. Ce discours contemporain « féministe » rend invisible l’importance de leur travail par pure idéologie afin de faire croire que le travail féminin serait une conquête récente alors que l’oisiveté des bourgeoises était surtout un signe de richesse : elles pouvaient se permettre de ne pas travailler.

Cette vision permet à nouveau de noircir l’image du Moyen Âge : Angélina explique ainsi qu’elle n’aurait pas aimé vivre à cette époque, car maintenant, au moins, elle peut devenir « ce qu’elle veut » [notons qu’on ne lui a visiblement jamais dit qu’il ne suffisait pas de vouloir pour devenir et qu’elle se prépare de méchantes déconvenues]. La conclusion de tout ce passage est laissée à la chanteuse : « ils étaient très méchants ». La naïveté du propos peut évidemment faire sourire. Reste que cette affirmation n’est ni discutée ni nuancée, et mise littéralement sur le même plan que la parole de l’historienne invitée pour cette séquence. Le jugement moral [« méchants »] se conjugue à un jugement historique globalisant [« ils étaient ainsi »] pour mieux donner à voir un Moyen Âge uniformément sombre et arriéré.

Ce Moyen Âge « pas très très cool » s’achève, évidemment, par l’invention de l’imprimerie, explicitement présentée comme une « révolution » par Stéphane Bern. Là encore, il s’agit de réactiver un célèbre cliché, pourtant battu en brèche par les recherches récentes, qui insistent au contraire sur la progressivité des changements induits par l’invention. Selon l’émission, l’imprimerie provoque en effet un bouleversement immédiat du paysage éducatif, permettant « heureusement » aux moines de ne plus avoir à copier les textes à la main, ou entraînant l’apparition d’écoles diffusant « une instruction sommaire » aux pauvres. À nouveau, le jugement moral [« heureusement »] s’articule à l’erreur historique [il y avait déjà des écoles urbaines bien avant l’imprimerie, et celle-ci n’a en aucun cas amené une alphabétisation massive et soudaine], pour mieux dépeindre un Moyen Âge obscur.

La partie sur le régime finissant de Louis XIV comprend aussi des erreurs. Il est ainsi faux d’affirmer que seuls les aristocrates accédaient aux collèges. Aux collèges de Châlons-sur-Marne et de Troyes, étudiés par François de Dainville, la haute noblesse ne représente que 5 % des effectifs ! Certains collèges accueillaient même 80 % de fils d’artisans, de laboureurs ou de marchands, en dépit même de la rareté des pensionnats : les ambitions d’élévation sociale du Tiers-État ne font aucun doute, et expliquent même largement la crise de l’Ancien Régime.

Sources : Acrimed, Écho des Lumières et France 2

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